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1000 ans de vie juive en Pologne

Deux courtes présentations du Musée Polin

Repères dans l'histoire juive de Pologne

Visite virtuelle du Musée en anglais

Chronologie de l'histoire des Juifs 

en Pologne, depuis la fin du Xe siècle jusqu'à la Shoah.

Au Moyen-Age

 

  • 1096 : Le premier grand mouvement migratoire des Juifs vers la Pologne débute avec les Croisades.

Le départ de ce pèlerinage armé de l'Europe de l'Ouest est accompagné de nombreux massacres de communautés juives. Les historiens estiment que la France et l'Allemagne ont perdu alors près du tiers de leurs Juifs dont un grand nombre s'est réfugié alors en Pologne où les rois et les ducs, voulant accélérer le développement de villes, les accueillent et les autorisent à constituer des kehillot (communautés juives)

Des rois de Pologne tolérants

  • 1206 : Le prince de la Grande Pologne Mieszko III, donne aux Juifs en gérance la douane et l'hôtel des monnaies de Gniezno. Ces monnaies portent des inscriptions en hébreu et en polonais, le nom du souverain « Król Mieszko ».

  • 1264 : Le prince de Pologne Bolesław le Pieux proclame la Charte de Kalisz qui accorde aux Juifs de Pologne le droit de pratiquer le commerce, de circuler librement dans tout le royaume, de pratiquer librement leur religion, de s'auto-administrer au sein de leurs communautés (kehillot) et le droit à la sûreté personnelle et celle de leurs biens.

L'article 20 condamne lourdement la maltraitance des Juifs, toute personne reconnue coupable de meurtre d'un Juif est condamnée à mort et voit ses biens confisqués. Les Juifs sont considérés comme servi camerae - une part du trésor royal et toute action contre les Juifs est alors considérée comme un acte contre le pouvoir royal.

  • 1320 : Le glaive du couronnement des rois de Pologne, utilisé la première fois pendant le couronnement de Władysław I Łokietek, porte une inscription en hébreu et en caractères latins : 

« Une foi profonde est réveillée par les noms de Dieu Sedalai et Ebrehel ». La suite est en latin : « Celui qui portera le nom de Dieu sur lui ne risquera aucun danger ». Cette épée de couronnement des rois de Pologne, appelé Szczerbiec, aurait appartenu au premier roi de Pologne : Bolesław 1er.

Les premières Kehilot (communautés)

  • 1335 : Fondation de la ville Kazimierz aux portes de Cracovie, alors la capitale. Cette ville administrée par la communauté juive est entourée de murailles et se développe d'une façon autonome pendant des siècles.

     La République des deux Nations : un refuge

  • 1343 : Persécutés en Europe occidentale, les Juifs sont invités en Pologne par le roi Kazimierz III. Après l'expulsion massive des juifs d’Europe de l’Ouest (Angleterre, France, Allemagne et Espagne), la république des Deux Nations devient un refuge pour eux

  • 1348 : Des édits des rois polonais garantissent la sécurité et la liberté de culte depuis le XIIIe siècle alors que l'Europe occidentale est le théâtre de persécutions, en particulier après l'épisode de la peste noire de 1348-1349 dont les Juifs sont accusés d'être les vecteurs.

Le roi Kazimierz IV Jagiellon accorde aux Juifs des privilèges dits « de Cracovie » (qui annulent les décisions canoniques édités par le pape).

Il est désormais interdit de convoquer les Juifs devant les tribunaux religieux (catholiques) et seul le prince peut juger. Les "palatins" (titre de noblesse au Moyen-Age) doivent protéger les Juifs devant l'oppression des ecclésiastiques. Des accusations mensongères sont punissables de la peine capitale.

Des Juifs expulsés de France, d'Espagne, du Portugal, des villes allemandes, se réfugient en Pologne. À cette époque 80 % de la population juive du monde vit sur le territoire polonais.

  • 1525 : Le roi Zygmunt Ier est le premier souverain chrétien à accorder un titre de noblesse à un juif sans exiger qu'il renie sa foi.

  • 1532 : Les Juifs obtiennent le droit de commerce dans tout le Royaume

  • 1534 : Le roi Zygmunt Ier abolit la loi qui imposait aux Juifs le port des signes distinctifs.

  • 1534 : Création de la première imprimerie juive à Kazimierz (des frères Samuel, Aszer et Eljiakim, fils de Chaïm de Halicz)

  • 1554 : Fondation de la première imprimerie juive en hébreu à Lublin. En 1559 elle obtient du roi le monopole d'impression.

