
גנאלוגיה משפחתית
עדויות וסיפורי חיים
Mon intention première et toujours d'actualité était d'écrire un livre sur ma famille, comme témoignage de la vie en Pologne et en France, sans occulter la Shoah, à partir des réalités réalités. J'ai du lire beaucoup. Je présente ici quelques uns des livres qui m'ont ùarqué"e et jalonnée ma route.

C'est des livres qui m'a le plus ;impressionnée, car il intègre la grande histoire et l'Histoire locale sans rupture dans le récit.
Michel Rotfus part d'une quête personnelle après avoir découvert le Yisker Bukh (le Livre du souvenir) du shtetl polonais de Garwolin, au cœur de la Zone de Résidence russe et du Yiddishland, .
Le personnage principal, Yankel, s'inspire de son propre père, né à Garwolin en 1907 et taiseux toute sa vie, présenté comme un enfant s'étant arrêté au seuil du langage (un Luftmensch, ou « homme de l'air).
Le livre cherche à ressusciter ce monde disparu à travers la mémoire. Il se déroule au début du XXe siècle. Rejeté par son père, il s'éveille grâce à son grand-père puis à Moyshe, un tailleur qui le fait basculer du monde hassidique vers l'engagement socialiste du Bund. Roman d'éducation et fresque historique rigoureuse, il se lit presque comme un « docu-roman » chronologique. C'est un récit bouleversant, sensible et teinté d'émotion, mêlant humour et mélancolie . Il restitue une photographie des mentalités collectives d'un monde anéanti par la Shoah

Monika Sznajderman entreprend de reconstituer l'histoire de ses deux familles : celle de son père, juive, presque entièrement détruite pendant la Shoah, et celle de sa mère, issue de la noblesse polono-saxonne catholique. Retrouver une histoire familiale brisée par le silence et la Shoah.
Le silence du père
Pendant longtemps, son père refuse de raconter son passé. Rescapé des camps nazis, il a perdu presque toute sa famille. Son silence protège peut-être sa douleur, mais il prive également sa fille de la connaissance de ses origines.
Le déclencheur de l'enquête est l'arrivée de photographies envoyées par des parents vivant à l'étranger, dont elle ignorait jusqu'à l'existence : premiers indices d'un monde familial disparu.
Deux familles, deux destins
Elle met en parallèle deux univers profondément différents.
La famille juive paternelle marquée par les persécutions, la fuite, les ghettos, les camps et l'extermination. Ses recherches dans les archives permettent de retrouver des noms, des lieux et des fragments de vies.
La famille maternelle, une noblesse terrienne polonaise, avec ses domaines, ses traditions sociales et ses habitudes de la vie d'avant-guerre.
L'auteure montre le contraste saisissant entre la continuité apparente de la vie aristocratique et la destruction qui frappe les Juifs de Pologne. En 1941, tandis qu'un peintre réalise le portrait de sa grand-mère maternelle dans un manoir, sa grand-mère paternelle est assassinée lors d'un pogrom à Złoczów.
Reconstituer les vies à partir des archives
Monika Sznajderman mène un véritable travail d'enquête historique. Elle consulte des journaux, des photographies et des documents dispersés entre la Pologne et d'autres pays, notamment les États-Unis et l'Australie. Elle tente de restituer une existence aux personnes dont il ne reste parfois qu'une mention dans un document. Elle ne cherche pas seulement à établir une généalogie : elle veut comprendre qui étaient ces individus, comment ils vivaient et ce que leur disparition a changé dans l'histoire familiale.
Une réflexion sur l'identité polonaise
Le livre dépasse le récit personnel. Il interroge la place des Juifs dans l'histoire de la Pologne, les rapports entre Polonais juifs et non juifs, les persécutions antisémites et les mémoires contradictoires de la guerre. Il montre qu'une même histoire nationale peut être vécue de façons radicalement différentes selon les origines, la religion et la place occupée dans la société.
Pourquoi Faux poivre ?
