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1000 ans de vie juive en Pologne

Deux courtes présentations du Musée Polin

Repères dans l'histoire juive de Pologne

Visite virtuelle du Musée en anglais

Chronologie de l'histoire des Juifs 

en Pologne, depuis

la fin du Xe siècle jusqu'à la Shoah.

Au Moyen-Age

 

  • 1096 : Le premier grand mouvement migratoire des Juifs vers la Pologne débute avec les Croisades.

Le départ de ce pèlerinage armé de l'Europe de l'Ouest est accompagné de nombreux massacres de communautés juives. Les historiens estiment que la France et l'Allemagne ont perdu alors près du tiers de leurs Juifs dont un grand nombre s'est réfugié alors en Pologne où les rois et les ducs, voulant accélérer le développement de villes, les accueillent et les autorisent à constituer des kehillot (communautés juives)

Des rois de Pologne tolérants

  • 1206 : Le prince de la Grande Pologne Mieszko III, donne aux Juifs en gérance la douane et l'hôtel des monnaies de Gniezno. Ces monnaies portent des inscriptions en hébreu et en polonais, le nom du souverain « Król Mieszko ».

  • 1264 : Le prince de Pologne Bolesław le Pieux proclame la Charte de Kalisz qui accorde aux Juifs de Pologne le droit de pratiquer le commerce, de circuler librement dans tout le royaume, de pratiquer librement leur religion, de s'auto-administrer au sein de leurs communautés (kehillot) et le droit à la sûreté personnelle et celle de leurs biens.

L'article 20 condamne lourdement la maltraitance des Juifs, toute personne reconnue coupable de meurtre d'un Juif est condamnée à mort et voit ses biens confisqués. Les Juifs sont considérés comme servi camerae - une part du trésor royal et toute action contre les Juifs est alors considérée comme un acte contre le pouvoir royal.

  • 1320 : Le glaive du couronnement des rois de Pologne, utilisé la première fois pendant le couronnement de Władysław I Łokietek, porte une inscription en hébreu et en caractères latins : 

« Une foi profonde est réveillée par les noms de Dieu Sedalai et Ebrehel ». La suite est en latin : « Celui qui portera le nom de Dieu sur lui ne risquera aucun danger ». Cette épée de couronnement des rois de Pologne, appelé Szczerbiec, aurait appartenu au premier roi de Pologne : Bolesław 1er.

Les premières Kehilot (communautés)

  • 1335 : Fondation de la ville Kazimierz aux portes de Cracovie, alors la capitale. Cette ville administrée par la communauté juive est entourée de murailles et se développe d'une façon autonome pendant des siècles.

     La République des deux Nations : un refuge

  • 1343 : Persécutés en Europe occidentale, les Juifs sont invités en Pologne par le roi Kazimierz III. Après l'expulsion massive des juifs d’Europe de l’Ouest (Angleterre, France, Allemagne et Espagne), la république des Deux Nations devient un refuge pour eux

  • 1348 : Des édits des rois polonais garantissent la sécurité et la liberté de culte depuis le XIIIe siècle alors que l'Europe occidentale est le théâtre de persécutions, en particulier après l'épisode de la peste noire de 1348-1349 dont les Juifs sont accusés d'être les vecteurs.

Le roi Kazimierz IV Jagiellon accorde aux Juifs des privilèges dits « de Cracovie » (qui annulent les décisions canoniques édités par le pape).

Il est désormais interdit de convoquer les Juifs devant les tribunaux religieux (catholiques) et seul le prince peut juger. Les "palatins" (titre de noblesse au Moyen-Age) doivent protéger les Juifs devant l'oppression des ecclésiastiques. Des accusations mensongères sont punissables de la peine capitale.

Des Juifs expulsés de France, d'Espagne, du Portugal, des villes allemandes, se réfugient en Pologne. À cette époque 80 % de la population juive du monde vit sur le territoire polonais.

