La saga de la famille d'Abraham Szternis
Abraham et Maryem Szternis eurent six enfants.
Mes souvenirs
C'est de loin la famille qui est la plus prolifique en descendance.
Une grande partie d'entre elle se détourna de sa judéité et s'assimila sans continuité avec ses origines.
Nous restâmes proches de ceux restés dans le giron "juif" qui cependant n'avait rien de religieux, mais poursuivait une transmission même si parfois elle paraissait ténue.
Ma Grand-Mère voyait assez souvent Anna, l'aînée des enfants d'Abraham, que nous appelions cousine Anjè.
Elle avait le don de nous pincer la joue avec deux doigts pour manifester son bonjour, quand nous étions petites.Je me revois reculer à ce geste!
Elle eut deux enfants Ita et Ludo. Ma mère et nous sommes restées en relation avec Ita sa fille. Ma soeur, ma petite nièce et moi, lui avions rendu visite à Nice quelques semaines avant sa mort.
Rose faisait aussi partie de notre univers familial ainsi que son mari et sa fille Myriam. Myriam fut présente dans notre petite enfance. Elle était institutrice et fut la première à nous faire visiter le Louvre, à mon cousin William et moi. Elle fut aussi présente aux décès de mes parents.
Berthe s'est aussi imprimée dans ma mémoire. Elle devait venir à la maison et je l'ai associée à la royauté carolingienne parce que ce prénom, peu commun, j'ai dû l'entendre au moment où j'étudiais Pépin le bref et Berthe au grand pied.
Enfin, par le biais de ma Tante Marie, nous suivions les histoires et la fin de vie à Paris d'Alfred.
Nous avions aussi entendu parler de Lola, sans forcément la connaître.
Mais je n'avais jamais entendu parler de Léon et d'Abraham.

En décembre 1938,
au mariage de Marie Kronental,
la fille de Itchè et Gutchè Kronental,
une partie des Sternis s'y trouvait :
Anjé et ses enfants Ita et Ludo, avec leur mari et femme respectif; ainsi que Berthe et Lola.
Anna Szternis/ Wald
Pour nous, elle sera toujours cousine "Anjè"!
De ses vrais prénoms Chana-Ryfka est née à Varsovie le 14/04/1892; elle avait 9 ans de moins que ma Grand-Mère.
Elles ont dû se connaître et se voir à Varsovie.
Elle est décédée le 26 octobre 1977 à Paris.
Elle se maria avec Icek Wald (1889-1924 à Paris), à Varsovie en 1914. Ils eurent deux enfants, tous deux nés en Pologne.
Ita Wald 1915-1999 à Nice)
Ludovic (1918- 2001).
Icek était horloger.
La famille émigra pour Paris en 1921.
Pour Ita, c'était l'âge d'aller à l'école de la République où elle fit ses études. Ludo suivra le même chemin trois ans plus tard.
Malheureusement Icek, qui était tuberculeux, décéda brutalement trois ans plus tard, laissant Chana veuve avec deux enfants à charge.
Chana, femme énergique et courageuse n'accepta pas de vivre aux crochets de son père. Elle fit des ménages pour subvenir à l'éducation de ses enfants, puis plus tard créa un petit artisanat de plumes pour orner les chapeaux.
A la fin de ses études, dans les années 1930, Ita trouva un emploi de secrétariat, Puis elle prit des cours de couture, dans le cadre de l'ORT, pour devenir couturière. Cela lui servit, car pendant la guerre à Nice, elle travaillera dans la maison de tissus Rodier.
Ita Wald se maria en 1938 avec Michel Cognan, que j'ai connu dans mon adolescence.
Pendant l'occupation, Anna et se fille Ita rejoignirent Abraham et Lola partis dans un petit village près de Perpignan, puis elles s'établirent à Nice.
Ludo, pendant ce temps là, s'était marié avec Marie-Antoinette Hebstein et ils eurent une fille Evelyne née en 1942.
Tuberculeux, Ludo dut, pendant la guerre, passer un an et demi dans un sanatorium puis vint s'installer avec sa famille à Cimiez, un quartier de Nice.La famille échappa aux rafles.
Dans l'après-guerre Ludo se lança dans le commerce de la joaillerie et Ita divorcera de Michel. Son oncle Alfred, établi en Argentine, la convia de venir s'y installer. Elle fut rejointe par sa mère. Elles y restèrent plusieurs années, jusqu'au renversement du gouvernement de Juan Peron en septembre 1955.
Alfred partit pour le Chili et Ita et Anna revinrent en France.
Ita deviendra, au côté de son frère, grossiste en joaillerie.
Je ne souviens de son bureau situé rue du Temple près du métro Arts et Métiers. Pour y accéder, après les portes palières, il fallait pousser une porte à battants comme dans les westerns. Cela nous amusaient beaucoup, ma soeur et moi. Elle m'a offert, mon premier collier de perles!
Ita était née avec une malformation à un oeil. Enfant, elle reçut un sévère coup de coude dans cet oeil, ce qui l'obligea à porter un oeil de verre. C'était discret, mais impressionnant de près.

