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L'Histoire de la Pologne m'était totalement inconnue.

Je m'y suis plongée. 

Ce qui m'intéressait ce sont les raisons qui ont conduit des communautés juives à s'installer et  se développer en Pologne!

Les communautés installées en Angleterre, en France et en Allemagne ont du fuir leurs terres d'asile en raison des exactions suscitées par le catholicisme haineux.

Leur installation en Pologne fut permise par une structure royale moins centralisée et une certaine autonomie des potentats locaux, voyant dans ces communautés un apport positif. 

Au cours des siècles, les communautés juives acquirent la possibilité de s'auto-administrer, en relation avec les autorités locales ou royales.

Cela n'empêcha pas le développement de l'antisémitisme, des expulsions, des exactions, mais les communautés trouvèrent en elles les moyens de surmonter leurs douleurs et se développèrent dans toutes les activités économiques sociales et religieuses.

Elles réussirent à faire de la Pologne, le centre du judaïsme mondiale du 17 au 19 éme siècle, avec ses divers courants.

Dans cette  Pologne qui connut les convoitises de ses puissants voisins, jusqu'à disparaitre, rayée de la carte, les membres des communautés juives réagirent diversement: certaines s'associèrent à la résistance polonaise, s'assimileront, s'inscriront dans les mouvements de lutte, d'autres se replièrent sur leur judaïsme. Cela ajouta aux réactions antisémites à leur égard, tout en étant les boucs émissaires des autorités russes face aux mécontentements divers.

Les conséquences de la première guerre mondiale fit réapparaître une nouvelle république Polonaise, qui n'arriva pas à garantir une amélioration de la vie juive. Elle en affaiblira l'existence jusqu'à l'anéantissement nazi.

Histoire de la Pologne

Au carrefour de routes commerciales

Dès le 10ème siècle, les routes commerciales reliant l'Europe de l'Ouest aux mondes orientaux et islamiques se sont développées. Elles passaient par les grandes foires de Prague, Cracovie et la capitale hongroise de l'époque Esztergom.

Des caravanes de marchands juifs, arabes, francs, ruthéniens et khazars traversaient ainsi l'Europe centrale et parfois y installèrent des comptoirs.

 

Les premiers peuplement juifs s'y établirent au 13ème siècle.

Petit à petits, un statut a encadré la présence et l'activité juive, dont le plus important fut édicté par la roi Boleslaw, le pieux, en 1264 à Kalisz, un centre important de la Grande Pologne.

Cet acte, connu sous le nom de "Charte de Kalisz", calqué sur ceux du Saint Empire Germanique accordant, aux juifs, la liberté de culte, un statut juridique distinct permettant de commercer et de pratiquer l'usure et une protection ducale.

Polin vers la Pologne MA.jpg

Le Musée Polin de Varsovie retrace l'arrivée de commerçants, dont des juifs,  en Pologne, au Moyen Age, d'abord en transit, puis s'installant dans certaines villes progressivement, là où la juridiction envers les juifs y était plus tolérante.

Polin marchand Charette MA.heic

Du Moyen-Age à la Rernaissance :
une Pologne ouverte

L'histoire médiévale de la France et de la Pologne

- présente des similitudes dans la formation d'États nationaux et l'influence de la religion,

- mais diverge dans la structure politique, les conflits, la tolérance religieuse et le développement culturel, reflet de leurs contextes propres et de leurs trajectoires historiques distinctes.

 

Les deux royaumes se sont constitués quasi au même moment, 

- en France ce sont les Carolingiens avec Charlemagne notamment en 987 qui accentuèrent le renforcement du pouvoir royal.

- en Pologne, l’unification commence avec Mieszko Ier (la future dysnatie des Piast), qui adopte le christianisme en 966. La dynastie des Piast jouera un rôle crucial dans la formation du royaume en tant qu' unité politique, en rassemblant diverses tribus slaves (pas toutes christianisées), sous une seule autorité, tout en maintenant les divers duchés existants.

Mais paradoxalement l'emprise de l'Eglise catholique fut différentes, au Moyen-Age, très dirigiste et dominatrice en France avec un Roi investit du pouvoir divin. L'Église soutenait la légitimité du roi, tandis que le roi protégeait les privilèges de l'Église.

Moins prégnante en Pologne: les relations étaient plus complexes, avec des tensions entre le clergé et la noblesse.

Le roi devait parfois jongler entre les intérêts des nobles et des ecclésiastiques. Sans conflits ouverts avec le pouvoir royal, les tensions étaient davantage liées aux rivalités entre nobles.