  • 1525 : Le roi Zygmunt Ier est le premier souverain chrétien à accorder un titre de noblesse à un juif sans exiger qu'il renie sa foi.

  • 1532 : Les Juifs obtiennent le droit de commerce dans tout le Royaume

  • 1534 : Le roi Zygmunt Ier abolit la loi qui imposait aux Juifs le port des signes distinctifs.

  • 1534 : Création de la première imprimerie juive à Kazimierz (des frères Samuel, Aszer et Eljiakim, fils de Chaïm de Halicz)

  • 1554 : Fondation de la première imprimerie juive en hébreu à Lublin. En 1559 elle obtient du roi le monopole d'impression.

  • 1567 : Fondation de la première yeshiva de Pologne.

  • 1576 : Le roi Stefan Batory édite une loi condamnant sévèrement les accusations portées contre les Juifs pour l'homicide des enfants et la profanation des hosties.

Les Kehilot se généralisent et se centralisent

  • 1580 : Première réunion du Conseil des Quatre Pays (Va'ad Arba' Aratzot) à Lublin (son nom se réfère aux quatre régions polonaises principales : Grande-Pologne, Petite-Pologne, Ruthénie et Volhynie-Podolie).

Basée sur l'organisation très performante des communautés juives (kehillot) — terme désignant à la fois l'administration de la commune et les membres de la communauté — et sur différentes institutions préexistantes traitant de l'administration, de la justice, du fait religieux et de l'assistance aux nécessiteux, la communauté juive constitue ainsi son propre organe législatif. C'est une sorte de parlement composé de 30 membres et deux comités, un religieux et un laïc. Les Juifs sont considérés comme un cinquième état, à côté du clergé, de la noblesse terrienne, des bourgeois, et de la paysannerie.

  • Le Conseil des Quatre Pays est reconnu par le roi de Pologne.

  • 1622 : Les communautés juives du grand-duché de Lituanie se retirent du Conseil des Quatre Pays, et constituent leur organe propre, le Conseil du Pays de Lituanie. Cette date marque la scission entre judaïsme litvak et judaïsme polak.

  • 1632 : Dans le contexte de la contre-Réforme 1, le roi Władysław IV Vasa interdit les livres ou toute impression à caractère antisémite.

  • 1633 : Les Juifs de Poznań obtiennent le droit d'interdire l'entrée des non-juifs dans le quartier juif de la ville.

  • 1648 : La population juive polonaise atteint 450 000 personnes (4,5 % de la population totale). La population juive mondiale est évaluée [1]à 750 000 personnes.​

Le temps du Déluge

  • 1648 : Durant le soulèvement de Khmelnytsky, les Cosaques massacrent la noblesse polonaise ainsi que la communauté juive que les nobles polonais protègeaint : c'est le premier pogrom perpétré par des chrétiens orthodoxes. La perte totale pour la communauté est évaluée à 100 000 personnes

  • 1655 : L'invasion et l'occupation suédoise passé dans l'histoire sous le nom du déluge rajoute des massacres.

  • 1750 : La population juive de Pologne atteint 750 000 personnes soit 8 % de la population totale. La population juive mondiale est évaluée à 1 200 000 personnes.

  • 1759 : Les adeptes de Jacob Frank se convertissent et rejoignent les rangs de la noblesse polonaise.

 

 Exit la Pologne

Le temps des pogroms attisés par l’administration et les autorités russes.

  • 1881 : Les Juifs sont accusés de l’attentat contre le tsar Alexandre II. Les pogroms encouragés par le gouvernement russe s'ensuivent.

  • 1896 : naissance du Bund (Union Générale des travailleurs de Pologne, Lituanie et Russie). Premier parti politique juif, socialiste, marxiste, laïc, disporique et antisioniste .