  • 1567 : Fondation de la première yeshiva de Pologne.

  • 1576 : Le roi Stefan Batory édite une loi condamnant sévèrement les accusations portées contre les Juifs pour l'homicide des enfants et la profanation des hosties.

Les Kehilot se généralisent et se centralisent

  • 1580 : Première réunion du Conseil des Quatre Pays (Va'ad Arba' Aratzot) à Lublin (son nom se réfère aux quatre régions polonaises principales : Grande-Pologne, Petite-Pologne, Ruthénie et Volhynie-Podolie).

Basée sur l'organisation très performante des communautés juives (kehillot) — terme désignant à la fois l'administration de la commune et les membres de la communauté — et sur différentes institutions préexistantes traitant de l'administration, de la justice, du fait religieux et de l'assistance aux nécessiteux, la communauté juive constitue ainsi son propre organe législatif. C'est une sorte de parlement composé de 30 membres et deux comités, un religieux et un laïc. Les Juifs sont considérés comme un cinquième état, à côté du clergé, de la noblesse terrienne, des bourgeois, et de la paysannerie.

  • Le Conseil des Quatre Pays est reconnu par le roi de Pologne.

  • 1622 : Les communautés juives du grand-duché de Lituanie se retirent du Conseil des Quatre Pays, et constituent leur organe propre, le Conseil du Pays de Lituanie. Cette date marque la scission entre judaïsme litvak et judaïsme polak.

  • 1632 : Dans le contexte de la contre-Réforme 1, le roi Władysław IV Vasa interdit les livres ou toute impression à caractère antisémite.

  • 1633 : Les Juifs de Poznań obtiennent le droit d'interdire l'entrée des non-juifs dans le quartier juif de la ville.

  • 1648 : La population juive polonaise atteint 450 000 personnes (4,5 % de la population totale). La population juive mondiale est évaluée [1]à 750 000 personnes.

Le temps du Déluge

  • 1648 : Durant le soulèvement de Khmelnytsky, les Cosaques massacrent la noblesse polonaise ainsi que la communauté juive que les nobles polonais protègeaint : c'est le premier pogrom perpétré par des chrétiens orthodoxes. La perte totale pour la communauté est évaluée à 100 000 personnes

  • 1655 : L'invasion et l'occupation suédoise passé dans l'histoire sous le nom du déluge rajoute des massacres.

  • 1750 : La population juive de Pologne atteint 750 000 personnes soit 8 % de la population totale. La population juive mondiale est évaluée à 1 200 000 personnes.

  • 1759 : Les adeptes de Jacob Frank se convertissent et rejoignent les rangs de la noblesse polonaise.

 

 Exit la Pologne

Le temps des pogroms attisés par l’administration et les autorités russes.

  • 1881 : Les Juifs sont accusés de l’attentat contre le tsar Alexandre II. Les pogroms encouragés par le gouvernement russe s'ensuivent.

  • 1896 : naissance du Bund (Union Générale des travailleurs de Pologne, Lituanie et Russie). Premier parti politique juif, socialiste, marxiste, laïc, disporique et antisioniste .

  • 1897 : premier congrès sioniste à Bâle en Suisse, sous la présidence de Théodore Hertzel. Ce rassemblement historique a structuré le mouvement sioniste, dont l’objectif, pour le peuple juif est d’établir une patrie en Palestine

  • 1914 : La Première Guerre mondiale.

  • 1917 : La Révolution bolchevique et la guerre civile russe

La Pologne retrouve son autonomie ; l’ultra nationalisme polonais multiplie les exactions antisémites.  

  • 1914-1921 : les guerres ravagent les anciens territoires polonais.

Les Juifs vivant sur ces terres notamment parmi la jeunesse du « Bund », prennent parti pour le bolchevisme, qui promet la fin des discriminations sur critère religieux, et une totale égalité de tous les citoyens (« Yiddishland révolutionnaire ») : cela aura pour conséquence des persécutions contre les juifs dans les pays ennemis de la Russie bolchévique, et l'émergence, parmi les Russes blancs et les nationalistes de tous pays, du mythe du « judéo-bolchévisme » (qui sera plus tard largement exploité par les nazis et leurs satellites).