Cela eut pour conséquence, une différenciation de l'attitude de certains rois et nobles à l'égard des communautés juives s'installant dans certaines places de la Pologne naissante offrant des activités économiques attractives.

Vers une royauté semi élective
dès le Moyen Age

Les Piast ont continué à gouverner et développer la Pologne, en influençant sa structure politique et sociale. composée de multiples duchés.

Le pouvoir central s"apparentera progressivement, jusqu'au aux 15ème et 16ème siècle, à une sorte de monarchie ""fédérative", surtout après le règne de Casimir 3 le Grand (14ème siècle) avec une Diète, assemblée où les nobles se réunissaient pour discuter des questions politiques et législatives. Elle jouait un rôle clécisif dans la prise de décisions.

 

Les rois n'étaient pas héréditaires de manière stricte.

À partir du 13e siècle, chaque roi était élu par la noblesse, ce qui leur permettait participation et influence dans la vie politique.

 

Bien que le roi ait un pouvoir exécutif, son autorité était souvent limitée par les décisions de la Diète, et il devait obtenir le soutien des nobles pour gouverner efficacement. Ils avaient des privilèges considérables (droits fiscaux et judiciaires) et pouvaient influencer des décisions majeures, comme la guerre ou la paix. 

Les nobles jouissaient de libertés politiques qui leur permettaient de contester les décisions royales et d'organiser des conflits en cas de désaccord avec le monarque.

La" Rus' de Kiev", fédération politique médiévale slave orientale fut fondée en 882 et s'étendait de la Baltique à la mer Noire: berceau historique commun de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie.

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Moyen Age Ashkenaze.jpg

Cette situation plus "libérale" de la Pologne explique la venue de familles et communautés juives, fuyant les exactions ou expulsions de France, d'Allemagne.

Elles s'installèrent là où les rois et les nobles polonais considéraient leur venue comme un atout économique et leur offraient protections et privilèges.

Ces communautés étaient attirées par la tolérance religieuse qui y était prodiguée comme à Cracovie, Gniezno (qui fut longtemps la capitale du royaume de Pologne), Wroclaw, Lublin, Kalisz ou Sandomierz...

L'anneau d'Or : La partie occidentale de l'Empire Mongol gouverné par les descendants de Gengis Khan.

Aux 13 et 14ème siècle, elle s'étendait  sur une grande partie de l'actuelle Russie, de l'Ukraine, la Bulgarie jusqu'au Danube, du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, du Turkménistan, voire du Caucase.

La Pologne est devenue, jusqu'en 1795 l'un des pays européens qui s'est développé, acceptant en son sein de nombreuses minorités qui, tant bien que mal cohabitèrent et contribuèrent à sa vitalité.

Pour autant, elle fut très convoitée par ses voisins qui la poussèrent tantôt à se défendre, tantôt à attaquer.

Il n'est pas facile de trouver encore, dans les diverses sources, non juives, une Histoire de la Pologne qui intègre l'histoire de sa forte communauté juive, expliquant ce qui a permis sa forte présence, mais aussi les exactions, pogroms, exclusions dont l'Etat, une partie de la noblesse, l'Eglise et une grande partie de la paysannerie en furent les principaux acteurs.

La République des deux Nations

Pour faire face aux diverses tentatives d'invasions, (Mongols, Ordre teutonique, Suède, Empire Ottoman...) de ce royaume, un rapprochement s'opéra entre les royaumes de Pologne et de Lituanie, qui constituèrent la "République des deux Nations".

Aux 16ème et 17ème siècle, ce fut l'âge d''or de la Pologne et de son rayonnement politique, économique et culturelle en Europe.

Trois partages successifs ont fait disparaitre l'Etat polonais.

Région où vivaient les Czalczynski et les Landschaft

Le troisième partage de la Pologne (1795) et ses suites

En 1795, la république des Deux Nationsmonarchie élective réunissant le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie, disparait à la suite du troisième partage de la Pologne, son territoire étant désormais intégralement partagé entre ses trois puissants voisins : l'Autriche, la Prusse et la Russie.

La France révolutionnaire, qui est alors en guerre contre ces nations, va constituer un recours pour les militaires polonais réfugiés, qui forment les Légions polonaises, combattant d'abord sous le commandement du général Bonaparte les Autrichiens en Italie (1796-1797), puis prenant part à toutes les guerres napoléoniennes : en Allemagne, Espagne et même à Haïti

La disparition de la Pologne contribua à la naissance d'un nationalisme d'abord larvé, plus tard séparatiste.

