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יצחק קרוננטל, המכונה "דוד איצ'ה"

יצחק קרוננטל נולד בוורשה ב-17 במרץ 1885.

הוא היה בנם השני של משה-אהרון וסורא-שיינדלה חוואסט.

איני יודע דבר על ילדותו ונעוריו בוורשה.

הוא נישא לאחותו של גיסו, גוסיה לייזרסון.

הוא הפך לאב בשנת 1910, ואז בשנת 1919: שלמה ומארי.

הוא היה יצרן מוצרי עור בפריז, האם הוא היה כזה בוורשה?

איני יודע מהן הסיבות שגרמו לו, למשפחתו ולאביו לעזוב את ורשה. משה-אהרון איבד את בתו האחרונה, חנה, בשנת 1904, ואת בתו השנייה, סבינה, בשנת 1920, בגיל 26. בנו, משק/מקס, עזב לפריז בשנת 1922.

האם זו הייתה הסיבה לעזיבה הסופית הזו?

אף על פי כן, המשפחה מצאה את עצמה בפריז, והתגוררה ברחוב מורו 14 (הרובע ה-12) בשנת 1925. הם הגיעו ב-27 במרץ, לאיצק בדיוק מלאו לו 40.

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התמונות למעלה מראות איצק צעיר מאוד, ככל הנראה בפולין. איני יכול לזהות את האיש שלידו.

בתמונות למטה, אחת עדיין נמצאת בוורשה, בוודאי בשנות ה-20.

השני צולם בדצמבר 1938; הוא היה בן 53.

הדוד איצ'ה היה הראשון שגורש, במהלך מצוד ול ד'היב, ב-16 ביולי 1942.

לדברי כלתו, שוטר עזב אותו לשעה לפני שחזר. אשתו נאלצה לעזוב, אך הוא נשאר מאחור.

אני חושב שהוא נלקח ישירות לדרנסי.

הוא גורש ב-22 ביולי 1942, בשיירה מספר 9 ובה 996 איש.

באושוויץ, "הוא נרשם תחת המספר 51,794".

לכן הוא נשלח "לעבוד", לרוע המזל, ואולי לא לזמן קצר, שכן רישום המחנה מציין את מותו ב-5 באוגוסט 1942.

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סלמה/צ'ארלס קרוננטל

שלמה נולד אפוא ב-26 באוקטובר 1910 בוורשה. הוא נקרא על שם סבו מצד אמו והיה הנכד הראשון של משה-אהרון. לפיכך קיבל את לימודיו היסודיים ואולי גם התיכוניים בפולין.

אני לא יודע כלום על הצעירים הפולנים האלה.

הוא הגיע לפריז כשהיה בן 15. איני יודע אם הוא היה משכיל או שמא מיד הלך לעבוד, אולי עם אביו או עם הדוד מקס כעורך עורות, כי זה היה מקצועו.

הוא קיבל אזרחות ביולי 1936, מיד לאחר החזית העממית.

הוא נאלץ לשרת את שירותו הצבאי בשנת 1938 ברגימנט הארטילריה ה-151. והוא גויס במהלך מלחמת השווא: מכתב שנשלח להלן ב-26 בפברואר 1940 מעיד על כך:

"בינתיים, אנחנו חיים חיים שקטים למדי, ואני לא מתלונן."

על הכרטיס חותמת: "אלה שנמצאים מאחור חייבים לעזור לאלה שנמצאים בחזית על ידי הרשמה לשוברי נשק".

Charles K.heic
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En haut, à gauche Charles encore en Pologne, donc avant 15 ans et à gauche  Charles en 1929, jeune homme.

Son mariage, pendant la guerre, en 1941, a rassemblé toute la famille encore restée à Paris.

J'y vois ma mère et ma tante Annie,  Hélène et Jacques Goldenberg,  (3ème rang à gauche);

mes grands parents, les parents de Charles et ceux d'Hélène, oncle Max et tante Génia  (du côté droit)et je pense Daniel accroupi devant Gutchè.

Hena/Hélène, qui deviendra la femme de Charles, raconte leur rencontre :

"Je portais les pièces de cuir coupées à l’atelier au pareur Léon (en fait c'était Max) Kronental, oncle de mon futur mari, rue Corbeau dans le 10e arrondissement, près de la République.

Sa femme me trouvait gentille et décida de me présenter à son neveu Charles (« Szlama »).