  • 1897 : premier congrès sioniste à Bâle en Suisse, sous la présidence de Théodore Hertzel. Ce rassemblement historique a structuré le mouvement sioniste, dont l’objectif, pour le peuple juif est d’établir une patrie en Palestine

  • 1914 : La Première Guerre mondiale.

  • 1917 : La Révolution bolchevique et la guerre civile russe

​​

La Pologne retrouve son autonomie ; l’ultra nationalisme polonais multiplie les exactions antisémites.  

  • 1918 : La Pologne recouvre son indépendance mais la question des frontières est en suspend ainsi que celle des minorités.

  • 1914-1921 : les guerres ravagent les anciens territoires polonais : les communautés juives sont prises dans la tourmente. Beaucoup de déplacements de population.

Les Juifs vivant sur ces terres notamment parmi la jeunesse du « Bund », prennent parti pour le bolchevisme, qui promet la fin des discriminations sur critère religieux, et une totale égalité de tous les citoyens (« Yiddishland révolutionnaire ») :

cela aura pour conséquence des persécutions contre les juifs dans les pays ennemis de la Russie bolchévique, et l'émergence, parmi les Russes blancs et les nationalistes de tous pays, du mythe du « judéo-bolchévisme » (qui sera plus tard largement exploité par les nazis et leurs satellites).

Les citoyens des territoires disputés (correspondant en gros à la zone de Résidence) se voient attribuer le droit de choisir leur territoire.

De nombreux Juifs communistes choisissent la Russie bolchevique (beaucoup le regretteront lorsque l'antisémitisme stalinien émergera), au moins autant sinon davantage émigrent vers la Pologne, en particulier les Juifs religieux attachés à leur foi, et les artisans, boutiquiers ou négociants dont les commerces ont été nationalisés par les Bolcheviks.

  • 1924 : 2 989 000 Juifs sont recensés en Pologne (10 % de la population).

Les jeunes juifs représentent 23 % des étudiants des lycées et 26 % des étudiants universitaires, ce qui pousse les nationalistes et les antisémites à réclamer des numerus clausus.

Il en était de même dans les autres pays de l'Est européen, alors qu'en URSS rien de tel n'existait, l'« ascenseur social » soviétique était ouvert à tous pourvu qu'ils soient communistes et athées.

  • 1935 : La mort de Józef Piłsudski marque la recrudescence des actes antisémites et la mise en place d’un gouvernement ultranationaliste et antisémite. Les communautés juives doivent faire face au boycott du commerce ey à de nouvelles rezstrictions de leurs droits.

  • 1936 : émeute antisémite à Przytyk.

  • 1933 - 1939 : Persécutés par les nazis, les Juifs allemands tentent d'émigrer, mais presque tous les pays leur ferment leurs frontières, y compris le Royaume-Uni et les États-Unis. Quelques-uns trouvent refuge en Pologne.

​​

[1] La Contre-Réforme, en Pologne, est menée activement à partir de la fin du XVIème siècle sous l’impulsion des Jésuites et du roi SIGISMOND III. Elle avait comme objectif de recatholiciser l’élite nobiliaire et de réduire fortement l’influence du protestantisme, ancrant durablement le catholicisme comme pilier de l’identité nationale polonaise.

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A lire

Henri Minczeles, Une histoire des Juifs de Pologne* (1997)

Henri Minczeles, historien et militant du Bund, propose une vaste synthèse qui retrace près de mille ans de présence juive sur les terres polonaises — de la fondation du royaume jusqu'à la Shoah et l'après-guerre. 

Ce qui distingue l'ouvrage : son attention constante aux mouvements politiques et sociaux (Bund, sionismes, communisme juif) et à la culture yiddish, autant qu'à l'histoire religieuse et à la catastrophe. Il replace l'histoire juive polonaise dans le contexte plus large de l'histoire de la Pologne

Une terre d'accueil médiévale et un âge d'or

Les Juifs arrivent en Pologne à partir du XIᵉ–XIIIᵉ siècle, poussés par les persécutions en Europe occidentale. Les rois polonais, notamment Casimir le Grand, leur accordent des privilèges protecteurs (Statut de Kalisz, 1264).

