
Génialogie familiale
Musique Classique
Musique classique et Judéité
A l'époque baroque, seul Salomone Rossi (1570-1630), "el Ebreo del Mantova", s'est fait un nom en publiant à Venise, en 1622, les superbes Cantiques de Salomon, à 5 voix (Le Salomon dont il est question est Rossi en personne, pas le Roi d'Israël !).
Il a également composé de la musique instrumentale mais les enregistrements sont actuellement peu nombreux (Ecoutez Sonata quarta sopra l'aria di Ruggiero ou encore ce "live" étonnant, en provenance de Saint-Pétersbourg, de la Sonata in dialogo).
Ensuite, il a fallu attendre le 19ème siècle pour rencontrer d'autres compositeurs juifs notables quoiqu'encore peu nombreux :
1) en Allemagne, E.T.A. Hoffmann (1776-1822), Jakob Liebmann Meyer Beer, alias Giacomo Meyerbeer (1791-1864),Félix Mendelssohn (1809-1847) et sa soeur Fanny Mendelssohn (1805-1847), Ferdinand Hiller (1811-1885, Symphonie en mi mineur), Karl Goldmark (1830-1915, Concerto pour violon);
2) en France, Charles-Valentin Alkan (1813-1888, 12 Etudes opus 35 qui annoncent Chopin) et Benjamin Godard (1849- 1895, Symphonie Orientale);
3) en Russie, Anton Rubinstein (1829-1894)
Si le fait demeure que les compositeurs juifs ont été rares jusqu'à l'approche des années 1900, une explication plus sérieuse est à chercher du côté du poids des traditions liées au culte judaïque.
Un peu d'Histoire (et de recul) ne peut faire de tort à ce stade.
Né à Genève le 24 juillet 1880 et mort le 15 juillet 1959 à Portland (États-Unis), Ernest Bloch est un compositeur, violoniste, chef d’orchestre et pédagogue suisse naturalisé américain, dont l’œuvre est profondément marquée par son identité juive.
Les Deux mélodies hébraïques sont des mélodies pour voix et piano de Maurice Ravel composées en 1914 d'après des chants traditionnels hébraïques.
Ici une transposition au violoncelle
Ensuite, une succession d'événements tragiques a contraint les (musiciens) juifs à émigrer à nouveau; l'un était liée à la Révolution bolchévique et l'autre, à la montée du National-Socialisme (On pourrait ajouter la désertion des pays du bloc soviétique en période de guerre froide).
Ces exodes se sont fait vers l'Ouest continental, puis comme cela ne suffisait pas vers la Grande-Bretagne et surtout vers les USA.
Ces mouvements incessants ont favorisé la laïcisation qui a pris de l'ampleur au cours des premières décennies du 20ème siècle : une pratique musicale intensive devenait possible qui de fait ne s'est plus arrêtée.
Avant de s'imposer en composition, les musiciens juifs se sont illustrés comme interprètes.
Dès la fin du 19ème siècle, ils ont formé un contingent d'instrumentistes capables d'alimenter les grands orchestres américains alors en pleine formation.
Ensuite les meilleurs d'entre eux se sont imposés comme solistes à tel point qu'à partir de 1945, il est devenu plus facile de trouver un grand interprète juif que non-juif, jugez plutôt :
- Au violon : Joseph Joachim, Fritz Kreisler, Henryk Wieniawski, Yehudi Menuhin, Joseph Szigeti, Jascha Heifetz, Joshua Bell, Leonid Kogan, Nathan Milstein, Henryk Szeryng, David Oistrakh, Isaac Stern, Gidon Kremer, Itzhak Perlman, Gil Shaham, Maxime Vengerov, Pinchas Zukerman, .
- Au piano : Arthur Rubinstein, Arthur Schnabel, Clara Haskil, Vladimir Horowitz, Emil Gilels, Hephzibah Menuhin, Vladimir Ashkenazy, Lazar Berman, Glenn Gould, Rudolph Serkin, Daniel Barenboim, Hélène Grimaud, Evgeny Kissin, Radu Lupu, Murray Perahia, András Schiff, ...,
- Au violoncelle : Jacqueline du Pré, Gregor Piatigorsky, Mstislav Rostropovich, Emanuel Feuerman, Steven Isserlis, Misha Maisky, . Aujourd'hui en France Sonia Wieder Atherton
- A la direction d'orchestre : Jascha Horenstein, Victor de Sabata, Bruno Walter, Felix Weingartner, Otto Klemperer, Fritz Reiner, Pierre Monteux, Karel Ancerl, Eugene Ormandy, Serge Koussevitzky, Erich Leinsdorf, Georg Solti, George Szell, Leonard Bernstein, Antal Dorati, Mariss Jansons, Istvan Kertesz, Paul Kletzki, Kyril Kondrashin, James Levine, Lorin Maazel, André Previn, Daniel Barenboim, Leonard Slatkin, Michael Tilson Thomas, ... !