A ce moment Charles faisait son service militaire.

Nous nous sommes donc rencontrés en 1939 et six mois après nous nous sommes mariés le 27 avril 1940."

Je suppose qu'elle s'est trompée, parce que selon les archives parisiennes, le mariage civil eu lieu 24 avril 1941. à la ;Mairie du 3ème arrondissement. Leurs témoins étaient le père d'Héna Szulin Prager et son beau-frère Marcel Katz.

"Nous nous installâmes en location dans un 3 pièces au 3ième étage du 57 rue de Turenne qui allait devenir notre demeure définitive.

Nous nous inscrivîmes en tant qu’artisans à la chambre des métiers de Paris.

Notre petit atelier nous convenait très bien.

Une petite pièce en longueur avec une petite fenêtre qui donnait sur la cour gigantesque d’un immeuble de la rue du Parc Royal. Nous y avions installé une grande table de travail sur tréteau avec 2 pierres de marbres de maroquinier. Au fond nous avions 2 petites armoires basses avec un tiroir où nous rangions les outils, les modèles en carton pour découper le cuir, la ouate, le carton. Au milieu de la table nous avions installé une jatte de colle forte qui chauffait avec un réchaud électrique. Cette jatte comportait deux compartiments, un pour l’eau de rinçage des pinceaux et un pour la colle forte qui fondait dans l’eau.

La table était munie d’une tôle de zinc pour y découper le cuir avec un cutter de maroquinier que Charles affûtait avec une lime triangulaire.

Nous avions aménagé des étagères hautes pour y entreposer les rouleaux de cuir, de doublure et de tissus."

Et puis le temps de la guerre, des persécutions

et des drames arrivèrent.

 

"Toute cette installation allait malheureusement être bouleversée par la guerre.

Le 14 mai 1941 a lieu la première rafle de juifs étrangers, organisée par la Préfecture de Police.

Le 2 juin 1941, le gouvernement de Vichy présidé par Pétain promulgue le « Statut spécial pour les Juifs".

Après de multiples conférences entre les chefs de la Gestapo et les délégués du gouvernement de Vichy, il fut décidé que le port de «l’insigne » –c’est-à-dire l’étoile jaune– deviendrait obligatoire à partir du 7 juin 1942 pour tout Juif ayant atteint l’âge de six ans. Les Juifs de la zone non occupée en étaient exemptés, suite au refus du gouvernement de Vichy d’appliquer ce décret, un refus motivé avant tout par la crainte de réactions de réprobation de la part de tous les Français.

Il fallait donc fuir en "zone libre" et abandonner tous nos biens !

Charles est donc parti avec Marcel pour passer la ligne de démarcation avec M Duchateau, un homme de la France libre.

Puis Ida (sa soeur) et moi sommes parties 4 mois après. Charles. Nous  avions trouvé une location 16 rue Faillebin à Villeurbanne, où nous pouvions exercer la maroquinerie.

Ida et Marcel s’installèrent à Clermont Ferrant."

Charles et Hélène à Lyon

de 1942 à 1944

" Nous allions demeurer 3 ans à Villeurbanne 1942, 1943 et 1944.

Comme les hommes juifs devaient rester à domicile car ils risquaient de se faire arrêter par la police, c’était moi qui faisais toutes les courses. Nous ne portions pas l’étoile jaune, mais nos papiers indiquaient que nous étions juifs, car comme tous, nous avions été les faire à Paris, suite à la loi Pétain.

Que nous mangions mal avec nos cartes d’alimentation et 80 grammes de viande par semaine !

Pourtant, comme nous travaillons à façon pour un maroquinier qui nous fournissait le cuir et ’avec les chutes nous confectionnions des portefeuilles. Nous les échangions contre des pommes de terre ce qui nous sauvait. Par la suite nous avons connu un épicier qui vendait de la nourriture au marché noir, ce qui a amélioré notre situation.

C’est à cette époque que j’ai appris à bien coudre à la machine. J’avais eu une machine à coudre par chance : un marchand qui nous vendait des aiguilles pour coudre le cuir à la main (!) écoutait "radio Londres" dans son magasin. Comme je restais pour écouter aussi, il me dit : « Vous êtes pour la France libre ? » J’acquiesçais. C’est comme cela que nous devînmes amis.

