
Génialogie familiale
Notre oncle Raymond
Nous n'avons jamais pu l'appeler "Tonton Raymond".
Une sévère brouille familiale le tint éloigné de la famille, pendant trente ans.
Je ne l'avais jamais vu avant 1983 où l'heure de la réconciliation a pu sonner.
Nous connaissions son existence, sans jamais avoir vu nos cousines.
J'ai appris récemment que mon oncle Victor a toujours été en relation avec lui : c'était le seul de la famille avec Tante Génia, son second mari Félix et Madeleine la cousine de maman. Elle nous l'a raconté récemment.
Petites, ma soeur et moi, nous savions que notre oncle était chauffeur de taxi. Et les rares fois où nous prenions un taxi avec notre mère, nous regardions bien le chauffeur pour voir si c'était notre oncle. Mais cela n'arriva jamais.
C'est une histoire triste !
Salomon/Raymond est né à la fin de la première guerre mondiale, le 16 aout 1918 à Epernon, à 85 km de Paris.
Première interrogation: Pourquoi?
Indiscutablement en raison des attaques allemandes sur Paris.
A partir de mars 1918, ils ont déversé des centaines d'obus sur la capitale, avec des canons d'une portée de 130 km, les "Parizer Canonen".
Du coup le gouvernement avait pris la décision de mai à juillet 1918, d'évacuer partiellement les plus fragiles : les malades et surtout les enfants. Un "service des enfants assistés" a placé 30 000 petits parisiens à la campagne, moyennant 45 frs par mois. Mes tantes en ont-elles bénéficié , pour se protéger de la "Grosse Berta"?
Toujours est-il que ma grand-mère s'est retrouvé à Epernon, certainement grâce à l'aide des services sociaux.
Elle résidait au 712 rue Saint Pierre à Epernon; Quand elle accoucha, le grand-père n'était pas là et c'est la sage femme Armandine Louise Caquet (45 ans) qui assista à l'accouchement. C'est elle qui déclara Salomon en mairie.
Je ne sais pas non plus quand Salomon et sa mère regagnèrent Paris et le 7 rue St Claude?
Puis la vie reprit son cours.
Je ne sais pas si mon oncle fréquenta une école maternelle, ni dans quelle école élémentaire, il fit sa scolarité. En ces temps, les écoles de filles étaient séparés des écoles de garçons. Je sais par sa fille Martine, qu'il avait obtenu le certificat d'étude. Il n'alla pas au-delà et rentra en apprentissage... de maroquinerie, comme son père.
Son enfance fut celle d'une famille peu aisée. Il a souffert de n'avoir que les habits de ses soeurs retaillés et souvent sa mère lui faisait porter comme chaussettes, ses propres bas. Ce qui le mortifiait.


