top of page

Maman, Suzanne Leizerson

Maman était un vrai personnage, une femme à poigne.

Quand j'étais petite, elle était infatigable. J'ai encore cette image des courses, du dimanche matin : quand je l'accompagnais, j'étais toujours 5 à 10 mètres derrière elle, tellement elle marchait vite.... le sentiment de toujours lui courir après!

Mes parents travaillaient ensemble,après s'être mariés, dans leur petite fabrique de chaussures les "Etablissements Czal".

Elle partait tôt le matin, revenait le midi nous donner à manger - ,jamais nous ne sommes restées à la cantine - et elle repartait à l'atelier, à la fin du repas, quand nous retournions à l'école,  pour revenir vers 18h30.

Parfois, elle retournait à l'atelier le soir. Elle était impressionnante d'énergie.

Dans la famille, tout le monde l'appelait "Zizi", certainement un diminutif de son prénom yiddish, "Zissè Scheindle".

Enfance

Elle était la petite dernière de la fratrie, née le 26 aout 1926.

Elle avait été annoncée à ma grand-mère comme un kyste. Hava avait 43 ans. Sa soeur aînée, Marie, avait 12 ans, Annie avait 10 ans  et Salomon/Raymond  8 ans.

Quand elle est née, sa famille habitait encore au 7 rue St Claude, à 6 dans une petit deux-pièces. 

Ses parents n'étaient pas encore naturalisés français, ils le seront deux ans plus tard.

 

La situation politique et économiques n'était guère réjouissante.

Le cartel des Gauches au pouvoir éclata, divers gouvernements se succédèrent et le franc chuta. La loi instituant la carte d'identité de "travailleur étranger" venait d'être votée.

Les affres de la grande guerre semblait s'éloigner. Aristide Briand et Gustav Stresemann scellaient la réconciliation franco-allemande.

En décembre, ils obtinrent le prix Nobel de la Paix.

Toujours en décembre 1926, le pape PieXI condamnait la doctrine de l'Action Française (extrême droite antisémite) ainsi que les ouvrages de Charles Mauras.

Suzanne naquit au moment où Raymond Poincarré dirigea la France (jusqu'en novembre 1928) dans le cadre d'un gouvernement "d'Union Nationale"  tentant de mettre fin à la crise financière.

 

Je ne sais rien de ce que pensait ses parents de la situation en France. Dans les années 1930, l'antisémitisme  ressurgit se mêlant à la dénonciation du "judéo-bolchévisme", stimulé par les crises économiques, notamment après le crack boursier de 1929 aux USA et l'accroisserment du chômage.

Est-ce cette réalité qui conduisit son père à écrire au "Populaire", quotidien du soir de la SFIO, tirant à quelques dizaines de milliers d'exemplaires. En 1927, Léon Blum en était  le rédacteur en chef.

Je ne connais pas le motif de la requête de mon grand-père. Mais ce qui nous fut transmis, par ma mère, c'est la réponse sibylline du député SFIO Fiancette (il soutiendra Pétain) : "Messieurs le étrangers sont priés de ne pas se mêler de la politique française". 

Mes grands-parents obtinrent leurs papiers de naturalisation en 1928. Et en 1931, ils décrochèrent leur relogement dans une cité HBM, un trois pièces avec WC où toute la famille emménagea.

Je me demande aujourd'hui comment ils se répartirent dans les pièces : quatre enfants de 17 à 5 ans et 3 pièces? Certes la cuisine était grande. ils avaient une salle à manger.

Alors 4 enfants dans la même chambre?

 

Cet appartement, je le connais bien : j'y ai vécu jusqu'à l'âge de mes 18 ans. Ma mère y demeura 38 ans.

Cette cité avait trois entrées, celle de ma famille se situait au 97/99 Avenue Simon Bolivar, deux autres entrées, rue des Chaufourniers et Avenue Mathurin Moreau y donnaient accès.

Plus de 400 familles vivaient là. La construction de ce HBM (Habitation à Loyer Bon, Marché) venait de s'achever en 1931.

La famille Leizerson entrait dans un logement neuf.

Nous habitions escalier P, au deuxième étage, appartement 277.

 

Pour accéder à la cour de tous ces bâtiments, il fallait descendre un perron avec deux escaliers de chaque côté.