A gauche:
le mariage de Michel et d'Ita en 1938.
A droite:
Ludo, Ita, Marie-Antoinette et Anna tenant sa petite fille, Evelyne, dans les bras. 1942/43

Anna


Icek
Ita
Ludovic



Lipa dit Léon Sternis
C'est le second de la fratrie: il est né le 11 décembre 1894 à Varsovie et mourra le 25 aout 1968 à Nice.
Son père le promettait à une carrière de joailler, comme lui.
Il décida donc de l'envoyer en France, pays réputé dans le domaine de la création de luxe. Il avait un "cousin" établi à Paris depuis quelques années. Lipa partit le rejoindre pour apprendre l'art de sertir en avril 1914.
Le fameux cousin ne se montra pas à la hauteur et Lipa se trouva bien seul et démuni quand la guerre fut déclarée : impossible de rentrer à Varsovie!
Citoyen russe (Pologne sous domination russe jusqu'en 1919 et depuis 1815 pour Varsovie), il ne pouvait rejoindre l'armée française, alors il ne lui restait plus que d'aider à remplacer les hommes partis au front, le travail des champs notamment.
Il fut envoyé en Indre et Loire, à Thilouze, commune rurale entourée de vignes et de grands prés. Il devint donc paysan-vigneron pendant trois ans, au service d'une certaine Mme Diot et son laborieux travail fut reconnu par tout le village. Sa patronne et protectrice lui fit connaitre les arcanes du catholicisme et il contracta de solides amitiés dans le village. Il apprendra même à jouer du violon et de la mandoline. Devant les avances assidues de sa protectrice, beaucoup plus vieille que lui, il décida de retourner dans la capitale.
Revenu à Paris en 1917-18, il prit contact avec sa cousine Eva (ma Grand-mère) qui a dû l'héberger un temps et s'initia avec mon grand-père à la maroquinerie.
C'est là qu'il rencontra celle qui devint sa femme Fanny (Fajgla Scheindle) Koster . Ils se marièrent le 17 décembre 1918.



Léon aimait donner l'aubade à sa famille: ici avec
Fanny et sa soeur Ida, et leurs parents,
eux aussi dans la maroquinerie, dans les années 1920.
Au mariage de Léon, son témoin fut la femme de Léon Alter Chwast, le cousin de mon grand-père, Fanny Kresser qui hazbitait comme mes gran ds-parents 7 rue St Claude.
Léon et Fanny eurent 8 enfants entre 1920 et 1941.
1- Le premier Simon Sternis (1920-1994) épousa Monique Marchandin (1923-1986) et eurent François comme enfant. Circule dans la famille, un document qu'il a écrit sur l'histoire de la famille.
2- René Sternis (1923-2003) épousa Jeanine Depperrois (1922-?).
Ils eurent 3 enfants: Catherine, Annie et Emmanuel.
3- Pierre Sternis (1924-1984) se maria avec Thérèse Nello (1926-2020). Ils eurent 2enfants : Michèle dite Mickaële et Hervé.
Nous les rencontrerons à la cousinade Sternis-Kronental en juillet 2024.
4- Gilbert Sternis (1927-2025) qui épousa Lucy Chancy (1928-2018). Ils eurent 3 filles : Claude Sternis, Marion Sternis et Anne.
Nous rencontrâmes Claude et Marion à la cousinade de 2024 qui eut lieu à , dans la maison de Claude.
5- Jacqueline Sternis (1929) épousa Georges Olifer et ils partirent vivre aux USA. Ils eurent deux enfants: Betty et Edward Olifer
6- Jean-Louis ,Sternis (1936-2022)
7- Marie-Thérèse Sternis (1938-2022) épousa Michel Sarre (1938-2012). Ils eurent 3 enfants Isabelle, Philippe et Didier Sarre .
Nous avons rencontré ce dernier à la cousinade.
8- Françoise Sternis (1941) épousa Pierre Nello (1936).
Ils eurent 2 enfants: Frédéric et Guillaume Nello.
Léon dans l'entre-deux guerres
Ida, la soeur de Fanny a rassemblé ses mémoires.
En 1918, les allemandes envoyaient sur Paris, ce qui resta dans l'histoire sous le nom de "Pariser Kanonen", des pièces d'artillerie à longue portée (130km). Elles avaient comme fonction de terroriser la population parisienne, afin de faire pression sur le gouvernement français.
Les parisiens la surnommèrent la 'grosse Bertha".
Ils envoyèrent 367 obus par tirs espacés en mars, mai-juin, juillet jusqu'n 9 aout 1918, et tuèrent plus de 250 personnes.