Sur cette photo figurent Raymond et ma mère.
Raymond (13/14 ans) est tout à gauche en dessous de l'homme à la casquette; maman (5/6 ans) est tout à droite, en manteau sombre.
Je pense qu'il venait d'emmenager au 99 Avenue Simon Bolivar vers décembre 1931 ou 32.
La photo a été prise près de leur lieu d'habitation, devant le "Goulet Turpin". A gauche de ce magasin une pharmacie (qui existe encore de nos jours).
Je ne sais pas non plus quand et pourquoi, il décida d'adopter le prénom Raymond. Peut être en suivant l'exemple du mari de sa cousine Marie Kronental, qui s'appelant Salomon Zantman, se fit prénommer Raymond. Pour lui, cela faisait "moins" juif.
Etait-ce la même chose pour Raymond?
Raymond fit son service militaire et ses classes en 1938 au 91 éme régiment d'infanterie de Charleville Mézières.
Il dut revenir d'urgence car un fils lui était né, Jean-Claude Leizerson, le 20 février 1939.
Il se maria avec sa mère Paulette, Marie-Louise Leroux, papetière demeurant 20 Avenue Mathurin Moreau, le 15 avril 1939.
Il eut une permission pour se marier. Ses parents, ainsi que ceux de Paulette assistait à leur mariage en Mairie.
Paulette, comme Raymond était des jeunes de la même cité. Celle-ci avait 3 entrées: 99 Avenue Simon Bolivar - rue des Chaufourniers et 20 avenue Mathurin Moreau. Paulette avait 3 ans de moins que lui, et donc 18 ans quand elle eut son bébé.
Je suppose qu'il fut démobilisé à la fin de la "drôle de guerre", en aout 1940.
Apparemment avec Paulette, ils vécurent à Montreuil, 37 rue des groseilliers.
Nous ne savons pas comment et de quoi (il était déclaré comme maroquinier) ils vécurent jusqu'au drame de 1941 où, en deux mois, il perdit son fils et sa femme, d'une pneumonie.
Jean-Claude décéda le 10 mars 1941 à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière dans le 13 éme et Paulette décéda chez ses parents, au 20 Avenue Mathurin Moreau, 14 mai 1941. Les parents de Paulette en voulurent énormément à Raymond.
Raymond se retrouva seul, mais pas pour longtemps, puisqu'au bal du 14 juillet 1941, il rencontra Renée Carrière, selon Martine, leur dernière fille.
Que fit mon oncle entre juillet 41 et février 43. Nous ne le savons pas, ni Martine, ni moi.
Il se dit qu'avec mon oncle Victor (le mari de Marie), ils firent du marché noir, comme beaucoup.
Je ne sais pas s'il revit ma mère et ses parents, pendant l'occupation.
Mais sur les archives de Bad Arolsen (en Allemagne), j'ai retrouvé une liste de réquisitionnés du STO, où il fut entre le 20 février 1943 et le 24 avril 1944, date du retour vers Paris. Un lieu énigmatique "Mar. Gem. Lager Hansastrasse."?
Sur cette liste, il figure sous le prénom de Raymond. Je ne crois pas qu'il n' ait porté l'étoile jaune pendant la guerre.'''
Le STO fut rendu obligatoire le 16 février 1943. Nouis ne savons pas comment Raymond a été contraint d'être réquisitionné.
Après qu'Hitler eut ordonné, le 15 décembre 1942, le versement dans l'armée de 300 000 ouvriers allemands, les nazis exigèrent, le 1er janvier 1943, qu'en plus des 240 000 ouvriers français déjà partis en Allemagne, un nouveau contingent de 250 000 hommes soit expédié d'ici la mi-mars.
Pour satisfaire cette deuxième « action Sauckel », le 16 février 1943, Pierre Laval, après avoir vainement négocié, précise la loi antérieure du 4 septembre 1942 (art. 1) en instaurant le Service du travail obligatoire (STO) qui mobilise pour deux ans les jeunes gens « afin de répartir équitablement entre tous les Français les charges résultant - selon les termes d'un communiqué officiel - des besoins de l'économie française » et en fait de l'économie allemande.
Avec la mise en place du STO, le recrutement se fait désormais par classes d'âge entières.
Les jeunes gens nés entre 1920 et 1922, c'est-à-dire ceux des classes 1940, 1941 et 1942 ont l'obligation de partir travailler en Allemagne (ou en France), s'agissant d'un substitut au service militaire.
La jeunesse, dans son ensemble, devient la cible du STO.
Au total, 600 000 hommes partent entre juin 1942 et août 1943.
Laval aura mis l’inspection du travail, la police et la gendarmerie au service des prélèvements forcés de main-d’œuvre et de la traque des réfractaires au Service du travail obligatoire. Il aura ainsi permis que les forces d'occupation ne soient pas mobilisées sur cette opération Le STO accentuera la rupture de l'opinion avec le régime de Vichy et constituera un apport considérable pour la Résistance.



