
Génialogie familiale
Notre tante Annie
et sa famille Firer
La vie de "tata Annie" ne fut pas facile.
Elle fut très présente pendant notre enfance et plus tard également.
Nous sommes allées souvent dans l'appartement de la rue Turbigo, où elle vivait, un appartement atelier, où règnaient des mannequins-bustes de couturière. J'entends encore le bruit de la presse sur le tissu.
De' mes yeux d'enfant, c'était plus grand que chez nous et elle avait un balcon.

Je me souviens des "Noel/Hanoukha" passés ensemble.
Une année, elle nous offrit à ma soeur et a moi de vrais landaux de "baigneurs" que nous poussions, avec fierté, dans le grand couloir de notre appartement.
Plus tard, elle acheta un pavillon avec jardin à Crosnes, près de Villeneuve St Georges. Les familles des trois soeurs s'y retrouvaient les dimanches.
Nous jouions avec son petit chien, Lassie, une sorte de Fox Terrier.
Nos cousins Jackie et Lucien étaient plus âgés que nous, nous aimions beaucoup jouer aux côtés de ces "grands" adolescents.
Enfance
Tout comme pour mon oncle Raymond, Annie n'a pas gardé que de bons souvenirs de son enfance. Leur mère marquait une nette différence avec leur aînée.
Je n'ai pas trouvé de trace de sa scolarité.
Je ne sais ce qu'elle faisait en dehors de l'école.
Jusque ses quinze ans, toute la famille vécut dans un petit deux pièces près du Platzel. Qui plus est accueillait la famille venue de Pologne.
Quand elle eut dix ans, ma mère naquit et ce nouveau bébé devait attirer l'attention des plus grandes.
Elle a dû aller en apprentissage de couturière, vers quatorze ans, car la famille n'était pas riche.
Mariage.
Là encore un mini drame s'est joué : ma Grand-Mère" ne voulait pas qu'Annie se marie avant sa soeur, prétextant le partage de la robe de mariée.
Pourtant, elle connaissait Jean Firer bien avant que Marie ne rencontre son futur époux.
Annie l'a mal vécu, mais elle dût attendre. Elle s'est mariée le 18 février 1937 à La Mairie du 19ème.
Elle était couturière. Jean (Judel) Firer était né à Lubartov en Pologne, le 7 février 1911.
Il était arrivé avec sa mère et ses frères et soeurs à Paris vers 1930.
Il était tailleur et habitait 343 rue des Pyrenées dans le 20ème arrondissement.
Le témoin de Jean était Maurice Firer, son frère, lui aussi tailleur, 5 rue Saint Antoine.
Le témoin d'Annie était la cousine de Grand-Mère, Mariem Parchewski, commerçante 83 bis rue Lafayette.
Annie est allée vivre avec Jean rue des Pyrenées.








Leur premier fils naquit le 29 septembre 1939.
C'était la déclaration de guerre.
A partir de mai-juin 1940, la vie se compliqua pour ma tante, les lois anti-juives s'appliquèrent au fur et à mesure.
Je ne crois pas qu'elle et Jean avaient une entreprise et ne furent pas touchés par les spoliations. Ils devaient travailler à façon. Ma tante était française de naissance et ses parents naturalisés, mais je ne suis pas sûre que ce fut le cas pour Jean.
Ma tante et Jacky sont restés dans l'appartement 343 rue des Pyrenées, mais Jean est resté caché dans une chambre de bonne au dernier étage de l'immeuble. Ma tante nous a dit qu'elle devait soudoyer un commissaire de police qui habitait dans l'immeuble de 1942 à 1944, pour ne pas que Jean soit dénoncé.
Je ne sais pas ce qui s'est passé, pour la famille de Jean, si ce n'est que beaucoup étaient aussi tailleurs.
La Libération a dû redonner du courage et le gout de vivre à la famille Firer : un nouvel enfant arriva au foyer le 12 juillet 1944, Lucien Firer, certainement né à l'Hopital Tenon.
Une troisième grossesse arriva: Gérard est né le 16 mai 1946. Mais il devait décéder deux mois plus tard le 14 juillet 1946.
En plus du chagrin provoqué par la perte de son enfant, ma tante devait perdre son mari, deux mois plus tard le 1er septembre 1946.
L'histoire familiale stipule qu'après une baignade, il contracta une maladie virale infectieuse qui l'emporta brutalement. Il décéda à la clinique de la rue de la Chine.


A gauche Annie et Lucien; à droite Annie et Gérard


Une Firer avec Lucien sur les genoux, Jacky, Annie, Marie et William : été 1945
Jean, Annie et Marie, je ne connais pas les fillettes avec Jacky, Lucien et William - mai ou juin 45


Ma tante Annie ne baissa pas les bras devant tant de malheurs.
Je pense qu'elle dut trouver du réconfort dans la famille.
Elle continua à emmener ses deux enfants en vacances. Ma mère devait l'aider, ici elle est avec Lucien et Jacky, certainement au Jardin du Luxembourg vers 1948.

