top of page

Daniel, le cousin, compagnon de jeux de Maman

Daniel, le fils de Max et Génia, est né quatre mois après la naissance de ma mère le 30 novembre 1926.

Autant dire qu'ils connurent une enfance semblable. Quand mes grands-parents déménagèrent dans le 19ème, ils étaient a, à peine dix minutes à pieds l'un de l'autre. 

Comme tous les enfants français, Max fréquenta l'école publique : d'abord, la plus proche de la rue Corbeau, ensuit, en 1939 quand ils déménagèrent, celle de la rue des vinaigriers , dans le 10ème, où il fit son CM2.

Avant il est allé au CP (ils étaient à l'école maternelle à l'époque), rue Pierre Bullet dans le 10ème et ensuite peut être Avenue Parmentier, près de la rue Corbeau, avant leur déménagement rue d'Albouy au 1er septembre 1939.

​

IMG_1469_edited.jpg
daniel à l'école.JPG

La photo de classe de Daniel, certainement en CE1 ou CE2 (le troisième en partant de la gauche, en haut) et l'appréciation à la sortie de cette école avant d'intégrer la rue des vinaigriers : "Conduite et tenue satisfaisante, intelligent et travailleur. Progrès satisfaisant."

Tout allait encore bien, mais sa situation scolaire se dégradera, lors de l'année 1940-1941: l'incertitude devait déjà gagner la famille. Sa mère était enceinte et Madeleine naitra en juillet 41. Il intégera l'école Turgot, école municipale primaire supérieure. Ses résultats avaient chuté. Il ne reprendra pas l'école à la rentrée 1941-42, devant s'occuper de l'entreprise de ses parents. Il avait le statut d'apprenti.

Pendant sa scolarité primaire, il profita de vacances, je suppose après le mouvement social de juin 1936.

Les congés payés étaient au goût du jour!

Il nous reste quelques photos qui le montrent comme tous les petits garçons.

Daniel bicyclatte et copain.jpg
daniel et copain_edited.jpg
daniel petit2_edited.jpg

On se réfèrera au dossier de spoliation, évoqué dans la page de Max, pour comprendre ce qu'il a dû endurer comme adolescent de moins de 16 ans, devant prendre en charge l'entreprise de ses parents, pendant leur absence (forcée), les assauts pressants de l'Administrateur de biens, chargé de la spoliation. maman nous a laissé entendre qu'il se voyait au cours de l'année 1942-43.

​

Lorsqu'il était au camp de Drancy, pendant les deux mois qu'il y  passa, Daniel faisait parvenir des lettres, que je joins, inextinso, à Stacha, sa nounou, qui informait les destinataires, famille et voisins. Il tente toujours de rassurer la famille.

Je pense que ce n'était pas la première lettre. Et il recevait des cartes postales de la famille d'après ce que je lis<.

La première, en la possession de sa soeur Madeleine, recto-verso,  date du 12 juin 1943.

La seconde plus particukièrement adressée à sa mère, fait allusion à la fête de Chavouot (la Pentecôte juive) qui tombait cette année le 8 juin 1943. 

Et la dernière, en notre possession, date du 27 juin  1943. Est-ce la dernière ?  Son écriture est moins bien assurée!

Ils ont été déportés 3 semaines plus tard, le 18 juillet 1943.​

Daniel Drancy 12 6 43_edited.jpg

Cette lettre s'étonne  du silence de Stacha, il s'inquiète. Il souligne le manque d'occupation,  l'ennui  les laissent dans l'attente  de nouvelles.

Ils reçoivent les colis envoyés par Stacha et demandent qu'ils arrivent les mardi et samedi pour mieux gérer l'amélioration de l'ordinaire. 

Daniel passe ses commandes :

de quoi faire de la vinaigrette, de la cannelle et un canif coupant, car ils n'ont pas de couteau. Comme il y a une cuisine, il lui demande des "fayots" secs.

Il l'enjoint de conserver ses lettres et confirme avoir reçu le certificat(?).  Je pense qu'il veut dire que les scellés sont levés sur leur appartement et lui suggère de retirer les vêtements et les aliments qui sont chez eux.

​

Apparemment, ils peuvent, tous les 15 jours donner leur linge sale à laver, à condition que quelqu'un vienne le reprendre et leur expédier sous forme de colis, sans étiquette spéciale et au maximum de 3 kg. 

Ils sont dans ce camp depuis un mois et ils organisent leur vie au mieux!

autre suite lettre Drancy.HEIC

Dans cette deuxième partie de lettre, Daniel passe commande de vetements, d'encre, de cirage, de chaussures, de ciseaux, de deux assiettes et d'une petite casserole. Apparement, ils avaient droit à des colis alimentaires et des colis vestimentaires.  Daniel suggère  l'envoi de livres de la "select collections". 