Au fond de la cour, il y avait un jardin d'enfants municipal, qui accueillait les enfants de la cité.

Je ne sais pas si pendant l'année 1931/32 ma mère y fut inscrite.

Par contre, ma soeur et moi nous l'avons fréquenté de 1954 (pour moi, plus tard pour ma soeur) à 1957. En octobre 1957, j' entrais "à la grande école" . Le Cp (cours préparatoire, première année de l'école élémentaire) était encore dans les locaux de l'école maternelle du 65 Avenue Simon Bolivar; ma soeur Cathy y fut inscrite en maternelle en Grande Section.

IMG_8715.jpg
IMG_8713.jpg

La photo de gauche montre la cité depuis le perron de l'Avenue Simon Bolivar.

Nous logions dans le deuxième bloc d'immeuble sur la gauche.

La fenêtre d'angle au 2 éme étage (au dessus de la blanche) était celle de la chambre des mes parents après avoir été celle de mes grands-parents.

Ce groupe d'enfants avec le Père Noel avec Raymond (à gauche sous l'homme à la casquette) et maman (la première à droite en manteau sombre), doit dater de décembre 1931 ou 32.

Elle a été prise devant le magasin (genre supérette de l'époque) "Goulet Turpin".

A gauche, il y avait une pharmacie et à sa gauche l'entrée du 97/99 avenue Simon BOLIVAR.

Le temps de l'école

Suzanne fut scolarisée à l'école de filles du 119 Avenue Simon Bolivar, le 1er octobre 1932. Elle y resta jusqu'en juin 1941.

Sa scolarité semble s'être passée sans accroc.  L 'appréciation de sortie sur le registre matricule, en juin 1941, est totalement contradictoire : "nerveuse, remuante et molle"? Moi même, directrice de cette même école en 1998, j'ai constaté que les appréciations des directrices, d'avant guerre, étaient faites de jugements de valeur très hâtifs. Suzanne avait obtenu le, tableau d'honneur en avril 1941!

Par contre le' fait qu'elle signale qu'elle travaillait avec son père peut expliquer son travail irrégulier. La déclaration de guerre et la présence depuis un an des allemands à Paris l'expliquent aussi. 

Elle obtint son certificat d'étude en juin 1940, après 5 ans d'étude à l'école élémentaire et les deux années de fin d'étude. Elle continue une année, en cours complémentaire pour apprendre la comptabilité. Mais ce ne fut que pour un an, car le statut des juifs, défini par le régime de Vichy, était en marche.

 

Le premier statut des juifs est paru en octobre 1940. Il impose une définition biologique d'une prétendue race juive. Il exclut les juifs de la Fonction Publique, du cinéma et du théâtre, de la presse et dans la foulée, il autorise et organise l'internement des juifs étrangers.

Je ne sais pas comment maman a vécu ces décisions. Elle avait 14 ans. L'insécurité a dû rapidement s'installer.

 

C'est en juin 1941 qu'intervint le second statut des juifs qui renforce leur exclusion des professions libérales, commerciales, artisanales et industrielles. Ce statut oblige les juifs à se rendre au commissariat de police pour se faire "recenser" sous peine d'internement. La spoliation est mise en place en juillet 1941 qui prévoit le placement, sous administration provisoire, des biens appartenant aux juifs.

Il y a de quoi semer le trouble dans l'attitude et les pensées d'une adolescente.

maman école_edited.jpg
maman patronnage 12 1#4 ans_edited.jpg
école appréciation.JPG
tableau d'honneur avril 41 maman_edited.jpg
certi juin 40 maman.jpeg

Apparemment, Suzanne faisait de la danse en dehors de l'école avec un spectacle de fin d'année au théâtre de la rue Yves Toudic, près de la Place de la République. Mais c'est tout ce qui me revient sur ses loisirs de jeunesse.

 

Mon regret le plus fort est de ne pas avoir questionné maman, comme je l'ai fait  avec mon père, sur ses années d'enfance, d'adolescence, de guerre.

Du haut de ses dix ans, je ne sais pas comment elle a vécu le Front Populaire, ni ce qu'en pensait sa famille. Y avait-il des discussions sur l'action des ligues antisémites et sur les réactions de l'extême droite à l'arrivée de Léon Blum au gouvernement?