Il m’a procuré la machine à coudre et toutes les fournitures pour coudre. Bien sûr cette machine nous a coûté cher mais elle nous était indispensable.

Nous nous étions installés avec de vieux meubles. Notre lit avait des punaises ! Après avoir fait des économies nous avons pu acheter un lit tout neuf.

Nous lisions la presse suisse et nous écoutions "radio Londres" en secret car il fallait apporter tous les postes au commissariat de Police. Nous écoutions Pierre Dacq : « Radio Paris ment ! Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ! ».

Nous allions quelquefois au cinéma. C’était dangereux et pas très intéressant. Nous jouions aussi aux cartes avec des amis.

On gagnait donc notre argent avec ce client unique !

Il fut très en colère contre nous quand nous quittâmes Villeurbanne, pour retourner à Paris qui avait été libéré le 24 août 1944.

J’étais alors enceinte de Marc qui devait naître à Paris le 11 avril 1945.

Pendant ce temps mes parents s’étaient installés à Clermont Ferrant où ils fabriquaient de la maroquinerie. Nous correspondions par des cartes spéciales nationales où nous écrivions des banalités pour éviter d’être découvert par les allemands. Curieusement, mes parent nous écrivaient en Yiddish et n’ont pas été inquiétés !

Ida qui était enceinte et son mari Marcel furent dénoncés et déportés à Auschwitz où ils ont été gazés et brûlés.

Mes beaux-parents portaient l’étoile jaune. Ils étaient restés à Paris».

Ils furent raflès en 1942 et anéantis à Auschwitz."

Elle termine ainsi son témoignage :

La tante de Charles surnommée « tante Eva » (en fait Hava Kronenthal) a eu beaucoup de chance. Elle est restée à Paris et portait son étoile ! C’était une femme vigoureuse et très optimiste. Tout le monde l’aimait bien car elle plaisantait tout le temps.

Marie, la sœur de Charles et Raymond Zantman, son mari demeuraient à Mauriac en Auvergne d’où ils nous expédiaient du fromage de Cantal !

Albert, (le frère d'Hélène), qui ne devait se marier qu’en 1946, était parti faire de la résistance à Clermont-Ferrant où il se cachait."

"A la fin de la guerre, nous sommes retournés rue de Turenne.

La cousine Suzanne,surnommée « Zizi » payait notre loyer tous les trimestres. Elle faisait croire que nous rentrions tous les soirs ! Mon voisin, un commissaire de police était prêt à récupérer notre appartement ! Il habitait à la place de notre voisin actuel du 3ième étage, Mr Schneider, professeur de Français au lycée Charlemagne."

Ainsi j'ai glané deux informations supplémentairers: 

- Le caractère vigoureux et optimiste de ma Grand-Mère.

Ce n'était pas complètement de la chance si la famille de mes grands-parents a échappé à la déportation. Ils faisaient partis des 25 000 juifs français, naturalisés en ce qui les concernent en 1927. Dans le dossier de naturalisation étaient joints les compte-rendus des enquêtes de "dénaturalisation" conduites sur eux, comme sur des milliers d'autres juifs "français" en vue de leur "dénaturalisation". Nul doute que si la guerre avait duré, je ne serais pas de ce monde!

- L'autre information qui m"était inconnue: ma mère, tous les trimestres de la guerre,pendant 3 ans, allait payer le loyer de l'appartement de Charles et Hélène.

Malgré cela, nos  familles se sont perdues de vue après la guerre et je n'en connais pas la raison!

Marc, ,le fils de Charles, se souvenait être venu chez mes parents, lors de la circoncision de notre petit frère. Il nous a raconté, que tous les enfants présents (mes cousins notamment) mangeaient autour de la grande table de la cuisine. Ma mère aurait demandé : "Qui veut du faux-filet. Marc aurait répondu : moi j'en veux du vrai!"

C'était en novembre 1955. Je pense qu'après la mort de ma Grand-Mère, en aout 1957, nos familles se sont perdus de vue. 

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Au retour de la guerre, les temps furent plus cléments .

Charles et Héléne ont voulu faire graver sur leur tombe, à Bagneux, 

leurs prénoms de naissance d'origine: Szlama et Hena.

Les chemins de ma recherche généalogique ont conduit à nos retrouvailles.

Ce fut un vrai bonheur de trouver Marc, l'un des fils de Charles et ses deux fils, Thierry et Laurent, même si nous ne comprenions pas le pourquoi d'un tel éloignement.