Le duché de Varsovie (1807-1815)

En1806-1807, Napoléon remporte la guerre contre la Prusse et la Russie, alliées de la Quatrième Coalition. Par les traités de Tilsit (juillet 1807), Napoléon obtient la création, sur les territoires annexés par la Prusse en 1793 et 1795, d'un État vassal de la France, le duché de Varsovie. Le tsar accepta d'autant plus facilement qu'il n'avait aucun territoire à céder. En 1809, après la victoire contre l'Autriche (Guerre de la cinquième coalition), celle-ci dut céder au duché les territoires qu'elle avait annexés en 1795.

Le duché de Varsovie, doté d'une Constitution rédigée à Paris et du Code Napoléon, a pour duc le roi de Saxe Frédéric Auguste, allié de Napoléon.

Après les désastres de la campagne et de la retraite de Russie (octobre décembre 1812), puis le repli de la Grande Armée sur l'Elbe, le duché de Varsovie est occupé par l'armée russe au début de 1813.

La défaite napoléonienne sera suivie d'une main mise de la l'Empire russe sur la Pologne. Le  tsar Alexandre 1er deviendra, par le traité de Vienne en 1815, le souverain du Royaume du Congrès, succédant au Duché de Varsovie, sorte de province russe. Elle jouira au début d'une large autonomie avant d'être progressivement réduite à une russification totale, non sans velléité de résistance polonaise.

Elle possède sa propre constitution et sa diète (parlement), son administration et son armée. Mais le pouvoir russe refusera toute velléité d'autonomie. Des mouvements polonais la revendiquant vont se succèderont au cours du 19ème siècle.

Les débuts du règne de Nicolas Ier (1825-1830)

La situation politique ne s'arrange pas avec l'avènement du tsar Nicolas Ier en 1825.

Monarque absolu en Russie, il tolère mal les restrictions à ses pouvoirs en Pologne. Par un décret du 3 février 1825, il interdit la publicité des débats de la Diète, dont il estime que les membres tiennent des propos subversifs.

En janvier février 1826, de nombreuses arrestations parmi les membres des sociétés patriotiques polonaises pour l'indépendance cristallisent l’opposition polonaise à la tutelle russe.

Le 20 mai 1829, conformément à la Constitution de 1815, Nicolas Ier se fait couronner roi de Pologne à Varsovie.

L'insurrection de 1830-1831 et ses conséquences. 

Les tensions entre les Polonais et la monarchie russe aboutissent en 1830 à une première insurrection, au terme de laquelle le royaume subit une limitation drastique de son autonomie (suppression du Parlement et de l'armée ; fermeture de l'université de Varsovie).

L'année 1830 est marquée en Europe par plusieurs événements révolutionnaires : la révolution de Juillet en France, suivie en août du soulèvement de la Belgique contre l'appartenance au royaume des Pays-Bas.

Ces événements remettent en cause l'ordre établi après le Congrès de Vienne par les trois puissances de la Sainte-Alliance, la Russie, la Prusse et l'Autriche.

À Varsovie, les patriotes sont persuadés que le tsar Nicolas va intervenir militairement et même que l’armée polonaise sera envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique. 

Les 18-21 janvier, constatant l'impossibilité de négocier avec le tsar, la Diète vote la destitution de Nicolas 1er du trône de Pologne, ce qui équivaut à une déclaration de guerre.

Le 30 janvier est mis en place un « Gouvernement national ».

L’opinion française s’enthousiasme pour la cause polonaise qui réveille les souvenirs de l'épopée napoléonnienne. Casimir Delavigne écrit alors La Varsovienne, glorifiant l’amitié franco-polonaise, qui devient l'hymne de l'insurrection.

Paroles en français

Il s'est levé, voici le jour sanglant ;
Qu'il soit pour nous le jour de délivrance !
Dans son essor, voyez notre aile blanc ?
Les yeux fixés sur l'arc-en-ciel de France !
Au soleil de juillet dont l'éclat fut si beau,
Il a repris son vol, il fend les airs, il crie :
Pour ma noble Patrie
Liberté !
Ton soleil ou la nuit du tombeau !
Polonais, à la baïonnette !

La guerre russo-polonaise (février octobre 1831)

Le 4 février, la Russie lance l'offensive avec une armée forte de 180 000 hommes, contre les 70 000 soldats polonais. Il faudra cependant huit mois aux Russes pour venir à bout de l'insurrection.

La répression

Le nombre des insurgés déportés en Sibérie est estimé à environ 1 500.

45 000 familles de la petite noblesse polonaise sont transportées de force dans les gouvernements des bords de la mer Noire et de la Volga. Ces nobles perdent leurs titres et leurs fils se voient contraints de faire un service militaire de parfois vingt années. 225 000 personnes se trouvent ainsi chassées de leurs foyers et reléguées en Russie.