Les Juifs développent une autonomie communautaire forte : le kahal, et surtout le Conseil des Quatre Pays (véritable « parlement » juif) qui gère fiscalité et justice jusqu'en 1764.

Vie spirituelle et culturelle

Henri Minczeles décrit une société organisée autour de la religion, de l'étude talmudique et du yiddish. Au XVIIIᵉ siècle surgissent deux grands mouvements : le hassidisme (Baal Shem Tov) et son opposé rationaliste, le mitnagdim (le Gaon de Vilna).

Puis la Haskala (Lumières juives) ouvre la voie à la modernisation.

Le XIXᵉ siècle : éveil national et mouvements modernes

Avec les partages de la Pologne, les Juifs se retrouvent divisés entre empires russe, prussien et autrichien. Naissent alors :

- le sionisme (Hertzl, mais aussi les courants religieux et socialistes) ;

- le Bund (1897), mouvement ouvrier juif,laïc et socialiste, très implanté ;

- une presse et une littérature yiddish foisonnantes (Mendele, Peretz, Sholem Aleichem).

L'entre-deux-guerres et l'antisémitisme

La Pologne renaît en 1918 avec la plus grande communauté juive d'Europe (environ 3 millions de personnes, ~10 % de la population). Mais l'antisémitisme d'État et populaire se durcit (numerus clausus, ghettos de bancs, pogroms). C'est aussi une période d'intense créativité culturelle, politique et religieuse.

La Shoah

Henri consacre une part importante du livre à la destruction : invasion nazie et soviétique de 1939, création des ghettos (Varsovie, Łódź, Cracovie…), déportations vers les camps (Treblinka, Auschwitz-Birkenau, Sobibór…), et la quasi-anéantissement de la communauté. Il évoque aussi la résistance, notamment le soulèvement du ghetto de Varsovie (avril-mai 1943) et les partisans juifs.

L'après-guerre et la mémoire

Après 1945, la communauté est exsangue. Les pogroms d'après-guerre (Kielce, 1946) et les vagues d'émigration (vers Israël, l'Europe, les Amériques) achèvent de la réduire. Une mémoire juive de Pologne se reconstruit surtout en diaspora et dans les travaux historique.

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"Juifs en Pologne , La question juive pendant l'entre-deux guerres de Paweł Korzec, Paris, 1980)

Pawel Korzec est un hgistorien juif polonais né en 1919 à Lodz, il participera au soulèvement  du Ghetto de Bialystok (aout 1943), s'enfuira de Pologne lors de la campagne "antisionisme " de Gomulka en 1968 pour s'établir à Paris où il décédera en 2012.

Ses travaux portent sur sur le mouverment ouvrier en Pologne et les relations ,judéo-polonaises.

Un travail d'historien consacré à la condition et aux débats autour des Juifs de Pologne dans les années 1918‑1939: 

Il y traite de manière détaillée :

- la place des minorités,

- l'antisémitisme d'État et populaire,

- les tensions économiques et politiques de la jeune IIe République.

 

Korzec s'appuie largement sur de nombreuses sources et documents, notamment les débats parlementaires,  les rencontres du bloc des minorités, des extraits de journaux et leurs échos jusqu'en France .

Un exemple : la ville de Wroclaw (Breslau), 740 ans d'histoire troublée :   Histoire de la communauté juive

La plus ancienne pierre tombale juive trouvée à Wroclaw (Breslau) remonte à 1203, indiquant qu’à cette époque Wroclaw abritait une communauté juive.

* ​En 1290, Wroclaw était la deuxième plus grande communauté juive d’Europe centrale et orientale, après Prague.

Les juifs de la ville travaillaient principalement comme prêteurs sur gage et commerçants ; une plus petite minorité pratiquait l’artisanat.