Il demande à Stacha d'embrasser sa mère, ce qui suppose qu'elle va la voir.

Il  la prie de ne pas se faire de mauvais sang pour eux et de prendre soin d'elle. Une famille de leur connaissance vient d'arriver à Drancy. Il préviens Stacha qu'elle va recevoir deux mandats de 50 fr.

La vie continue de s'organiser.

lettre Drancy 12 6 43_edited.jpg

Cette lettre, aussi datée du 12 juin s'adresse à sa mère.

Daniel s'inquiète de ne pas recevoir  de nouvelles. Là encore, il la rassure: leur moral est excellent, ils sont dehors jusqu'à 22h30.

Ils rencontrent beaucoup de leurs clients .

Il lui demande de rester en bonne santé jusqu'à ce qu'ils viennent la chercher. Daniel s'inquiète aussi du moral de Stacha. Il espère que le certificat, qu'ils ont reçu, leur permettra d'éviter la déportation.

Il souhaite que sa mère écrive un petit mot sur la prochaine carte.

​

La fin de la lettre s'adresse à nos grands-parents et à ma mère, qu'il surnomme "Zizi". Apparemment, ils correspondent puisqu'il dit avoir reçu leur carte du 6 juin. Les bonnes nouvelles l'ont rassuré. Il leur demande de solliciter Stacha pour qu'elle réponde aux questions qu'il lui a posé.

Dans cette moitié de lettre, il s'enquiert de Marie et Victor, de Raymond, la soeur et le frère  de ma mère, ses cousins.

Il embrasse également Charles et Hélène, ses autres cousins.

L'atelier (celui de ses parents) l'inquiète : il ne croit pas que cela marche 15 jours avec seulement l'ouvrière.

Leur moral est toujours assez  bon. 

Manifestement, il pense revoir la famille . 

Il attend des lettres en retour.

​

La fin s'adresse à la famille  Szulevicz, leurs vosins d'immeuble. Il demande des nouvelles de toute leur famille. Max et son père étaient contents d'avoir reçu du poisson haché, et des pâtes à la cannelle qu'ils attribuent à Mme Szulevicz.

Cela tombait juste pour Chavouot.

Max a été à la schule.

Son père, espère qu'ils pourront tous ensemble jouer au hockey  bientôt.

Cette lettre respire encore l'optimisme.

Drancy 27 06 43_edited.jpg

 Cette dernière lettre est d'autant plus émouvante,

que les nouvelles de Stacha semblent bonnes et que Génia a ajouté quelques mots.

Daniel la remercie de prendre soin de sa mère, " ce qui nous console aussi". Max et Daniel souhaitent qu'elle s'occupe de Madeleine, et lui demande une photo  et des nouvelles d'elle.

ce qui est poignant, c'est la sensation de lire ses dernières recommandations.

​

En même temps, il lui décrit comment ils s'organisent, ils font la popote et les colis améliorent l'ordinaire du camp.

Ils voient partir tous leurs amis, les uns après les autres:

Mme Gesunheit, Feldwalb, Mr katz, le jeune homme travaillant chez Eichel. Seul Mr Bleiberg reste avec eux.

Il nous apprend que Max est fâché avec la mère de Génia, qui se trouve aussi à Drancy. On ne saura pas pourquoi?

​

Il demande  un nouveau colis de linge et d'utiliser les bons vestimentaires. Il souhaite aussi  des colis alimentaires avec des choses qui peuvent se garder 15 jours ou un mois. Daniel dit, qu'il ne sait pas ce qui peut se passer.

je trouve que son écriture  est plus trouble, beaucoup de mots sont difficiles à déchifrer.​

lettre Drancy suite_edited.jpg

La fin de la lettre s'adresse à mes grands-parents et à ma mère.

Je ne sais pas à quoi fait allusion :"nous vous remercions pour vos dérangements"? Peut -être que mes grand-parents voient Génia, qu'il passe à l'atelier...?

Ils envoient leur bonjour à mes deux tantes Marie et Anna et leur mari, Victor et Jean, ainsi qu'à Charles et à Hélène.

Ceux qui est sûr, c'est que Daniel n'est pas mort à Drancy et qu'il est monté dans ce convoi n°57.  Il avait 16 ans et huit mois! Il était français de naissance. Est-il mort pendant le convoi comme certains rescapés le tenait de Max, avant son meurtre?  A-t-il connu le sort de la majorité : le gazage?

bottom of page