Voici les points d'impact de cette canonnade, en rouge sur la carte.
Pas étonnant qu'Ida fut malade de peur et ne pouvait plus sortir, même pour travailler. Le Docteur conseilla à la famille de quitter Paris. Léon les emmena tous à Thilouse, chez Mme Diot.
Ils trouvèrent du travail dans les environs, Ida comme dactylo et fanny comme maroquinière. Léon venait les visiter tous les dimanches.
A la fin de la première guerre mondial"e, ils revinrent à Paris, dans une petite chambre du 6ème arrondissement. A sa naissance, son premier fils Simon, portait le nom du père de Fanny et fut circoncis par un medecin; le père de Fanny supervisa la cérémonie avec le rabbin.
Puis, plus tard ayant trouvé un petit appartement, le deuxiéme fils de la famille, René, naquit.
Pour Fanny, les grossesses se succédèrent et Léon quitta la maroquinerie pour s'initier au sertissage. Quand son père arriva à Paris, dans les années 1923-1924, il donna un coup de pouce à son fils qui put quelques années plus tard ouvrir son propre commerce de joaillerie, à Vayres, là où il s'était fait construire unr maison pour abriter sa nombreuse famille. Puis la guerre se profila.
La spoliation
Tous les juifs, français et étrangers ont été soumis à des lois discriminantes, ayant pour but de les évincer du système économique (et politique) par le gouvernement de Vichy.
La loi d'aryanisation du 22 juillet 1941 organisa une véritable procédure de "vol légal" sur tout le territoire.
Elle impose un "placement sous administration provisoire" de tous les biens appartenant aux personnes considérées comme juives (hormis leur résidence principale) pour une mise en vente au profit de l'Etat.
Le 29 mars 1941 sera crée le Commissariat Général aux Questions Juives.
C'est dans ce cadre que l'entreprise de Léon fut touchée. Je suis allée ,consulter son dossier de spoliation au Mémoriéa de la Shoah.Une soixante de pièces d'enquêtes sur les biens, d'échanges entre le préfet de Seine et Marne, l'administrateur provisoire nommé et le Commissariat Général aux Questions Juives
Le 28 aout 1941, Mr Monjaret est nommé administrateur de biens.
Un bilan de situation est établi le 11 aout 1941, sur la base du bilan d'activité du 23 mai 1940. +6Tout est expertisé. Son entreprise se situe dans sa maison, do,nt il est propriétaire. Il est écrit qu'il n'a aplus de contact avec le public et qu'il exerce, depuis le mois de juin 1941, la profession d'ouvrier agricole chez Mme Veuve Moricet à la Couinière à Artanne dans l'Indre et Loire. La phrase : "Le propriétaire parait disposé à la liquidation de son entreprise", frôle l'humour noir!
La procédure de vente du stock et la liquidation de l'entreprise durera quasi deux ans. On comprend, par la lettre manuscrite de Léon du 10 aout 1945, que l'administrateur de biens est resté en contact avec lui et a fait durer la procédure.





La cousinade
Le fabuleux voyage d'Abraham
Alfred Sternis
Berthe Sternis/ Epstein
Rose Sternis/Wagner
Lola Sternis