* Au XIVe siècle, toutefois, les Juifs de Wroclaw sont victimes de violences.

Après un pogrom en 1349, environ 5 familles survivent parmi les 70 d’origine. 41 juifs sont jugés et brûlés sur le bûcher en 1453 après avoir été accusés de profanation d’hostie.

La même année, la communauté juive est expulsée de la ville.

* Deux ans plus tard, la ville obtint le statut officiel d’intolérance.

* Jusqu’en 1744, il était interdit aux juifs de vivre à Wroclaw. Ils ne pouvaient s’y rendre que pendant les foires annuelles.​

* En 1741, la ville est annexée par la Prusse et, en 1744, Frédéric II autorise les Juifs à y reformer une communauté officielle.

La population juive augmente rapidement.

* En 1747, 532 Juifs vivaient à Wroclaw (1,1% de la population totale).

* En 1810, ce nombre avait grimpé à 3 255 (5,2%).

Wroclaw devient un centre important pour la Haskalah (les Lumières juives).

Les deux communautés – les orthodoxes et les libéraux – étaient actives dans la vie religieuse et culturelle des juifs de la ville et étaient dirigées par d’éminents rabbins et érudits.

* Le nombre de résidents juifs dans la ville était de 19 743 en 1900 et de 10 300 en 1939.

* En novembre 1938, les activités culturelles, sociales et éducatives de la communauté sont interdites et les synagogues et les écoles juives sont détruites pendant les pogroms de la Nuit de cristal.

​* À partir de septembre 1941, les juifs sont chassés de chez eux et leurs biens  entassés dans les maisons juives (Judenhaus).

Ils sont déportés quelques mois plus tard dans des camps de transit avant le convoi vers d’Auschwitz.

* Entre novembre 1941 et l’été 1944, les juifs de Basse-Silésie, y compris ceux de Wroclaw, sont déportés dans 11 convois.

Le premier conduit les juifs à Kaunas, où tout le transport est abattu.

Les convois ultérieurs envoient les Juifs dans les camps d’extermination de Sobibor et Belzec, ou à Terezin et Auschwitz. Certains juifs sont envoyés dans des camps de travail temporaires. En 1943, seuls les conjoints de mariages mixtes et certains enfants sont encore à Wroclaw.

Les 150 derniers juifs de la ville sont déportés à Gross-Rosen en janvier 1945, où ils sont tous tués.

* À partir de mai 1945, Wroclaw devient un centre de transit pour les survivants juifs revenant des camps de concentration de Silésie et de Pologne.

Les juifs des anciens territoires polonais annexés à l’Union soviétique pendant la guerre commencent à arriver dans la ville par vagues à partir de 1946, faisant de Wroclaw la plus grande communauté juive de Pologne.

* Bien que le nombre de Juifs à Wroclaw ait culminé à 17 747 en 1946, après le pogrom de Kielce en juillet de la même année, ce nombre diminue considérablement.

​

* Ainsi, au printemps 1947, environ 15 000 Juifs vivaient à Wroclaw.

La communauté juive d’après-guerre reconstruit une communauté religieuse, des écoles, des coopératives juives et un théâtre juif, ainsi que d’autres organisations et partis politiques.

* La population juive continue de chuter, principalement en raison de l’émigration.

* En 1960, il restait 3 800 Juifs dans la ville.

* La guerre des six jours et l’antisémitisme entraînent une augmentation sensible de l’émigration après 1967.

Dans ce sillage, l’école et le théâtre juif ferment leur portes.

​

* En 1974, il y avait 3 000 Juifs à Wroclaw.

Une renaissance juive a commencé à la fin des années 1980.

* En 2000, la ville a rouvert la société socio-culturelle juive et son école juive.

La synagogue dite des cigognes blanches, utilisée par les nazis comme atelier de réparation automobile et pour stocker des biens juifs volés, est consacrée à nouveau en 2010 après une restauration à grande échelle.