  • 1921 : Traité de paix polono-bolchevik de Rīga. Les citoyens des territoires disputés (correspondant en gros à la zone de Résidence) se voient attribuer le droit de choisir leur territoire. De nombreux Juifs communistes choisissent la Russie bolchevique (beaucoup le regretteront lorsque l'antisémitisme stalinien émergera), au moins autant sinon davantage émigrent vers la Pologne, en particulier les Juifs religieux attachés à leur foi, et les artisans, boutiquiers ou négociants dont les commerces ont été nationalisés par les Bolcheviks.

  • 1924 : 2 989 000 Juifs sont recensés en Pologne (10 % de la population). Les jeunes juifs représentent 23 % des étudiants des lycées et 26 % des étudiants universitaires, ce qui pousse les nationalistes et les antisémites à réclamer des numerus clausus.

Il en était de même dans les autres pays de l'Est européen, alors qu'en URSS rien de tel n'existait, l'« ascenseur social » soviétique était ouvert à tous pourvu qu'ils soient communistes et athées.

  • 1935 : La mort de Józef Piłsudski marque la recrudescence des actes antisémites et la mise en place d’un gouvernement ultranationaliste et antisémite.

[1] La Contre-Réforme, en Pologne, est menée activement à partir de la fin du XVIème siècle sous l’impulsion des Jésuites et du roi SIGISMOND III. Elle avait comme objectif de recatholiciser l’élite nobiliaire et de réduire fortement l’influence du protestantisme, ancrant durablement le catholicisme comme pilier de l’identité nationale polonaise.

Un exemple : la ville de Wroclaw (Breslau)

740 ans d'histoire troublée

Histoire de la communauté juive

La plus ancienne pierre tombale juive trouvée à Wroclaw (Breslau) remonte à 1203, indiquant qu’à cette époque Wroclaw abritait une communauté juive.

* En 1290, Wroclaw était la deuxième plus grande communauté juive d’Europe centrale et orientale, après Prague.

Les juifs de la ville travaillaient principalement comme prêteurs sur gage et commerçants ; une plus petite minorité pratiquait l’artisanat.

* Au XIVe siècle, toutefois, les Juifs de Wroclaw sont victimes de violences.

Après un pogrom en 1349, environ 5 familles survivent parmi les 70 d’origine. 41 juifs sont jugés et brûlés sur le bûcher en 1453 après avoir été accusés de profanation d’hostie.

La même année, la communauté juive est expulsée de la ville.

* Deux ans plus tard, la ville obtint le statut officiel d’intolérance.

* Jusqu’en 1744, il était interdit aux juifs de vivre à Wroclaw. Ils ne pouvaient s’y rendre que pendant les foires annuelles.

* En 1741, la ville est annexée par la Prusse et, en 1744, Frédéric II autorise les Juifs à y reformer une communauté officielle.

La population juive augmente rapidement.

* En 1747, 532 Juifs vivaient à Wroclaw (1,1% de la population totale).

* En 1810, ce nombre avait grimpé à 3 255 (5,2%).

Wroclaw devient un centre important pour la Haskalah (les Lumières juives).

Les deux communautés – les orthodoxes et les libéraux – étaient actives dans la vie religieuse et culturelle des juifs de la ville et étaient dirigées par d’éminents rabbins et érudits.

* Le nombre de résidents juifs dans la ville était de 19 743 en 1900 et de 10 300 en 1939.

* En novembre 1938, les activités culturelles, sociales et éducatives de la communauté sont interdites et les synagogues et les écoles juives sont détruites pendant les pogroms de la Nuit de cristal.

​* À partir de septembre 1941, les juifs sont chassés de chez eux et leurs biens  entassés dans les maisons juives (Judenhaus).

Ils sont déportés quelques mois plus tard dans des camps de transit avant le convoi vers d’Auschwitz.

* Entre novembre 1941 et l’été 1944, les juifs de Basse-Silésie, y compris ceux de Wroclaw, sont déportés dans 11 convois.

Le premier conduit les juifs à Kaunas, où tout le transport est abattu.

Les convois ultérieurs envoient les Juifs dans les camps d’extermination de Sobibor et Belzec, ou à Terezin et Auschwitz. Certains juifs sont envoyés dans des camps de travail temporaires. En 1943, seuls les conjoints de mariages mixtes et certains enfants sont encore à Wroclaw.

Les 150 derniers juifs de la ville sont déportés à Gross-Rosen en janvier 1945, où ils sont tous tués.

* À partir de mai 1945, Wroclaw devient un centre de transit pour les survivants juifs revenant des camps de concentration de Silésie et de Pologne.