Monique est née le 29 juillet 1942. Elle fut donc conçue en octobre 1941. Date à laquelle Raymond et Renée durent vivre ensemble.
Renée et Raymond se marièrent le 17 février 1945
Une seconde fille naîtra, Nicole le 31 mai 1945; puis ce fut Gérard le 19 avril 1948 et enfin leur dernière fille, Martine le 10 novembre 1953.
Raymond s'installa d'abord comme maroquinier 19 rue Vilain, dans le 20 ème arrondissement. Il fonda la "Maison Raymond" (porte-monnaie, portefeuilles, porte-cartes, poudriers et ceintures).
Quand des travaux de démolition affectèrent la rue Vilain (ou Vilin), il fut transféré rue Botha, toujours dans le 20ème, vers 1950. Puis, il vendit des chaussures et sandales comme forain.
Et la fiche du registre du commerce clôt l'activité en avril 1951.
Est-ce à ce moment qu'il devint chauffeur de Taxi. Quand je l'ai connu vers 1985, il en avait la gouaille : un vrai titi parisien.









Ce furent encore les temps familiaux. Monique et Nicole entouraient William. Raymond était au mariage de sa soeur Suzanne. Ils habitaient rue Manin, pas très loin.


Le petit Gérard
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Gérard au Mariage de mes parents en juillet 1950 : il avait 2 ans
La brouille, une rupture de 30 ans
Gérard, le fils de Raymond décéda le 3 décembre 1952.
Ce drame affecta la famille, d'autant que ma Tante Annie avait perdu un petit Gérard, six ans auparavant.
Quand le faire-part d'enterrement parvint chez ma Grand-Mère, il portait une croix. Pour elles, ma Grand-Mère et ses filles ce fut un choc.
Elles le vécurent comme un reniement de leur condition juive.
Mon grand-père était mort des souffrances de la guerre.
Ma Grand-Mère avait perdu ses deux frères, et la soeur de mon Grand-Père. Ma mère avait perdu son cousin, son compagnon de jeux.
Elles ne purent le supporter. Ce, fut la ruptrure.
Quand ma mère perdit son garçon, Raymond n'en fut pas informé.
Pire, ma mère et mes tantes, ne l'informèrent pas du décès de sa mère en aout 1957.
Victor, la mari de ma tante Marie, continua "clandestinement", à voir Raymond. Il l'informait des évènements familiaux.
Félix, Génia et Madeleine continuaient, eux aussiù à voir Raymond et sa famille. Ils avaient un petit cabanon près de la ville de banlieue ou habitaient Raymond et sa famille. Ils se rencontraient le week-end autour d'un bon repas. Madeleine se souvenait de l'énorme oeuf de Pacques qu'elle reçut de Raymond.
C'est Martine, la petite dernière, née dit-elle, en "remplacement " de son frère, qui reprit contact avec une famille qu'elle n'avait jamais connue.
Elle trouva en notre cousin William, le fils de Victor, un allié efficace.
A ce moment nous apprîmes que Raymond et René avait perdu leur deux filles aînées d'un cancer : Nicole en 1973 et Monique en 1976.
Cela clôtura la brouille, l'heure de la réconciliation sonna.
Nous apprîmes, à ce moment là, que Raymond et Renée, terrassés par la douleur, ne s'occupèrent pas des obsèques de Gérard, l'initiative de la croix sur le faire-part venait de la société qui prit en charge les obsèques.

Monique et Nicole


Martine




Les photos des retrouvailles.
En haut à gauche : Monique et Nicole Leizerson; à droite Martine Leizerson
Les photos des retrouvailles datent de 1984.
Sarah, ma nièce, avait un an. Ma tante Marie la tient dans ses bras, sous le regard attendri de Raymond. Annie est tout sourire.
A droite, Raymond entoure ses deux soeurs, l'aînée et la benjamine.
En noir et blanc, Raymond et sa petite cousine Hélène Chwast-Goldenberg.
A droite, Martine, ma soeur Cathy et Renée, la femme de Raymond. Au dessus, mon oncle Victor et Jacky Firer.
`Raymond Leizerson décéda le 12 mars 1995 au Blanc Mesnil. Ils avait 77 ans.
Renée est décédée lr 6 décembre 2014 à Salon de Provence. Elle avait 93 ans.