Et quand Hitler arriva au pouvoir en Allemagne en 1933, eurent-ils une action, un élan de solidarité avec ces juifs allemands qui cherchaient refuges hors d'Allemagne. Je me souviens que le père de maman disait des  juifs allemands, trop intégrés à l'idéologie et au nationalisme allemand, qu'ils étaient des "yéké"?.

 

En 1936/38, ses soeurs avaient respectivement 22/24 ans et 20/22 ans . Personne pour me dire comment elles furent affectées  par le grand mouvement populaire et ses suites.

Fin 1938, Raymond partit au service militaire, mais ce n'était pas encore le temps de l'inquiétude.

Je ne sais pas comment cette benjamine voyait la vie de ces aînés devenus adultes.

Des photos prouvent qu'elles participaient aux grands évènements familiaux comme les mariages: ceux de ses soeurs en 1936 et 1937, celui de David Firer, le frère de Jean Firer en 1937, celui de Marie Kronental en décembre 1938 et plus étonnant celui de Szlama/Charles Kronental en avril 1941.

Le temps de la guerre

L’armée allemande entra dans Paris, déclarée ville ouverte, le 14 juin 1940 et en prit possession.

Le 18 juin, le défilé triomphal sur les Champs-Élysées est filmé par la propagande allemande.

L’appareil d’occupation se met très vite en place. 

La capitale en tant que telle est totalement effacée, mais les fonctionnaires français répondent aux directives de l’État Français mis en place par le maréchal Pétain. Il obtient les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940.

Paris devient « préfecture régionale ». Les hauts fonctionnaires en poste sont au service du commandement militaire.

Paris est le siège des autorités allemandes d’occupation et de ce fait, sera la cible de la Résistance dont les premiers actes (plutôt vers 1941) seront en réaction à cette mainmise sur la capitale.

La vie quotidienne des Parisiens est centrée sur le ravitaillement, les réquisitions, les interdictions qui s’accumulent, les déplacements, des nouvelles des soldats prisonniers en Allemagne.

La population doit vivre avec les lois antisémites de 1940 et 1941, les arrestations, les représailles, la désignation d’otages. 

Le conflit s’installe dans la durée.

La propagande vichyste et allemande  s'organisent et se développent.

Nous avons su, par bribes, quelques évènements de la vie de maman, pendant l'occupation.

Quand tomba l'ordonnance allemande du 13 aout 1941 de déposséder la population juive de leur  poste de radio, ils durent les apporter au Commissariat de police de leur quartier dès septembre 1941.

Mme Hirvoy, la voisine de pallier de mes grands-parents, leur proposa d'échanger leur "beau" poste avec eux et de déposer leur vieux au Commissariat. Il leur fut rendu à la Libération.

Le quartier du 19éme arrondissement, proche de la Place du Colonel Fabien et de la rue de la Grange aux Belles (beaucoup d'activités ouvières s'y déroulaient ) a vu se délopper un vaste réseau social lié au Parti Communiste.

Les jeunes communistes développèrent de nombreuses activités qui pouvaient toucher de larges pans de la  jeunesse; des activités récréatives ou d'éducation populaire (prêts de livres, sorties en plein air, projections cinématographiques, sports...). Maman se lia aux jeunes communistes de son quartier.

Un jour mon grand-père, ouvrant le grand placard de l'entrée, tomba sur de quoi fabriquer des explosifs! Quand ma mère rentra, elle reçut la seule et unique magistrale gifle de sa vie.

Elle n'était pas consciente du risque qu'elle faisait courir à sa famille, juive qui plus est.

Maman a vécu comme tout le monde toutes sortes de restrictions.

La situation des parisiens s'est rapidement dégradée, pour ma famille comme pour tout le monde.

Puis à partir de septembre/otobre 1940, les juifs commencèrent à vivre dans la crainte, sous ce régime collaborant avec les nazis.

La France est désignée, dès le début de l'occupation, comme le premier fournisseur agricole du Reich.

485 milliers de tonnes de céréales sont ainsi prélevées par exemple en 1941-1942 par les Allemands, et 714 milliers en 1942-1943, sans augmentation de la production agricole française.

Les cartes de rationnement sont généralisées partout en France en septembre 1940.

Les textes prévoient alors entre 1200 et 1800 calories par jour et par personne selon les catégories et les critères.