Les juifs des anciens territoires polonais annexés à l’Union soviétique pendant la guerre commencent à arriver dans la ville par vagues à partir de 1946, faisant de Wroclaw la plus grande communauté juive de Pologne.

* Bien que le nombre de Juifs à Wroclaw ait culminé à 17 747 en 1946, après le pogrom de Kielce en juillet de la même année, ce nombre diminue considérablement.

* Ainsi, au printemps 1947, environ 15 000 Juifs vivaient à Wroclaw.

La communauté juive d’après-guerre reconstruit une communauté religieuse, des écoles, des coopératives juives et un théâtre juif, ainsi que d’autres organisations et partis politiques.

* La population juive continue de chuter, principalement en raison de l’émigration.

* En 1960, il restait 3 800 Juifs dans la ville.

* La guerre des six jours et l’antisémitisme entraînent une augmentation sensible de l’émigration après 1967.

Dans ce sillage, l’école et le théâtre juif ferment leur portes.

* En 1974, il y avait 3 000 Juifs à Wroclaw.

Une renaissance juive a commencé à la fin des années 1980.

* En 2000, la ville a rouvert la société socio-culturelle juive et son école juive.

La synagogue dite des cigognes blanches, utilisée par les nazis comme atelier de réparation automobile et pour stocker des biens juifs volés, est consacrée à nouveau en 2010 après une restauration à grande échelle.

* En 2014, la communauté juive de Wroclaw comptait 350 membres inscrits, ce qui en fait la deuxième communauté juive organisée en Pologne après Varsovie.

Les vestiges de ce qui semble être une synagogue du 14e siècle semblent avoir été trouvés à Wroclaw en 2021. Une découverte effectuée lors de travaux de rénovation dans un immeuble à proximité de l’Historical Institute of the University of Wrocław, 49 Szewska Street.

Le choix de la Pologne au Moyen-Age

Au fur et à  mesure du déchainement antisémite en Europe occidentale, sous la bannière des rois et de l'Eglise catholique, des familles juives émigrèrent progressivement vers l'Est, en  Pologne et en Russie.

Les premières communautés attestées s'établirent à Gniezno, Przemysl, Plock, Kalisz et Cracovie entre le 11ème et 13ème siècle.

Une autonomie communautaire dans la République des deux Nations

Ce fut une période faste pour les communautés juives installées en Pologne. 

La République des Deux Nations, formée par l’Union de Lublin en 1569 et qui dura jusqu’aux partages de la Pologne à la fin du XVIIIᵉ siècle, fut pour les Juifs une période très ambivalente : elle fut à la fois l’un des grands foyers de développement de la vie juive européenne et une époque marquée par de graves violences, surtout au XVIIᵉ siècle.

 Une situation relativement favorable au XVIᵉ et au début du XVIIᵉ siècle

La Pologne-Lituanie offrait aux Juifs des possibilités que beaucoup de régions d'Europe occidentale n'offraient plus. Les rois et surtout les grands propriétaires terriens leur accordèrent des privilèges de résidence, de commerce et d'organisation communautaire. En Lituanie, les fondements juridiques remontaient notamment aux privilèges accordés aux Juifs de Brest et de Grodno à la fin du XIVᵉ siècle.

La population juive augmenta considérablement.

Les Juifs vivaient dans les villes mais aussi dans de nombreux villages et domaines appartenant aux nobles.

Ils étaient commerçants, artisans, prêteurs, mais également administrateurs de domaines, fermiers de taxes, distillateurs, aubergistes ou intermédiaires commerciaux.

Il faut cependant éviter l'image d'une société totalement égalitaire : les Juifs restaient une minorité religieuse juridiquement distincte, soumise à des taxes particulières et dépendante des privilèges accordés par le roi ou par les seigneurs.

 Une extraordinaire autonomie communautaire

C'est probablement l'aspect le plus remarquable.

Chaque communauté juive, le kahal, possédait ses propres institutions : administration, collecte des impôts, aide aux pauvres, écoles, synagogue, tribunaux et autorités rabbiniques. Les communautés pouvaient même réglementer l'installation de nouveaux Juifs dans leur ville.

Et cette autonomie dépassait largement le niveau local.

À partir du XVIᵉ siècle se développa le Conseil des Quatre Pays (Va'ad Arba' Aratzot), qui représentait une grande partie des communautés juives de Pologne. Il pouvait prendre des décisions concernant la fiscalité, la justice, l'éducation et la vie religieuse, et ses représentants intervenaient auprès du gouvernement polonais pour défendre les intérêts juifs.