C'est la période au cours de laquelle le nationalisme polonais, qui était auparavant commun aux plates-formes politiques de gauche et de droite, s'est redéfini plus ) droite, avec l'émergence d'un leader politique Roman Dmowski (1864-1939), idéologue du nationalisme extrémiste et souverainiste. L'idéologie nationaliste d'après les partitions, ne se référait pas au « nationalisme ethnique ».Il s'agissait d'un mouvement romantique qui cherchait la restauration d'un État polonais souverain. 

L'avènement du nationalisme polonais moderne sous domination étrangère a coïncidé avec l'insurrection de novembre 1830. Les défaites qui s'ensuivirent brisèrent l'esprit révolutionnaire polonais.

Au cours de cette période, on commença à assimiler les Polonais à l'ethnicité, excluant de plus en plus des groupes comme les Juifs polonais, qui étaient auparavant plus susceptibles d'être acceptés comme « patriotes » polonais.

Un élément important du nationalisme polonais a été son identification avec la religion catholique romaine, bien qu'il s'agissait d'une évolution relativement récente, qui trouve ses racines dans la Contre-Réforme'(1) du XVIe siècle. 

Il s'est clairement établie dans l'entre-deux-guerres.

Bien que l'ancienne République ait été religieusement diversifiée et très tolérante, le récit religieux catholique romain aux accents messianiques (le Christ de l'Europe) est devenu l'un des traits caractéristiques de l'identité polonaise moderne. 

Roman Dmowski a joué un rôle essentiel dans la définition de ce concept et a été qualifié de « père du nationalisme polonais ».

(1) La Contre-Réforme, en Pologne, a été menées activement à partir de la fin du XVIème siècle sous l’impulsion des Jésuites et du roi SIGISMOND III. Elle avait comme objectif de recatholiciser l’élite nobiliaire et de réduire fortement l’influence du protestantisme, ancrant durablement le catholicisme comme pilier de l’identité nationale polonaise.

Le XIXe siècle présente ainsi un enchaînement de soulèvements polonais : l'insurrection de Kościuszko de 1794, la participation aux guerres de Napoléon, l'insurrection de novembre de 1830, le soulèvement de Cracovie de 1846, et l'insurrection de Grande-Pologne de 1848, avec leurs lourds tributs en vies humaines.

L'insurrection de janvier 1863 va être la dernière des grandes insurrections patriotiques.

Précédée par plusieurs années de manifestations patriotiques, et de demandes de réformes agraires et sociales, elle est provoquée par le refus des autorités russes de faire autre chose que des concessions  superficielles. Déclenchée en janvier 1863 par la conscription forcée des Polonais dans l'armée russe, elle est défaite en 1864 et a pour résultat une répression impitoyable et la suppression quasi complète de l'autonomie relative du royaume du Congrès et la russification des anciennes provinces polonaises de l'Empire russe.

La mort de Nicolas Ier fait naître des espoirs polonais, car le nouveau tsar Alexandre II se présente comme réformateur.

Cependant, assez rapidement, une relative détente politique suit la période des reformes enclenchées par la débâcle de la guerre de Crimée. Mais cela s'avère insuffisant.

Les Polonais aspirent à leur autonomie.

De nombreux foyers de révolte se forment mais le plus grand fut Varsovie, la capitale polonaise. En 1857, le tsar autorise la création de l’Académie de médecine et de chirurgie de Varsovie et la réouverture de l'université de Varsovie.

Les facultés se remplissent aussitôt de jeunes conspirateurs. Quelques cercles se forment aussi à l’école des Beaux-Arts. Il se crée de nouveaux cercles d'étudiants ainsi que des formations militaires. Le débat autorisé sur l'émancipation paysanne en Russie et l'unification italienne et roumaine créent un climat d'ébullition croissante.

Les Polonais commencent à préparer une nouvelle insurrection nationale dès la fin des années 1850.

Des heurts se multiplièrent avec une féroce répression de l'armée tsariste .

En octobre 1861, l'état d'urgence sera décrétée dans tout le Royaume du Congrès.

Au cours des années 1861-1862, les Polonais attendaient de plus en plus une réforme agraire, la démocratisation du pouvoir et l’indépendance avec la Russie.

Dans cette situation, une organisation patriotique radicale, surnommé Les Rouges, se met en place afin de mener la lutte ouverte et la préparation d’une insurrection face aux Russes. À la fin de 1862, cette organisation compte entre 20 000 et 25 000 membres et planifie l’insurrection pour le printemps 1863. Le complot est dirigé par un Comité central national.