Qui peut dire mieux ?
Une évolution comparable s'est produite en composition et un inventaire des meilleurs contributeurs juifs au répertoire occidental est désormais possible sur base d'enregistrements disponibles.
Deux séries discographiques en parution constante chez Naxos sont particulièrement précieuses,
The Milken Archive of Jewish Music et American Classics.
Dans la seconde moitié du 19e siècle se développe en Europe un intérêt pour les musiques populaires et exotiques.
Avec l’émergence des expositions universelles, l’extension des empires coloniaux britanniques et français, l’orientalisme est à la mode.
Debussy est le premier à s’inspirer des musiques de tradition orale pour inventer une musique qui rompt avec le langage occidental classique.
Il influence considérablement les compositeurs de la génération suivante (Bartók, Stravinsky, de Falla, etc.), qui fondent leur propre langage musical sur les musiques populaires de leurs régions.
On connait également l’attachement de Ravel aux musiques populaires des différentes cultures.
C’est ainsi qu’en 1910, Ravel met en musique sept chansons populaires – dont une en yiddish : Mejerke, main Suhn (Meyerke, mon fils) – dans le cadre d’un concours organisé par la Maison du Lied à Moscou.
Toujours au début du 20e siècle, des musiciens et des chercheurs juifs russes s’intéressent aux musiques juives populaires.
Dès 1900, Joël Engel (1868-1927) entreprend de noter et de donner en concert des chants folkloriques juifs.
Encouragé par le compositeur Nikolaï Rimski-Korsakov, ce mouvement attire de jeunes musiciens juifs – tels notamment Lazare Saminsky, Solomon Rosowsky, Aleksandr Krein, ou encore Joseph Achron – et aboutit, en 1908, à la fondation de la
« Société de musique populaire juive » à St-Petersbourg.
Pour Shalom An-Ski, (écrivain, journaliste et ethographe 1863-1920) l’essentiel n’est pas tant le matériel utilisé, mais la façon dont les briques sont disposées pour construire tantôt une église, tantôt une synagogue. Autrement dit, pour An-Ski, le fond (juif) prime sur la forme (non juive).
Cette idée sera reprise par Ernest Bloch, souvent considéré comme le chantre de la musique juive savante.
Entre 1912 et 1916, Bloch compose notamment Trois poèmes juifs (1913), Trois psaumes (1912-1914), une symphonie Israël (1912-1916), Schelomo, rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre (1916).
Bloch ne se considère pas comme un archéologue de la musique juive. Il écrit une musique nourrie par l’esprit hébraïque et l’amour de la Bible.
Darius Milhaud, qui se définit comme « Français né à Aix et de confession israélite », est également l’auteur d’une œuvre juive importante. On citera notamment : Poèmes juifs (1916), l’opéra Esther de Carpentras (1925-1927), ses 6 Chants populaires hébraïques (1925), le Service sacré du matin du Sabbat (1947), l’oratorio David composé pour le troisième millénaire de Jérusalem en 1955, et enfin sa dernière œuvre, la cantate Ani Maamin (1974) sur un texte d’Elie Wiesel, qui raconte les horreurs commises à Auschwitz, Treblinka et Maidanek.
Cet enregistrement historique a été réalisé en 1992 à l’occasion du centenaire de la naissance de Darius Milhaud (1892-1974).
Ani maamin est la dernière œuvre de ce compositeur prolixe (443 œuvres à son catalogue !) qui se définissait comme un
« Français né à Aix et de confession israélite ».
Cette cantate, qui s’appuie sur un texte d’Elie Wiesel, déporté à l’âge de quinze ans à Auschwitz, décrit l’horreur des camps d’extermination et du martyr des Juifs (le père tué devant le fils, l’enfant étranglé dans les bras de sa mère…).
Mais c’est aussi l’expression d’une foi qui ouvre sur des questions éternelles, que chacun pose et essaie de résoudre à sa façon : responsabilité d’un dieu, responsabilité des hommes.
Et le ballet contemporain
Nos derniers coups de coeur, à ma soeur et moi, fut la découverte de chorégraphes issus de la Batsheva Dance Company fondée ,en 1964 Martha Graham et la baronne Batsheva de Rotschild, en Israel. Elle a produit de nombreux chorégraphes de renommée internationale : Ohad Naharin, Hofesh Schechter ou Sharon Eyal .
Nous avons vu sa mise en scène d'un chant de Pessah "E'had mi Yodéa", chanson énumérative (un, qui connaît), à l'Opéra Ganier.
Ces trois chorégraphes sont maintenant au répertoire de l''opéra de Paris.