Ces rations diminuent constamment pendant toute la durée du conflit, et cela s'aggrave après la libération.

En 1941, les rations sont de 1194 calories,

en 1942 de 1239 calories,

en 1943 de 1173 calories,

et de 950 calories en 1944 et 898 à Paris, soit 30 % de la valeur de la ration d'un Allemand ordinaire en Allemagne en 1944.

A Paris, considéré comme centre urbain et ayant des restrictions plus fortes que les centres ruraux, un homme adulte, avec sa carte de rationnement peut se procurer ``

250 grammes en mars 1941, puis augmentée en 1943),

100 grammes de matières grasses,

70 grammes de fromage,

et de manière mensuelle 200 grammes de riz,

500 grammes de sucre

et 250 grammes de pâtes.

Les denrées rationnées sont

- la viande (nette, congelée, d'ovins ou de bovins, par quartiers ou désossée),

- les conserves de viande pure et à base de viande,

- les poissons congelés ou salés ainsi que les conserves de poissons,

- le blé et les céréales secondaires (avoine, orge...), les farines panifiables et composées,

- les pâtes alimentaires,

-  les beurres, matières grasses, graisses et huiles comestibles,

- les laits entiers, concentrés et en poudre,

- les fromages,

- les légumes secs,

- les fruits et légumes,

- les conserves de légumes,

- le riz,

- le chocolat, les confitures,

- le café et le thé,

- les pommes de terre,

`- les sucres

- et le vin et alcools divers.

Certains produits manufacturés sont également rationnés, tels que le papier, la ficelle, les engrais et les carburants. 

Cependant, ce n'est pas parce que ces denrées figurent sur les cartes de rationnement qu'elles sont délivrées.

Il y a en effet de nombreux pénuries, plus ou moins sévères selon les régions et selon que l'on soit en ville ou à la campagne.

Ces pénuries sont encouragées par le stockage et le blocage des denrées dans des entrepôts et surtout par le marché noir, qui prospère à cette période.

De tous les bouleversements provoqués par la guerre, les restrictions alimentaires sont, pour la population civile, le plus perceptible au quotidien.

Le rationnement entre en vigueur à l’automne 1940, avec l’instauration d’une carte d’alimentation.

Cette « carte d’identité alimentaire » donne droit à un contingent :

- de coupons, pour les rations mensuelles, comme le sucre ou le café

- de tickets, pour les rations hebdomadaires ou journalières, à remettre aux commerçants en plus du paiement des produits.

La quantité dévolue à chacun est définie selon l’âge et la profession.

À cet effet, la population est classée en différentes catégories dont les principales sont :

•          E : enfants

•          J : jeunes et adolescents

•          A : adulte

•          T : travailleurs de forces

•          C : travailleurs agricoles

•          V : personnes âgées

Pour prendre en compte les besoins spécifiques des enfants et des adolescents, la catégorie J est rapidement divisée en

- J1 (3 à 6 ans),

- J2 (6 à 12 ans)

- et, à partir de juin 1941, en J3 (13 à 21 ans).

Les J3 perçoivent la ration de pain la plus élevée de toutes, des suppléments en sucre, confiture et chocolat. « J3 » devient bientôt l’expression consacrée pour désigner la jeunesse sous l’Occupation.

De longues files d'attente s'étiraient devant des magasins peu ou pas approvisionnés et les parisiens tentaient de se ravitailler à la campagne. Certains élèvent des lapins ou des poules sur leur balcon ou dans leur cave.

Cela peut expliquer que Victor et Raymond se soient débrouillés pour améliorer l'ordinaire de leur famille. Nous n'avons jamais pensé à leur demander comment?

D'autant que quand fut instauré, en décembre 1942, la loi imposant la mention "juif" sur les cartes d'identité et d'alimentation. 

Les juifs ne pouvaient s'approvisionner dans les magasins qu'entre 15h et 16h. Inutile de dire qu'il y avait peu de choix de denrées.

Les jardins, publics et privés, se transforment en potagers.

Toute une économie de récupération (textile, métaux, papier, etc.) et de produits de substitution se mit en place. Le bois et la fibre de verre remplaçaient le cuir des chaussures,

Les pénuries encouragent le développement de pratiques allant du système D comme débrouille, au troc, jusqu'à la spéculation et au marché noir, où se négociaient les articles, rares ou courants, à des prix improbables. Fortement réprimé par le gouvernement de Vichy, le marché noir prospèra malgré tout, y compris grâce à des complicités allemandes.