À l’opposé des Rouges se met en place une autre organisation, surnommée Les Blancs, groupant les propriétaires terriens, l’aristocratie et les couches riches de la population. Profitant des structures de la Société agricole, cette dernière crée un réseau s'étendant à tous les territoires polonais, y compris la Lituanie et l’Ukraine. La lutte armée pour l'indépendance n'est pas leur priorité. Les Blancs réclament surtout des compensations pour les pertes financières consécutives à l’abolition du servage.

Le  chef du gouvernement civil du royaume de Pologne imposa le loyalisme envers la Russie. Afin de mettre les Blancs de son côté, il réalise quelques réformes demandées par le mouvement polonais : fin du servage, une nouvelle loi encadrant l’éducation et des droits égaux pour les Juifs.

Le 8 septembre 1862, le grand-duc Constantin de Russie lève la loi martiale dans les districts de la province de Radom, à l'exception de Radom et Kielce ; le 10 octobre, la loi martiale est levée dans la province de Lublin et Augustów à l'exception de Lublin, Siedlce et Suwałki ; le 16 décembre, elle est levée dans la province de Varsovie et de Płock à l'exception des villes de Varsovie, Kalisz et Płock, des powiats de Lipno et Piotrków et des villes situées le longs des lignes de chemin de fer Varsovie-Vienne et Varsovie-Bydgoszcz.

C'est donc contre toute attente qu''est organisé, à la mi-janvier 1863 l'enrôlement de force des Polonais dans l’armée russe. Une liste de 12 000 noms est établie à cet effet où figurent des personnes suspectées d’appartenir aux mouvements patriotiques polonais.

Planifiée par les Rouges pour le printemps, l’insurrection débute fin janvier 1863, sans préparation organisationnelle suffisante, avec un manque cruel de moyens militaires et une direction divisée.

Étant donné le déséquilibre entre les forces combattantes pendant l'insurrection, la guerre prend la forme d'une guérilla. Les combattants polonais cherchaient à éviter les combats trop importants, dans lesquels l'insurrection risquait de disparaître totalement.

On comptabilise près de 1 229 combats de plus ou moins grande ampleur, 956 sur le territoire du royaume de Pologne, 236 en Lituanie et le reste en Biélorussie et en Ukraine.

Le nombre de paysans participant à l'insurrection va en augmentant jusqu'au décret du tsar du 2 mars 1864 promettant la fin du servage et la possibilité d'obtenir la propriété de terres ; à partir de là, les paysans quittent le mouvement.

Près de 200 000 personnes ont participé aux combats de l'insurrection, environ 30 000 en même temps.

Près de 30 000 partisans ont été tués. 

Le 21 février 1864, les Russes remportent la bataille d'Opatów sur les partisans polonais. Les soldats polonais dans le comté de Lubelski et ceux dans la province de Grodno, continuent la lutte jusqu'en avril. En Posnanie et en Galicie, de nouvelles forces se reconstituent, mais ne peuvent intervenir dans le royaume de Pologne, du fait du contrôle des frontières par la Prusse et l'Autriche.

Le dernier groupe de patriotes se bat jusqu'au printemps 1865 à Sokołów. Ils seront écrasés.

Ces défaites successives seront le ferment d'un nationalisme de droite, largement antisémite qui culminera au cours de la 2éme République dans les années 1930. .

La Première guerre mondiale

En 1914, il n'existait plus de Pologne indépendante.

Les territoires polonais sont toujours répartis entre trois empires :

  • l'Empire russe : Royaume de Pologne, dont font partie Varsovie, Kielce,

  • l'Empire allemand : notamment la Posnanie et les territoires occidentaux ;

  • l'Empire austro-hongrois : Galicie, autour de Cracovie et Lwów.

La guerre transforme donc les territoires polonais en champ de bataille entre la Russie et les Empires centraux. En 1914, la guerre arrive dans les villages.

Au début de la guerre, l'armée russe est encore présente.

Mais les armées allemandes et austro-hongroises avancent progressivement vers l'est.

En 1915, l'offensive de Gorlice-Tarnów provoque l'effondrement du front russe.

À l'été 1915, l'armée russe abandonne pratiquement tout le Royaume de Pologne. Les territoires sont alors partagés entre deux administrations d'occupation :

  • une zone allemande, avec Varsovie comme centre ;

  • une zone austro-hongroise qui comprend notamment Kielce, Radom et Lublin. L'administration militaire austro-hongroise porte d'abord le nom de Militärgeneralgouvernement Kielce, avant d'être transférée à Lublin en octobre 1915.