​

* En 2014, la communauté juive de Wroclaw comptait 350 membres inscrits, ce qui en fait la deuxième communauté juive organisée en Pologne après Varsovie.

Les vestiges de ce qui semble être une synagogue du 14e siècle semblent avoir été trouvés à Wroclaw en 2021. Une découverte effectuée lors de travaux de rénovation dans un immeuble à proximité de l’Historical Institute of the University of Wrocław, 49 Szewska Street.

Le choix de la Pologne au Moyen-Age

Au fur et à  mesure du déchainement antisémite en Europe occidentale, sous la bannière des rois et de l'Eglise catholique, des familles juives émigrèrent progressivement vers l'Est, en  Pologne et en Russie.

Les premières communautés attestées s'établirent à Gniezno, Przemysl, Plock, Kalisz et Cracovie entre le 11ème et 13ème siècle.

Une autonomie communautaire dans la République des deux Nations

Ce fut une période faste pour les communautés juives installées en Pologne. 

La République des Deux Nations, formée par l’Union de Lublin en 1569 et qui dura jusqu’aux partages de la Pologne à la fin du XVIIIᵉ siècle, fut, pour les Juifs, une période très ambivalente : 

-à la fois l’un des grands foyers de développement de la vie juive européenne

- et une époque marquée par de graves violences, surtout au XVIIᵉ siècle.

 Une situation relativement favorable au XVIᵉ et au début du XVIIᵉ siècle

La Pologne-Lituanie offrait aux Juifs des possibilités que beaucoup de régions d'Europe occidentale n'offraient plus.

Les rois et surtout les grands propriétaires terriens leur accordèrent des privilèges de résidence, de commerce et d'organisation communautaire.

En Lituanie, les fondements juridiques remontaient notamment aux privilèges accordés aux Juifs de Brest et de Grodno à la fin du XIVᵉ siècle.

La population juive augmenta considérablement.

Les Juifs vivaient dans les villes mais aussi dans de nombreux villages et domaines appartenant aux nobles.

Ils étaient commerçants, artisans, prêteurs, mais également administrateurs de domaines, fermiers, receveurs de taxes, distillateurs, aubergistes ou intermédiaires commerciaux.

On est cependant loin d'une société égalitaire : les Juifs restaient une minorité religieuse juridiquement distincte, soumise à des taxes particulières et dépendante des privilèges accordés par le roi ou par les seigneurs.

 Une extraordinaire autonomie communautaire

C'est probablement l'aspect le plus remarquable.

Chaque communauté juive, possédait ses propres institutions, le kahal  : administration, collecte des impôts, aide aux pauvres, écoles, synagogue, tribunaux et autorités rabbiniques.

Les communautés pouvaient même réglementer l'installation de nouveaux Juifs dans leur ville.

Et cette autonomie dépassait largement le niveau local.

À partir du XVIᵉ siècle se développa le Conseil des Quatre Pays (Va'ad Arba' Aratzot), qui représentait une grande partie des communautés juives de Pologne. Il pouvait prendre des décisions concernant la fiscalité, la justice, l'éducation et la vie religieuse, et ses représentants intervenaient auprès du gouvernement polonais pour défendre les intérêts juifs.

En Lituanie, les communautés créèrent en 1623 leur propre Conseil des communautés de Lituanie, avec notamment Pinsk, Brest et Grodno parmi les principales communautés représentées.

On pourrait donc dire que les Juifs constituaient une sorte de société organisée à l'intérieur de la société polono-lituanienne.

 Un immense essor culturel et religieux

C'est également à cette époque que la Pologne-Lituanie devint l'un des principaux centres intellectuels du judaïsme ashkénaze.

Les grandes villes comme Cracovie, Lublin, Poznań, Brest, Pinsk, Vilnius et Lviv possédaient des communautés importantes et des centres d'étude.

Les rabbins et les érudits produisirent une immense littérature talmudique et juridique.