La famille de Jean Firer.
Jean était arrivé de Lubartow (dans la province de Lublin) vers 1930 avec sa mère et ses frères et soeurs.
Sa mère, Chana née Erengot 1873-1932) mourut en février 1932 et fut enterrée à Bagneux.
Son père père Yankiel (1870-1915) est décédé à Lubartow en Pologne en 1915. Il avait épousé sa femme en 1896.
Sa mère devait être enceinte quand son mari décéda, puisque le dernier de leurs enfants est né en 1916.
Jean avait cinq frères et soeurs, apparemment tous venus à Paris.
- L'aînée Etla née en 1889, mariée à Shrul Zylber a été déportée dès juin 1942 à Auschwitz avec sa famille, son mari et ses deux enfants : Joseph (6 ans) et Charles (14 ans) nés à Paris;
- le second Maurice, né en 1901 est mort en 1984;
- le troisième David né en 1909 est décédé en 1985,
- la quatrième Berthe née en 1914 mourut en 2004 et
- le dernier Jankiel/Jacques né en 1916 fut déporté en 1944 vers Auschwitz. Il avait quitté Paris en 1942 pour se réfugier en zone non occupée à Grenoble. Un soir, en sortant, il fut raflé et déporté à Auschwitz .


La tombe de Yankel Firer (père), mort en 1915, (père de Jean) à Lubartow. Photo datant de 1919/20.
En haut, sa mère Chana Erengot, l'aînée Etla à sa droite, David à sa gauche,
De gauche à droite : Yankel, Berthe et Jean.
Maurice n'est pas sur cette photo
Ma mère assistait au mariage de David Firer avec Cécicle Scharf.
Cela devait être en 1937.
Le 3 éme couple en partant de la gauche : Annie et Jean.
Sous la photo de mariage, le couple Zylber et ses deux enfants, tous déportés en 1942.
Merci, à mon cousin Lucien pour tous ces documents et renseignements
Quelques années plus tard, peut être en 1948/49, elle rencontra, celui que j'ai toujours appelé mon oncle Sam.
Il s'appelait Sam (Szmul Leyb) Zalcman (1908-1974) était originaire de Radom. Il aimait( à dire qu'il était breton à cause de la ville de Redon.
Il avait un fils (Jacques 1936-?) et une fille, (Gabrielle 1939-?) d'un premier mariage que je n'ai jamais vus. Il était divorcé.
Il a été engagé volontaire comme mitrailleur, dès juin 1939 et pendant la seconde guerre mondiale fut prisonnier dans un stalag.
Il fut libéré en mai 1945 et revint à Paris.
En 1970, il reçut la Croix du combattant volontaire.
Ma tante Annie avait du faire face à l'entretien de sa famille, à la mort de son mari.
Je suis allée aux archives parisiennes, consulter les registres du commerce.
Le 1er juin 1949, Anna Leizerson, habitant toujours 343 rue des Pyrenées, comme veuve Firer, elle a déclaré une Société A Responsabilité Limitée, ( Fabrication, achat et vente de tous articles de confection Dames), dont elle fut la gérante, avec un associé non indiqué: "Anna aux vêtements féminins", sise 9 rue Simon Lefranc, Paris 4ème,
En 1951, le 23 janvier, Anna Firer transfère sa société "Aux Vetements féminins" 14 rue Meslay Paris 3éme, vers la place de la République.
A cette époque, elle devait avoir rencontré Sam, puisqu'en été, des photos ont été prises avec ma mère, enceinte de moi et Sam.
Je suppose qu'il y a eut un deuxième transfert un peu plus tard, avec Sam au 62 rue Turbigo, où ma tante, ses fils et Sam habitèrent et travaillèrent.




1950 , au 99 Av Simon Bolivar
1951 Annie Sam Suzanne
enceinte de sa première fille, qu'elle prénomera Danielle en souvenir du frère de Madeleine.

Au 99 avenue Simon Bolivar, 1952: Jacky, maman, papa Lucien et moi

Eté 1952:
Sam, Annie,
maman et moi sur ses épaules, papa,
Madeleine, Génia et Félix


1948
1952

Vacances en famille
1950
Une tante intrépide !


Vers 1958/59, Annie et Sam, avec Madeleine Kronental, sa cousine, sa mère Génia et Félix son beau-père.


1952
Annie et Sam (agenouillé) Tante Génia ( à gauche de mon père) , Félix à gauche d'Annie et ma mère me tenant à bout de bras
La famille était restée soudée.
Toutes les occasions étaient bonnes pour se voir.
Ce ne fut pas le cas pour les générations qui suivirent.
Ma tante décéda le 6 juin 2007, à la maison de retraite Rotschild. 3 mois plus tard ma mère décéda.