Le titre français traduit celui de l'ouvrage polonais. Il évoque le problème de la falsification, de la transmission et de la reconstruction du passé : comment retrouver une vérité familiale lorsque les témoins se sont tus, que les documents ont disparu et que les souvenirs sont incomplets ? La mémoire n'est jamais une restitution parfaite. Il faut rassembler des fragments, confronter les sources et accepter parfois de ne pas tout savoir.
Retrouver ses ancêtres, c'est lutter contre leur seconde disparition : celle de l'oubli.
La Shoah a brisé des filiations, effacé des histoires familiales et laissé des descendants face à des silences difficiles à combler. Le livre est à la fois une enquête généalogique, un récit intime et une réflexion historique sur la mémoire.

Le livre "Anszel, le sourd de la rue Mila" de Joseph Osman est une fresque mémorielle et historique qui retrace le destin d'une famille juive de Varsovie de 1917 à 1947. L'auteur privilégie la réalité des faits et la résilience humaine pour documenter l'exil et la survie face à l'antisémitisme et aux horreurs de la guerre.
La rue Mila, comme Nalewski ou Leszno, fut une des rues emblématiques de la Varsovie juive, avant d’être associée à la révolte du ghetto.
Joseph Osman a trouvé auprès de son père Nathan une source inépuisable de souvenirs familiaux mais aussi une description précieuse de l’agitation de la rue juive,,face aux bouleversements historiques qui ont dramatiquement orienté son devenir.
Les parents de Nathan, Anszl et Rosa, sont propriétaires d’un restaurant, lieu privilégié d’un brassage de destinées multiples, empreintes tantôt du respect de la tradition ou au contraire séduites par les promesses de la modernité, quand elles ne sont pas tout simplement préoccupées par le souci quotidien de se nourrir.
Une veille de Kippour, un pavé lancé par un voyou dans la vitrine vient brutalement compromettre la stabilité de cette famille nombreuse.
Anszel décide d’envoyer ses aînés en Allemagne auprès d’autres cousins et à Paris, afin de leur garantir un avenir moins hypothéqué par un antisémitisme virulent: paradoxe qui traversera le destin de nombreuses familles juives: se séparer pour protèger.
Resté à Varsovie, Nathan est le seul enfant à avoir fait son service militaire en Pologne, au sein de la prestigieuse cavalerie.
Lorsque la guerre éclate le 1 er septembre 1939, Nathan participe aux combats tandis que le quartier juif est bombardé. Fait prisonnier par les Allemands, il parvient à s’échapper et rentre à pied à Varsovie.
Il tente vainement de convaincre ses parents de fuir la capitale vers l’est. Mais son père refuse. Emmenant sa jeune épouse, Nathan se réfugie à Bialystok., La police politique surveille les ressortissants polonais.
Lorsque ceux-ci voudront retourner à l’ouest, ils seront accusés d’anti-soviétisme contre-révolutionnaires, arrêtés et déportés au fin fond de la taïga sibérienne. Là, Nathan connaîtra les conditions effroyables d’un camp de travail et la sauvagerie des contremaîtres. Libéré à la faveur de la rupture du pacte germano- soviétique, Nathan poursuivra son périple en Ouzbekistan où il deviendra cordonnier. En décembre 1945, avec sa famille il reviendra en Pologne, avec l’espoir de retrouver de la famille à Varsovie. A leur arrivée, la ville n’est plus que décombres. La plus grande communauté juive d’Europe n'est plus. Les événements de Kielce les décideront à quitter cette Pologne pour gagner Paris, à travers la Tchécoslovaquie, l’Autriche et l’Allemagne.

"Originaires" d’Eva Charbit· Éditions :, Histoire, trajectoires et mémoires d’une famille juive polonaise.
Récit familial et historique consacré aux migrations, à la Shoah et à la transmission de la mémoire. Eva Charbit entreprend de reconstituer l’histoire de sa famille juive maternelle, originaire de Pologne, des villes d’Otwock et de Karczew. À partir de photographies, de lettres, de souvenirs familiaux et de documents d’archives, elle suit le destin de plusieurs générations dispersées par l’émigration, les persécutions nazies et les déplacements forcés de la guerre. C’est aussi une enquête sur la manière dont une famille tente de reconstruire son passé, de comprendre les ruptures qui l’ont traversée et de transmettre son histoire aux générations suivantes.