Ils font partis de notre famille la plus proche.

Charles était un cousin germain de maman, du côté de son père comme du côté de sa mère!

Marie Kronental,
la fille d'Itchè et Gutchè

Les retrouvailles avec la famille de Marie furent plus chaotiques.

La fille de Marie, Mireille, prit contact avec moi, par l'intermédiaire de notre cousine Madeleine Kronental, la fille de Max.

Elle m'envoya des photos de famille, les traces existantes de la déportation de ses grands-parents. Elle n'avait pas vécu dans un univers juif comme nous, même si, la vieillesse aidant, elle se considérait comme une "sioniste". Il s'est avéré qu'elle était plus une groupie de Netanyaou. Nous ne partagions pas les mêmes idées!

Elle me confia néanmoins quelques indications sur sa famille.

Sa mère s'est mariée en décembre 1938 avec Salomon Zantmann en 1910. Il avait 28 ans et était ingénieur. Il était né à Paris dans le 12ème et habitait rue du Faubourg St Antoine.

Ce n'était pas loin de la Moreau où habitait Marie.

Le témoin de leur mariage était le frère de Marie, Szlama en permission: il était à l'armée. Toute la famille s'est retrouvée à leur mariage.

D'après Mireille, son père s'éloignait du milieu juif et cherchait à "s'assimiler", plus que tout,voirt après guerre manifestait son désir d'être catholique..

Ils vivaient dans un milieu petit-bourgeois, et ne recherchaient pas à cultiver les relations familiales. Mireille me dira que sa mère trouvait nos familles, pas assez intellectuelles. Je comprenais donc leur éloignement.

Cela n'a pas empêché Marie de se fournir pendant quelques temps, en chaussures, à l'atelier de mes parents.

Et puis un jour tout a cessé!

Toujours est-il que Salomon, son mari,  qui se faisait appeler Raymond, fut envoyé en Auvergne pour superviser la construction d'un pont, si j'ai bien compris. Sa petite famille l'a accompagné.

Ils s'y trouvaient à la déclaration de guerre et ils sont restés dans la ville de Mauriac, sous-préfecture du Cantal. La ville était en zone non occupée par les allemands jusqu'au 11 novembre 1942 (occupation de toute la France).

Je ne sais pas comment ils ont passé la guerre, s'ils furent inquiétés ou non, s'ils étaient en lien avec la Résistance, qui a quelques faits d'armes autour de Mauriac?

Toujours est-il qu'ils ne firent pas venir, ou ne purent pas faire venir, Itchè et Gutchè, les parents de Marie qui furent déportés.

Apparemment, Marie garda un  contact avec son cousin Charles, puisqu'Hélène raconte avoir reçu du fromage de Cantal,  de leur part, à Lyon.

Marc me dira que l'évolution du mari de Marie fut problématique, après guerrer. Il travaillait dans le pétrole et allait souvent en Algérie. Il épousa les thèses de "l'Agérie Française".

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Marie Kronental,

à gauche à son arrivée en France vers 1925;

à droite jeune fille vers 1937/38.

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Mariage de Marie Kronental et Salomon/Raymond Zantman, en decembre 1938.

En haut à droite, des représentants de la famille Sternis Hana Wald, sa fille Ita et son mari Michel,  son fils Ludo et sa femme, Lola et Rose.  Maman au dessus d'Itchè et Gutchè et à gauche Max, Génia et Daniel accroupi.

Sur la photo de Gauche : Grand-Mère est à côté de Max et Génia, au-dessus d'Itchè et Gutchè.

En bas :  Raymond et Marie,

Mireille et son père à Mauriac  en 1940 et 1943.

Mireille tentait de renouer avec sa famille d'autrefois.

Mais cette envie se transformait en allégeance au gouvernement de droite et d'Extrême droite israélien. Elle m'envoyait des clips tous plus réactionnaires les uns que les autres, si bien qu'une colère me prit et je la lui fis connaître. Du coup une brouille définitive s'en suivit. Je ne savais pas qu'au même moment son fils trouvait la mort dans un incendie de sa maison. Ce qui me peina pour elle, même si je ne le connaissais pas.

Mais sur le fond, c'est la qualification de "pas assez intellectuel" qui ne passait pas, comme une différence de classe! L'éloignement se poursuivait...

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