En Lituanie, les communautés créèrent en 1623 leur propre Conseil des communautés de Lituanie, avec notamment Pinsk, Brest et Grodno parmi les principales communautés représentées.

On pourrait donc dire que les Juifs constituaient une sorte de société organisée à l'intérieur de la société polono-lituanienne.

 Un immense essor culturel et religieux

C'est également à cette époque que la Pologne-Lituanie devint l'un des principaux centres intellectuels du judaïsme ashkénaze.

Les grandes villes comme Cracovie, Lublin, Poznań, Brest, Pinsk, Vilnius et Lviv possédaient des communautés importantes et des centres d'étude.

Les rabbins et les érudits produisirent une immense littérature talmudique et juridique. Les yeshivot se développèrent et l'imprimerie hébraïque permit une diffusion beaucoup plus large des ouvrages religieux. Le Conseil des Quatre Pays lui-même intervenait dans la réglementation des livres hébraïques et des écoles.

C'est pourquoi certains historiens parlent, avec prudence, d'un « âge d'or » du judaïsme polonais, particulièrement pour la période allant approximativement de 1500 à 1648.

 Mais cette prospérité avait ses limites

La situation pouvait varier énormément selon le lieu.

Un roi pouvait confirmer les privilèges des Juifs, tandis qu'une ville pouvait obtenir le droit de leur interdire le commerce ou même leur présence.

Les grands magnats, qui contrôlaient de vastes territoires privés, pouvaient eux aussi accorder aux Juifs des privilèges très importants.

Les Juifs étaient également confrontés à l'hostilité d'une partie du clergé catholique, à des accusations de crimes rituels, à des restrictions économiques et à des épisodes de violence.

Sous le règne de Sigismond III Vasa (1587-1632), l'influence de la Contre-Réforme (lutte contre le protestantisme) et des jésuites contribua notamment à détériorer la situation des minorités religieuses, même si l'autonomie des communautés juives resta très importante.

Fin de l'âge d'or et le début des déluges

 1648 : le grand traumatisme

Le tournant majeur est l'insurrection de Bohdan Khmelnytsky en 1648, dans les territoires ukrainiens de la République.

Les Juifs furent particulièrement vulnérables parce qu'une partie d'entre eux travaillait pour les nobles polonais comme fermiers de taxes, administrateurs de domaines, aubergistes ou intermédiaires. Lorsque les cosaques et les populations insurgées se retournèrent contre la domination polonaise et les structures sociales qui l'accompagnaient, les Juifs furent souvent considérés comme faisant partie de cet ordre.

Des milliers de Juifs furent massacrés en Ukraine et dans les régions voisines. Certaines communautés furent complètement détruites ; d'autres furent décimées puis reconstruites.

C'est un événement fondamental dans la mémoire historique du judaïsme d'Europe orientale.

 Après 1648 : une communauté qui se reconstruit

Il ne faut toutefois pas conclure que la vie juive en Pologne-Lituanie disparaît après les massacres.

Elle se reconstitue progressivement. Certaines régions relativement épargnées, notamment certaines parties de la Lituanie, accueillirent des réfugiés. La communauté juive continua à se développer et ses institutions restèrent très solides.

Au XVIIIᵉ siècle, la Pologne-Lituanie demeurait ainsi le cœur démographique et culturel du judaïsme ashkénaze.

Mais le contexte politique et économique se dégradait, tandis que les divisions internes de la République devenaient de plus en plus profondes.

 Alors, comment les Juifs eux-mêmes vivaient-ils cette République ?

 Quatre mots qualifient la situation des juifs : autonomie — prospérité — vulnérabilité — renaissance.

Ils n'étaient pas simplement des victimes vivant dans une société hostile.

Au contraire, pendant plusieurs générations, ils avaient construit des institutions extrêmement puissantes, une économie diversifiée, un système éducatif et religieux très développé et une véritable culture juive d'Europe orientale.

Mais cette autonomie reposait en grande partie sur des privilèges juridiques et la protection du roi ou des magnats.

Lorsque l'ordre politique et social était bouleversé, cette protection pouvait disparaître très rapidement.

C'est ce paradoxe qui rend l'histoire des Juifs de la République des Deux Nations particulièrement intéressante : la Pologne-Lituanie fut simultanément l'un des lieux où le judaïsme ashkénaze connut son plus grand épanouissement et le théâtre de certaines des catastrophes les plus importantes de son histoire avant la période moderne.