Le parcours d’une famille juive polonaise
Elle suit plusieurs branches familiales à travers la Pologne, la France, l’Union soviétique, l’Allemagne et l’Amérique. Eva Charbit restitue le monde juif polonais d’avant-guerre, ses villes, ses familles et ses réseaux de parenté. : univers vivant, avec ses habitudes, ses espoirs et ses projets.
L’émigration vers la France : Certains membres de la famille partent pour Paris avant la guerre. Ils doivent s’adapter à une nouvelle société, parfois abandonner leur nom d’origine ou modifier leur identité pour trouver leur place.
D’autres membres restent en Pologne : La Shoah détruira une partie de ceux restés en Pologne. D’autres échapperont à l’extermination en fuyant vers l’est où ils connaitront les déportations soviétiques en Sibérie ou au Kazakhstan, dans des conditions extrêmes.
Survivants et recommencements : Après la guerre, les survivants se retrouvent dans différents pays, des camps de personnes déplacées jusqu’à la France, Israël ou l’Amérique: reconstruire une vie et retrouver une place dans le monde devient une nouvelle épreuve.
Ces trajectoires croisées constituent le cœur du livre : une même famille connaît des destins radicalement différents selon les lieux, les décisions prises et les circonstances historiques.
L’auteure ne se contente pas de raconter ce que les anciens lui ont transmis. Elle confronte les souvenirs aux archives et aux documents privés pour retrouver des personnes, vérifier des dates et comprendre des itinéraires : une véritable enquête historique.
La mémoire n’est pas toujours complète.
Une photographie, une lettre ou un témoignage peuvent éclairer une histoire, mais aussi susciter de nouvelles questions. Certains éléments restent incertains ; les souvenirs peuvent se contredire ou se transformer au fil du temps.
L’identité se construit aussi dans le déplacement.
Que reste-t-il de l’identité familiale lorsqu’on quitte son pays, qu’on change de nom, qu’on apprend une autre langue ou qu’on perd une grande partie de ses proches ? Le livre explore cette question à travers plusieurs générations.
L’histoire collective se comprend par les destins individuels. Les événements historiques prennent une dimension concrète en suivant des personnes précises avec leurs choix, leurs espoirs, leurs peurs et leurs tentatives de survie.
L’un des aspects les plus intéressants du livre est la manière dont Eva Charbit associe trois démarches :
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Le récit intime, qui s’appuie sur les photographies, les souvenirs et les traces laissées par les membres de la famille.
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La recherche généalogique et archivistique, qui permet de contrôler les informations, de retrouver des personnes et de reconstituer leurs déplacements.
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L’histoire collective, qui replace les destins individuels dans l’histoire des Juifs de Pologne, de l’immigration et de la Shoah.
La transmission devient une responsabilité. Reconstituer le passé permet de rendre leur individualité aux disparus et de transmettre aux descendants autre chose qu’une histoire abstraite de persécution.
L’auteure accepte les incertitudes et les contradictions, et s’interroge sur la façon dont les descendants onstruisent une mémoire commune à partir d’expériences différentes.
Originaires montre que raconter une histoire familiale, ce n’est pas seulement dresser un arbre généalogique ou aligner des événements. C’est tenter de comprendre comment des personnes ont vécu, aimé, migré, survécu ou disparu, et comment leur histoire continue d’exister chez leurs descendants.

"Le Ghetto intérieur" est un roman profondément intime. Santiago H. Amigorena y raconte l’histoire de son grand-père maternel, Vicente Rosenberg, un Juif polonais qui a quitté son pays pour l’Argentine en 1928. Il y a fondé une famille et construit une vie heureuse.
Mais sa mère, Gustawa, est restée en Pologne, à Varsovie.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Vicente apprend progressivement que sa mère est enfermée dans le ghetto de Varsovie, où les conditions de vie deviennent épouvantables.
À des milliers de kilomètres, il découvre l’étendue de son impuissance.
Il ne peut ni la protéger, ni la faire sortir de cet enfer.
Peu à peu, cet homme à la vie sociale riche, une épouse, des enfants et des amis,va se replier sur lui-même.