A cela s'ajoutaient des restrictions propres à la population, juive.

Du fait de sa connotation négative, la carte de pain est supprimée en mai 1945, dans l'euphorie de la victoire, et est ré-instaurée un mois après du fait de la situation économique catastrophique du pays.

Les rations journalières sont aussi diminuées, passant à moins de 1000 calories par personne et par jour, rendant le rationnement plus strict qu'il ne l'était sous l'occupation.

Les derniers tickets de rationnement sont supprimés en décembre 1949, en même temps que le Commissariat au Ravitaillement.

Ce service ne disparaît cependant réellement qu'au début de l'année 1951, après des lois en 1949 et 1950, et la disparition progressive de services internes au Ravitaillement Général.

Décret.JPG
Mixte carte alimentaire .jpg
Carte Charton .jpg
Carte alimentaire .jpg
Carte alim2.jpg
poste radio commissariat 1941.jpg
PhotoFix_16_12_31_edited.jpg

Maman masquait son étoile -

1 943.

Elle a 17 ans.

Mes grands-parents allèrent se faire recenser comme juif, en octobre 1941. Maman avait 15 ans.

En septembre 42, comme ses parents, elle porta l'étoile jaune.

Je ne lui ai jamais demandé son ressenti. Néanmoins, elle en a conservé une à la maison. Dans le métro, les juifs devaient toujours se cantonner au dernier Wagon.

Elle nous a raconté, qu'un jour, elle s'était fait contrôler par un policier en civil, bien après le couvre-feu imposé à 20h pour les juifs depuis février 1942. Elle était avec Daniel et ils cachaient leurs étoiles derrière des livres qu'ils tenaient à la main. Ils devaient avoir 16 ans et demi. Le policier les a laissé rentrer en leur faisant promettre de ne plus recommencer.

Je pense que Daniel devait dormir chez mes grand-parents parfois, aux moments où ses parents se cachaient hors de Paris. Eux étaient encore des "juifs étrangers".

Par contre, je ne sais comment ils furent informer de la détention et déportation de l'oncle Itchè d'abord (rafle du Vel d'Hiv) et de la tante Gutchè, trois mois plus tard, prise dans la rue.

Par qui surent-ils l'arrestation et le transfert de Max et Daniel à Drancy en mai 1943. Certainement par Stacha, la nounou de Daniel. Elle faisait l'intermédiaire entre la famille et eux. Ils savaient Génia à Maison Blanche.

Daniel, dans sa dernière lettre s'excuse du dérangement qu'il leur causait. Est-il possible que maman soit allée les voir à Drancy? Ou parce qu'elle est allée à leur atelier, rue Corbeau (aujourd'hui, rue Jacques Louvel Tessier) à 10 minutes à pieds du 99 Avenue Simon Bolivar, pour vérifier ce qui se passait?

 

C'est par l'enquête de la police de Vichy, jointe au dossier de naturalisation que nous avons su que Grand-Père et maman ont travaillé comme "ouvrier- maroquinier" avec des entreprises parisiennes. Grand-père travaillait à domicile, à façon, pour le compte de la Maison Gosme et Compagnie, Boulevard Beaumarchais. Il gagnait 700 fr par semaine. Maman quant à elle, travaillait pour la Maison Pinon, Boulevard St Martin et gagnait 300 frs par semaine. A eux deux, ils gagnaient 4000 frs par mois, avec un loyer mensuel de 259 frs, qu'ils payaient régulièrement, stipule la note de l'enquêteur.

Dans la cité où ils habitaient, une dizaine de familles juives y vivaient. J'ai comparé les recensements de 1936 et ceux de 1946: quasi toutes les familles sont restées. Maman, nous a dit que seule une famille fut inquiétée, la famille Finkelstein, dont l'un des fils a été arrêté pour marché noir. Je n'ai pas retrouvé la famille en 1946  mais comme je l'ai connue quand j'étais petite, des amis à ma grand-mère, je sais que la plupart de ses membres sont restés en vie.