Mais surtout : 1915 provoque un immense déplacement de population

Lorsque l'armée russe se retire, elle pratique la politique de la « terre brûlée » dans certains secteurs : évacuations, destructions de récoltes et de biens, déplacements forcés.

On estime à environ 1,5 million le nombre de réfugiés provoqués par la retraite russe dans les territoires polonais.

1915-1918 : occupation austro-hongroise dans la région de Kielce

L'administration austro-hongroise devient déterminante.

La population subit : réquisitions de nourriture ; contrôle des récoltes ; restrictions économiques ; travail forcé ou recrutement de travailleurs ; pénuries ; inflation ; perturbation des transports et du commerce.   

Les occupants exploitent fortement les ressources du pays.

Mais il y a aussi une conséquence politique paradoxale : les Polonais acquièrent progressivement une expérience d'administration autonome, tandis que les Empires centraux commencent à envisager une future Pologne.

En novembre 1916, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie proclament ainsi la création d'un « Royaume de Pologne », encore entièrement dépendant des puissances occupantes.

En 1917, un Conseil de Régence polonais est créé.

La guerre a donc détruit l'ancien ordre impérial tout en préparant la renaissance de l'État polonais.

Puis survient 1917 : tout change

Deux événements bouleversent complètement la situation :

Février 1917 : révolution russe.

Octobre 1917 : prise du pouvoir par les bolcheviques.

La Russie impériale disparaît.

Puis, en novembre 1918, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie s'effondrent à leur tour.

C'est dans cette situation extraordinaire que la Pologne réapparaît comme État indépendant.

Mais une question énorme reste sans réponse : Quelles seront les frontières de cette nouvelle Pologne ? Et c'est là que commencent les conflits avec les Ukrainiens, les Biélorusses, les Lituaniens et les bolcheviques.

1918 : naissance d'une Pologne qui n'est pas homogène

La Pologne qui renaît en 1918 n'est pas composé uniquement de Polonais.

Elle récupère des territoires où vivent : des Polonais ; des Juifs ; des Ukrainiens ; des Biélorusses ; des Allemands ; des Lituaniens ; des Russes ; des Ruthènes, Lemkos, etc.

Les minorités représentent environ un tiers de la population de la Deuxième République polonaise.

Et c'est ici que naît une contradiction fondamentale :

La Pologne veut être un État national polonais,

mais elle hérite d'une population profondément multinationale.

Les grands défis de la République polonaise

de l’entre-deux guerres

Naissance de la Deuxième République le 11 novembre 1918

La Pologne obtient son indépendance de facto le 11 novembre 1918, lors du retrait des unités d'occupation allemande et austro-hongroise. 

À Varsovie, Józef Piłsudski devient chef du tout nouvel État polonais et commandant en chef de l’armée. Son passé politique de gauche lui vaut une popularité parmi les masses ouvrières et dans les milieux de l’intelligentsia radicale, et les faits d'armes pour l'indépendance pendant la guerre ont exercé une très grande influence, surtout sur la jeunesse.

Le premier gouvernement dirigé par un socialiste se met en place grâce à l'appui de Piłsudski et adopte des mesures progressistes telles que la journée de travail de 8 heures ou le droit de vote et l’éligibilité pour les femmes.

Cependant les clauses du traité de Versailles qui confirme l’existence de l’État polonais éludent le problème de la frontière orientale du pays.

La seconde Républque 1919-1939

.L'existence de la Deuxième République commence avec la reconquête de la souveraineté nationale, officialisée par le traité de Versailles en juin 1919 

La Deuxième République est associée à une période d'adversité, de troubles et de victoires.

Ses territoires soumis pendant 123 ans à la russification et la germanisation intenses et aux trois régimes administratifs et économiques distincts (Allemagne, Autriche, Russie), ne peuvent se reconnaître que dans une continuité culturelle, spirituelle et politique.

Or, dans un pays multiculturel et multiconfessionnel, où une partie de sa population ne parle pas polonais, cela s'avérera très complexe à définir. Les nationalistes de droite ont un terreau tout trouvé et ne cesseront de gagner du terrain.

La question des « minorités » ne sera jamais vraiment pris en charge.

Selon le recensement de 1921, le nombre d'habitants était de 27,2 millions.1/3de la population est formée de groupes minoritaires :  13,9 % Ruthènes  (Ukrainiens) ; 10 % Juifs ashkénazes ; 3,1 % Biélorusses ; 2,3 % Allemands et 3,4 % Tchèques et Lituaniens.