Les yeshivot se développèrent et l'imprimerie hébraïque permit une diffusion beaucoup plus large des ouvrages religieux.

Le Conseil des Quatre Pays lui-même intervenait dans la réglementation des livres hébraïques et des écoles.

C'est pourquoi certains historiens parlent, avec prudence, d'un « âge d'or » du judaïsme polonais, particulièrement pour la période allant approximativement de 1500 à 1648.

 Mais cette prospérité avait ses limites

La situation pouvait varier énormément selon le lieu.

Un roi pouvait confirmer les privilèges des Juifs, tandis qu'une ville pouvait obtenir le droit de leur interdire le commerce ou même leur présence.

Les grands magnats, qui contrôlaient de vastes territoires privés, pouvaient eux aussi accorder aux Juifs des privilèges très importants.

Les Juifs étaient également confrontés à l'hostilité d'une partie du clergé catholique, à des accusations de crimes rituels, à des restrictions économiques et à des épisodes de violence.

Sous le règne de Sigismond III Vasa (1587-1632), l'influence de la Contre-Réforme (lutte contre le protestantisme) et des jésuites contribua notamment à détériorer la situation des minorités religieuses, même si l'autonomie des communautés juives resta très importante.

Fin de l'âge d'or et le début des déluges

        1648 : le grand traumatisme

Le tournant majeur est l'insurrection de Bohdan Khmelnytsky en 1648, dans les territoires ukrainiens de la République.

Les Juifs furent particulièrement vulnérables parce qu'une partie d'entre eux travaillait pour les nobles polonais comme fermiers, relevaient les taxes, administraient des domaines, étaient aubergistes ou intermédiaires. Lorsque les cosaques et les populations insurgées se retournèrent contre la domination polonaise et les structures sociales qui l'accompagnaient, les Juifs furent souvent considérés comme faisant partie de cet ordre.

Des milliers de Juifs furent massacrés en Ukraine et dans les régions voisines.

Certaines communautés furent complètement détruites ; d'autres furent décimées puis reconstruites.

C'est un événement fondamental dans la mémoire historique du judaïsme d'Europe orientale.

        Après 1648 : une communauté qui se reconstruit

Il ne faut toutefois pas conclure que la vie juive en Pologne-Lituanie disparaît après les massacres.

Elle se reconstitue progressivement. Certaines régions relativement épargnées, notamment certaines parties de la Lituanie, accueillirent des réfugiés.

La communauté juive continua à se développer et ses institutions restèrent très solides.

Au XVIIIᵉ siècle, la Pologne-Lituanie demeurait ainsi le cœur démographique et culturel du judaïsme ashkénaze.

Mais le contexte politique et économique se dégradait, tandis que les divisions internes de la République devenaient de plus en plus profondes.

 Alors, comment les Juifs eux-mêmes vivaient-ils cette République?

 Quatre mots qualifient la situation des juifs :

  autonomie —    prospérité —    vulnérabilité —    renaissance.

​

Ils n'étaient pas simplement des victimes vivant dans une société hostile.

Au contraire, pendant plusieurs générations, ils avaient construit des institutions extrêmement puissantes, une économie diversifiée, un système éducatif et religieux très développé et une véritable culture juive dans cette Europe orientale.

Cette autonomie reposait en grande partie sur des privilèges juridiques et la protection du roi ou des magnats.

Lorsque l'ordre politique et social était bouleversé, cette protection pouvait disparaître très rapidement.

C'est ce paradoxe qui rend l'histoire des Juifs de la République des Deux Nations particulièrement intéressante : la Pologne-Lituanie fut simultanément l'un des lieux où le judaïsme ashkénaze connut son plus grand épanouissement et le théâtre de certaines des catastrophes les plus importantes de son histoire avant la période moderne.