Toute la famille de mes grands-parents font partie, des 40 000 juifs de la région parisienne qui ne furent pas inquiétés, pendant l'occupation, et qui ne connurent ni rafles, ni dénonciation. Mais si la guerre avait duré, tout était mis en place pour leur anéantissement.

janv 44.jpg
Janvier 44 2.jpg
aout 44.jpg
janv 44 2.jpg

La Libération

D'abord aout 1944 pour Paris, puis le 8 mai 45.

Ce fut un moment où l'euphorie des armées nazies chassées de Paris a dû se mêler à l'inquiétude de retrouver oncles, tante et cousin.

Maman nous a dit être allée souvent à l'Hôtel Lutétia, sans retrouver quiconque. C'était l'endroit où devaient arriver les déportés,rescapés des camps. 

Et puis son père décéda le 24 octobre 1945. Le stress, le chagrin, les privations ont eu raison de sa santé.  Il avait  67 ans!

Ce fut un moment très difficile. Elle avait 19 ans et une mère à charge, qui ne travaillait pas.

Elle nous a dit avoir travaillé dans une administration, dès que les choses reprirent un cours normal. 

Elle militait avec ses amis communistes.

Au sortir de la guerre le PCF est le premier parti ouvrier de France, auréolé  de, ses martyrs de la résistance. Son discours n'a rien de révolutionnaire: il appuie la bataille de la reconstruction "produire d'abord, revendiquer ensuite".

Il se veut le parti de l'unité et de la renaissance nationale et jette les contours de "lendemains qui chantent" aux antipodes du quotidien de pénuries que vivent les français.

Le PCF participera au gouvernement de 1944 à 1947, date à laquelle la réaction populaire contre les pénurie, le plaça dans l'opposition..

Ses effectifs bondissent et maman sera prise par le tourbillon de l'espoir, ,jusqu'au jour où, assistant à un grand meeting au Stade Charlèty, elle eut un choc, en voyant les dirigeants se goberger de petits fours alors que le public était,  pour la plupart, des affamés. Elle s'est mise à ne plus croire aux discours, aux promesses et pris ses distances.

Il n'en demeure pas moins qu'elle continua à fréquenter ses amis, à les retrouver en vacances, en sorties.

Je crois que ma Grand-Mère ne voyait pas cela d'un bon oeil.

Et elle chercha à lui présenter des hommes "bien"  sous tout rapport... et juif de préfèrence!

Ce fut d'abord  Robert Wagner, décliné des deux côtés, puis arriva le tour de mon père, disponible et  beau, même si son aîné de 11 ans.

Avec ses copains 46-48.jpg
Avec copines table.jpg
Avec copains 47-48.jpg
PhotoFix_15_39_45.jpg
Maman balcon 46-48.jpg
Une autre copine 46_49.jpg

Les fréquentations de maman dans les années 1946-1948

Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. C'est facile.

Parents avec Ziggy régna .jpg

Le premier bal en 1949 avec mon père que toute la famille appellera Samy.

 

 

Mariage parents et Gérard_edited.jpg

Mes parents et le petit Gérard Leizerson, le fils de Raymond, qui mourra deux ans plus tard.

Mes parents avec le petit cousin de mon père, Zyggy Landschaft et sa future femme Régna, aux Buttes Chaumont en 1949.

mariage parents famille2_edited.jpg

Et puis le mariage à la synagogue Notre Dame de Nazareth en juillet 1950, sous les hospices du rabbin Meyer Jaïs, beaucoup d'inconnus, à l'exception d'Annie.

mariage parents famille 2_edited.jpg

Outre mes parents, j'identifie, au premier plan: Madeleine, je pense à Monique la fille de Raymond et Jacky Firer.

A leur droite Tante Génia et Marie, entre elles, Grand-Mère.

A gauche de Jacky, Charles et Hélène Kronental.

A leur droite Raymond et je pense Renée.

Derrière maman Ita Wald.

Tout au dessus Annie et en dessous Maurice Odesser.

Les autres me sont inconnues.

mariage parents 1_edited.jpg

Devant mes parents Madeleine, une jeune inconnue, Tante Génia, au dessus d'elle à gauche Charles Berliner

Papa maman noce_edited.jpg
IMG_8805.JPG

Avec qui étaient-ils en voyage de noce?