Le réveil des nationalismes rend conflictuels les rapports entre les Lituaniens, les Allemands, les Ruthènes, les Juifs et les Ukrainiens d'une part, et la majorité polonaise (70 %) d'autre part.

Malgré les destructions et l'invasion soviétique en 1920, et malgré le krach des années 1930, la Deuxième République a maintenu un développement économique modéré. Les pôles culturels de Varsovie, Cracovie, Poznań, Wilno (Vilnius) et Lwów (Lviv) s’élèvent au niveau des grandes villes européennes et deviennent les sièges d'universités et des lieux d'enseignement supérieur de renommée internationale. En 1939, la Pologne était le sixième plus grand pays d'Europe.

La question des frontières (1918-1921)/ une succession de conflits

Les Polonais rivalisent d’influence avec l’Ukraine en Galicie d’où une première guerre avec l'Ukraine indépendante. En septembre 1919, les Ukrainiens signent la capitulation et la frontière entre l’Ukraine et la Pologne suit la rivière Zbroutch.

À la même période, les Polonais se soulèvent en Grande-Pologne, le berceau historique de la Pologne, contre les Allemands.

Puis en février, des tensions éclatent avec le voisin soviétique pour le contrôle de Wilno. Avec l’aide des armées alliées, les Polonais tiennent bon. Le 26 juin, le petit traité de Versailles reconnaît la Pologne comme un État de plein droit, mais lui impose une protection des minorités (ethniques, linguistiques et religieuses) par la Société des Nations.

L'année 1920 est décisive dans la création de la République de Pologne. En mars, la république des Lemkos (éphémère république ruthène en Pologne du Sud) est annexée. Le 24 avril, l'opération Kiev doit permettre la prise de l'Ukraine centrale et orientale. Cependant, les armées polonaises sont repoussées et les Russes mènent une contre-offensive qui les conduit aux portes de Varsovie. Des troubles secouent le pays de l'intérieur (attentats, assassinats, émeutes, pogroms). Le gouvernement polonais décide une réforme agraire pour apaiser les paysans, qui représentent plus de 75 % de la population. Alors que la Pologne orientale passe sous administration russe, le maréchal Piłsudski sauve la situation grâce à la bataille de Varsovie surnommée le miracle de la Vistule, qui se déroule du 6 au 16 août 1920.

Sur la frontière allemande, les trois insurrections de Silésie conduisent à un plébiscite le 20 mars 1921 débouchant sur de nouveaux changements territoriaux en faveur de la Pologne.

Le 18 mars 1921, la paix de Riga signée avec l’URSS confère à la Pologne d'importants territoires en Ukraine occidentale et met un terme à tout conflit militaire. Selon ce traité, la frontière russo-polonaise suit la frontière du troisième démembrement de la Pologne.

La question des minorités va constituer de véritables tensions, sans que la politique de l'état polonais n' arrive à trouver un équilibre vivable.

  • Les Promesses données lors du Traité de Versailles seront bafouées :

Bien que garantis par la Constitution de 1921 et les traités internationaux, les droits des minorités furent régulièrement restreints et contestés.

  • Une Politique de polonisation :

L'État favorisa la culture majoritaire, la langue polonaise et la religion catholique, cherchant l'unification politique du pays au détriment des identités régionales et culturelles. 

  • La Rupture de 1934 :

Le 13 septembre 1934, la Pologne récusa officiellement les clauses internationales sur la protection des minorités.

La Situation par communauté était la suivante:

  • Pour les Ukrainiens :

Ils seront confrontés à des restrictions linguistiques et culturelles, notamment en Galicie, et à des politiques de colonisation militaire des terres de l'Est.

  • Pour les Juifs :

Ils seront soumis à des discriminations croissantes, à des exclusions économiques (notamment dans la fonction publique et certains secteurs industriels, mais également sur l'interdiction du travail du dimanche et un boycott du commerce juif) et à la montée de l'antisémitisme dans les années 1930.

  • Pour les Biélorusses :

​Moins organisés politiquement, ils subirent une forte pauvreté rurale et une marginalisation culturelle.

L'instabilité parlementaire (1919-1926)

Malgré le chaos, les premières élections libres - pour élire la Diète polonaise - ont lieu le 26 janvier 1919 et voient l'Union Populaire Nationale  (nationalistes de droite) remporter le plus de votes (37%)[1]. Le Parlement adopte aussitôt une constitution, dite « petite constitution », Piłsudski est président. Une seconde  Constitution en mars 21, fut adoptée. Le premier président de la République est assassiné après cinq jours de mandat. La République est très fragile. La décentralisation et l'absence de monnaie commune parasitent le développement du pays. L'armée pèse un poids conséquent et la République affaiblie par quatre ans de guerre doit reconstruire le pays. Pas facile dans un État où les minorités ukrainiennes, tchèques, russes, allemandes, lituaniennes, juives représentent 30 % de la population.