Renouveau de la vie et de la pensée juive au 17 et 18ème siècle

Sous l'empire russe et le Duché de Varsovie
au 19ème siècle

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la vie politique juive au 20ème siècle

La seconde République polonaise

La question juive dans la Deuxième République

Les Juifs sont eux aussi une minorité nationale, mais ils sont répartis dans presque toute la Pologne. Ils sont particulièrement nombreux dans les villes et petites villes. En 1921, la Pologne compte environ 2,8 millions de Juifs, soit autour de 11 % de la population.  Et en 1931, la Pologne possède la deuxième plus importante population juive du monde, avec environ 3,1 millions de Juifs. Mais contrairement aux Ukrainiens et aux Biélorusses, les Juifs ne revendiquent pas tous un territoire particulier où créer leur propre État.

La question devient donc : Comment construire une nation polonaise dans laquelle vivent des millions de citoyens qui ont leur propre religion, leur propre culture et souvent leur propre langue ?

Les Juifs de Pologne sont devenus, en principe, des citoyens polonais à part entière. La Constitution de mars 1921 proclame l'égalité des citoyens indépendamment notamment de leur religion, langue ou nationalité.

La Pologne avait également accepté en 1919 un traité international relatif aux minorités sous l'égide de la Société des Nations.  

Donc juridiquement : Un Juif n’est plus citoyen de seconde catégorie.

Un Juif polonais peut : posséder une maison ; exercer une profession ; voter ; être élu ; créer des associations ; avoir des écoles ; pratiquer sa religion ; publier des journaux ; créer des partis politiques....

Et c'est effectivement ce qui fait de la Pologne de l'entre-deux-guerres un centre exceptionnel de la vie juive européenne.

Mais la réalité quotidienne est beaucoup plus complexe.

Le grand paradoxe : égalité juridique, discrimination réelle

C'est probablement la distinction qu'il faut garder en tête. Il y a une différence entre : les droits inscrits dans la loi et la manière dont ces droits sont effectivement appliqués. La politique polonaise devient progressivement plus nationaliste.

Dans les territoires orientaux, l'État cherche, notamment, à favoriser la polonisation : administration, école, propriété foncière et implantation de populations polonaises. Pour accèder  à certains métiers, maitriser le polonais est exigé, ce qui en limite l'accès de ceux ne parlant que le Yiddish!

Pour les Juifs, la situation est différente de celle des Ukrainiens ou des Biélorusses : ils ne sont pas principalement considérés comme une population territoriale qu'il faudrait poloniser. Ils constituent plutôt une minorité nationale dispersée, essentiellement urbaine et semi-urbaine. Et cela produit une situation très particulière. Mais  les années 1920 sont différentes des années 1930

Les années 1920

Il existe une vie juive extrêmement dynamique. On trouve : écoles juives ; yeshivot ;synagogues ; associations ; mouvements sionistes ; Bund ; partis religieux ; presse yiddish ; organisations professionnelles ; réseaux commerciaux.

Les Juifs peuvent même être représentés politiquement au Parlement.

Mais les premières années de la République sont aussi marquées par des violences antijuives et des pogroms, notamment dans le contexte extrêmement violent des guerres et conflits de 1918-1921. Puis la situation se stabilise relativement.

Les années 1930

Le climat se détériore nettement. L'antisémitisme politique se développe, particulièrement dans les milieux nationalistes. On voit apparaître :

boycotts économiques, notamment les commerces juifs ; violences contre des commerçants juifs ; discriminations universitaires ; pression pour limiter la présence juive dans certaines professions ; propagande antisémite ; puis, à la fin des années 1930, des mesures explicitement discriminatoires.

Le débat sur l'interdiction du travail le dimanche va polluer la vie commerciale et industrielle. Les activités juives cessent en général le shabbat, mais imposer  la fermeture le dimanche signifie deux jours de fermeture consécutive et c'est problématique pour les juifs.

Le cas des universités est très révélateur. Dans les années 1920, on tente d'imposer un numerus clausus limitant la proportion d'étudiants juifs. Le projet n'est pas adopté sous sa forme initiale, mais des pratiques discriminatoires apparaissent ensuite. Dans les années 1930, les « bancs-ghettos » imposent aux étudiants juifs de s'asseoir séparément dans certaines universités.

A la fin des années 1930, la pression économique et sociale devient beaucoup plus forte.

La shoah

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