IMG_8802_edited.jpg
PhotoFix_15_26_2_edited.jpg
Papa maman voyage noce.jpg

Mes parents en voyage de noces, à la montagne à côté de Morzine.

`Et certainement la même année, soit vers le lac d'Annecy, soit près de la mer.

Aout 1950

Parents été 51 mer_edited.jpg
Vacances parents été 51.jpg

Les vacances d'été 1951, maman enceinte : je devais naître le 25 septembre 1951.

Papa maman enceinte.jpg

début 1952

nous annie fils au 99 en 1952.JPG
IMG_1933_edited.jpg

Ma soeur Cathy est arrivée le 17 mars 1953

Où étaient-ils ? Vraisemblablement à l'été 1953.

Avec ma tante Annie. Elle devait prendre soin de Cathy quand mes parents partaient en ballade

Et indiscutablement avec Marie, Victor et William Doukhan. 

Papa maman Dany.jpg
Marie Victor Zizou château_edited.jpg
PhotoFix_15_25_29.JPEG
Vacances parents avec Marie Victor_edited.jpg

Mes parents ont ouvert ensemble

une petite fabrique de chaussures,

d'abord Bd du temple en novembre 1950, selon le registre du commerce, puis  transférée 37 rue Clavel, dans le 19ème, là où nous avons toujours connu "l'atelier" comme nous l'appelions.

C'était les Etablissements Czal.

Mon père avait songé à changer son patronyme pour Calzalli.

Je ne sais pas pourquoi il y a renoncé. Mais c'est devenu sa griffe de chaussure, inscrite sur les semelles intérieures des chaussures qu'ils fabriquaient.

Mes parents travaillaient ensemble et ce n'était pas toujours simple ni facile.

Comme mon père ne fut français qu'en 1958, c'est maman qui était légalement la propriétaire de l'entreprise.

Elle s'occupait de la comptabilité, de la clientèle et de la mailloche (la finition des chaussures).

Mon père créait les modèles, s'occupait de la coupe et des divers autres stades de confection des chaussures. Il se chargeait de la livraison, au début en scooter et ensuite en voiture...

Je me souviens être restée souvent dans la voiture,le samedi,  en double-file quand il déposait les chaussures dans les magasins.

Ils travaillaient pour de grandes marques comme Jorcel, Manfield et beaucoup de petites boutiques de chaussures

Ils eurent une dizaine d'employés, dont certains travaillaient à façon chez eux. 

L'odeur de cuir et de colle m'a poursuivie toute ma jeunesse et je savais que mon père était rentré du travail, rien qu'à cette odeur.

Je n'ai pas de photos de l'atelier à leur début, mais mon beau-frère a eu la bonne idée d'en faire, avant qu'e mes parents partent à la retraite et liquident leur entreprise. Il n'a pas changé en trente ans.

Vue d’en haut atelier.jpg
Chariots 2.jpg
Atelier papa talon.jpg
Papa fraise atelier.jpg
Maman mailloche.jpg
Atelier papa fraise.jpg
Atelier en haut coupe.jpg
Atelier chariots.JPG

Un mois par an, c'était la détente en famille.

Nous partions chaque année en vacances, souvent au bord de la mer, l'Atlantique ou la Méditerranée, plus tard les Baléares, l'Italie etnmême la Roumanie

Petites, ma soeur ,et moi, nous rejoignions mon père, qui faisait la grasse matinée et il nous racontait des histoires du Yiddishland. Ce ,fut le début de notre attachement à la culture juive. Quand ce fut le temps de l'école, nos parents ont tenté de nous mettre à l'école juive Lucien de Hirsch, près de chez nous. Mais ne mangions rien le midi, alors maman nous a mis à l'école publique en venait nous donner à manger tous les midis.Nous n'avons jamais mangé à la cantine avant le lycée.

A notre adolescence, ils ont cherché à nous mettre en relation avec un mouvement de jeunesse juive: ce fut le CLEJ (Club Laïque de l'Enfance Juive) et Corvol, sa colonie de vacances. Notre conscience juive laïque s'y est forgée. Nous découvrirons l'histoire du Bund. Ce fut pour nous une école de la culture et de l'histoire juive.

Dany  chien plage.jpg
papa et nous mer.heic
papa et nous.jpeg
IMG_1935.JPG
bottom of page