Il cesse de parler de ce qui se passe en Europe, évite les nouvelles et s’enferme dans un silence qui finit par envahir toute son existence. Sa mère sera assassinée à Treblinka.
Le livre raconte moins les événements de la Shoah eux-mêmes que leurs conséquences sur un homme qui ne parvient plus à vivre pleinement.
On suit le parcours de Vicente : de l’exil au silence
1928, il part pour recommencer : Vicente quitte la Pologne et émigre en Argentine. Il s’intègre progressivement à la société de Buenos Aires, épouse Rosita et devient père de trois enfants. Il semble avoir réussi son exil : il a créé un foyer et trouvé sa place dans son nouveau pays.
1940, Sa mère est derrière le mur : Les lettres de Gustawa lui apprennent progressivement la réalité du ghetto de Varsovie : la faim, la peur, les privations et la dégradation des conditions de vie. Chaque nouvelle rend la distance avec sa mère plus insupportable, d'autant qu'elle refuse de quitter Varsovier.
L’enfermement intérieur : Vicente éprouve de la culpabilité. Il se reproche de ne pas avoir suffisamment agi pour sauver sa mère. Il ne sait plus comment continuer à vivre normalement alors que sa famille est menacée. Son silence devient sa prison psychique.
Après la catastrophe, Le silence en héritage
La disparition de sa mère laisse une blessure que Vicente ne parvient pas à exprimer. Des années plus tard, son petit-fils, Santiago, cherche à comprendre ce silence et à en raconter l’origine par l’écriture.
Le titre Le Ghetto intérieur ? La clé du roman.
Le ghetto de Varsovie est un lieu réel, entouré de murs, où les nazis ont enfermé la population juive. Mais Vicente, lui, vit en liberté en Argentine. Il possède une maison, une famille, un commerce et la possibilité de se déplacer. Pourtant, il finit par être enfermé dans un autre ghetto : celui de sa conscience, de son impuissance et de son silence.
Trois idées essentielles se dégagent :
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La culpabilité du survivant. Vicente est en sécurité alors que sa mère est condamnée. Il se demande, implicitement, s’il aurait pu faire davantage pour la sauver.
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L’impuissance à distance. Comment continuer à vivre à des milliers de kilomètres lorsque l’on sait que ses proches sont persécutés, sans disposer des moyens de les secourir ?
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L’impossibilité de parler. Face à une catastrophe qui dépasse l’entendement, les mots lui paraissent dérisoires. Il ne trouve plus de réponse à donner à sa femme, à ses enfants, à ses amis, ni à lui-même.
Le silence de Vicente n’est pas un refus de se souvenir. Il traduit une souffrance qu’il ne parvient pas à transformer en paroles.
Ce roman porte aussi :
L’exil et le déracinement. Partir permet de survivre et de construire une nouvelle vie, mais ne supprime pas les liens avec ceux que l’on a laissés derrière soi. L’éloignement devient une douleur supplémentaire lorsque la catastrophe survient.
Le reproche de ne pas pouvoir sauvé sa mère. Le lecteur comprend pourtant qu’il ne pouvait pas maîtriser les événements. Le roman explore ainsi l’écart entre la responsabilité réelle d’un individu et la responsabilité qu’il s’attribue rétrospectivement.
Le silence familial. Une souffrance inexprimée ne disparaît pas nécessairement avec celui qui la porte. Elle peut marquer les relations familiales et laisser des questions sans réponse chez les descendants.
En écrivant l’histoire de son grand-père, Amigorena cherche à comprendre ce qui n’a pas été dit. La littérature devient une façon de donner une forme à cette absence de parole et de renouer avec une histoire familiale douloureuse. Le Ghetto intérieur est donc un roman sur la culpabilité, l’exil et les ravages du silence. Santiago H. Amigorena tente de comprendre comment le drame vécu par son grand-père a laissé une empreinte dans sa propre existence, et comment l’écriture peut permettre de retrouver une parole. Il pose cette question : que transmet-on à ses descendants lorsqu’on ne parvient plus à parler de ce que l’on a vécu ?

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