Aux élections législatives de novembre 1922, aucune des formations ne réunit plus d'un quart des sièges. Il en résulte une grande période d'instabilité politique. Dans les années 1922–1925, la Pologne traverse une crise politique, économique et sociale, malgré un gouvernement qui, en 1924, lance une grande réforme monétaire : monnaie unique, création de la Banque nationale de Pologne, un coup d'État a lieu le 12 mai 1926.

L’autocratie de Piłsudski (1926-1935)

Un nouveau gouvernement est formé, Józef Piłsudski étant ministre des Affaires militaires. Le 31 mai, l'Assemblée nationale nomme Piłsudski président de la République, mais celui-ci refuse. Cependant, dépassant peu à peu les prérogatives de son ministère de la Défense, Józef Piłsudski devient le véritable homme fort de l'État.

Menant une politique d’« assainissement » fondée sur le rétablissement des bonnes mœurs de la vie publique, Piłsudski gouverne avec autorité, utilisant décrets et censure. Profitant d'une conjoncture économique favorable qui perdure jusqu'en 1929, cette politique ne suscite que peu de protestations.

Dans les années 1930, une conjonction d'événements, de la Grande Dépression au cercle vicieux des attaques terroristes de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et des représailles gouvernementales, entraînent la détérioration des relations entre le gouvernement et les minorités, comme la minorité allemande en Silésie.

La nouvelle constitution adoptée en avril 1935 est une des réformes les plus marquantes de Piłsudski. Elle renforce le pouvoir du président et transforme le système politique polonais en système présidentiel avec des tendances autoritaires. Piłsudski meurt peu après, d'un cancer du foie à Varsovie.

Le régime des colonels (1935-1939)

Les obsèques sont menées par d'anciens soldats des légions polonaises, des membres de l'Organisation militaire polonaise, des anciens combattants des guerres de 1919-1921 et ses collaborateurs politiques. Tous ces anciens subordonnés ont profité de la prise de pouvoir du maréchal pour accéder aux sphères dirigeantes et n'entendent pas laisser la place. Ce sont eux qui constituent le gouvernement des colonels qui perdurera jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La droite nationaliste et antisémite s’y déchaine.

Le 28 avril 1939, à la suite de la signature par la Pologne des accords militaires avec la France et la Grande-Bretagne, Hitler dénonce unilatéralement le pacte de non-agression germano-polonais, signé le 26 janvier 1934 entre la Pologne et le Troisième Reich.

La seconde guerre mondiale

L'invasion de la Pologne (1939)

Le début de la Seconde Guerre mondiale met un terme à la Deuxième République. Le 1er septembre 1939, une semaine après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, sans déclarer la guerre, commence l'agression de la Pologne.

Le 6 octobre 1939, l'Allemagne et l'Union soviétique occupent toute la Pologne, à l'exception de la région de Wilno, récupérée par la Lituanie. Pour autant, la Pologne ne capitulera pas et le gouvernement polonais en exil et l'État clandestin de Pologne poursuivent le combat durant toute la guerre.

À partir de 1939, à la suite du pacte germano-soviétique, l'agression de l'Allemagne nazie le 1er septembre et de l'URSS le 17 septembre prive la république de Pologne de sa souveraineté : son territoire est occupé. Une partie du territoire occupé par la Wehrmacht est directement annexée au Troisième Reich, une autre partie est transformée en colonie allemande sous le nom de « Gouvernement général » ; la partie occupée par l'Armée rouge est partagée entre les républiques soviétiques de Biélorussie, Lituanie et Ukraine.

Militairement défaite, la Pologne ne capitule pas et les autorités constitutionnelles de l'État polonais s'évacuent par la Roumanie en France puis au Royaume-Uni d'où elles continuent à diriger les organes de l'État clandestin mis en place dans le pays occupé pour lutter contre les occupants.

Le gouvernement polonais en exil dirigera la résistance de l'intérieur (Armia Krajowa) et les forces armées polonaises combattant à l'Ouest.

À l'issue de la guerre, la Pologne, déplacée vers l'ouest d'environ 300 km en moyenne pour permettre à l'URSS de garder l'essentiel de ses acquis de 1939, est soviétisée et incluse dans l'ensemble des pays communistes inféodés à l'URSS. La république actuelle lui succède en 1989, lors de la chute des régimes communistes en Europe.

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