Renouveau de la vie et de la pensée juive au 17 et 18ème siècle

 La Pologne-Lituanie est alors le cœur démographique du judaïsme mondial : plusieurs centaines de milliers de Juifs, et une autonomie communautaire forte (le Va'ad Arba Aratsot, « Conseil des Quatre Pays », qui gère fiscalité et justice interne).

C'est dans ce terreau que naissent, entre crise et effervescence mystique, les grands courants qui vont remodeler le judaïsme.

Un contexte de catastrophes et d'attente messianique

Les massacres de 1648-1649 (révolte de Khmelnytsky), les guerres du milieu du XVIIe siècle et le déclin de l'autonomie juive créent un traumatisme profond.

Beaucoup y voient les « douleurs de l'enfantement » du Messie.

La Kabbale d’Isaac Luria s'était largement diffusée, enseignant que l'exil appelle une réparation (tikkun). C’ était  un terrain parfait pour une explosion messianique.

* Le sabbataïsme et le frankisme

           + Sabbataï Tsevi (1665-1666) : Une immense vague messianique suit l'annonce de ce messie ottoman. Elle gagne toute la Pologne juive. Après sa conversion à l'islam, la crise laisse des traces durables : certains continuent à y croire clandestinement.

          + Jacob Frank (1726-1791) : ce sabbataïste polonais radicalise le mouvement, se proclame réincarnation du Messie, puis se convertit au catholicisme avec une partie de ses fidèles. Le frankisme marque la fin chaotique de cette fièvre messianique — et alimente les accusations contre les Juifs.

* Le hassidisme : le grand renouveau spirituel

C'est la réponse la plus féconde.

Fondé par Israël Ben Éliézer, le Baal Shem Tov (1700-1760), il propose un judaïsme de la joie, de la ferveur simple, accessible à tous, y compris au pauvre et à l'ignorant, plutôt qu'un élitisme du savoir talmudique. Dov Baer de Mezeritch (le « Grand Maggid », mort en 1772) structure le mouvement en réseau de maîtres.

Ses disciples se perpétuent en dynasties hassidiques : Karlin, Loubavitch (Schneour Zalman, Bratslav (Nahman de Bratslav), etc.

Ce mouvement innove en plaçant au centre

- la figure du tsaddik (juste, intermédiaire spirituel),

- la prière chantée avec ferveur,

- la valorisation de l'intention  sur la seule érudition.

Par la prédication orale et l'exemple,  ce mouvement aura un immense succès en Ukraine, Galicie, Podolie — c'est-à-dire la Pologne orientale.

* La réaction des mitnagdim ,  les« opposants »

L'opposition rabbinique au hassidisme se cristallise autour du Gaon de Vilna (Elijah ben Salomon, dit le Vilna Gaon, 1720-1797).

Défenseur intransigeant du Talmud et de la halakha (l’ensemble des prescriptions, coutumes et traditions de la Loi Juive), hostile à ce qu'il voit comme un mépris de l'étude et des dérives sectaires, il lance en 1772 une excommunication contre les hassidim.

Les mitnagdim  défendent un judaïsme intellectualiste, centré sur l'école (yeshiva).

Cette fracture a traversé tout le judaïsme ashkénaze.

Le judaïsme ashkénaze est ainsi devenu pluriel: hassidim, mitnagdim, sabbataïstes résiduels, pré-Lumières.

La spiritualité  est intériorisée (kabbale popularisée, joie, prière) face à la rationalisation talmudique.

Le hassidisme devient le mode dominant du judaïsme en Europe orientale pour les siècles suivants : il marquera une forme de résilience après le traumatisme des massacres.

C’est la naissance d'une tension structurante (piété fervente versus érudition; tradition versus modernité rationnelle) encore vivante dans le monde juif contemporain.

 

Le XVIIe siècle polonais est devenu celui de la crise messianique, le XVIIIe celui de la réponse spirituelle populaire (hassidisme), et de sa reprise en main rabbinique (Gaon de Vilna) et de l'ouverture naissante vers les Lumières.

L'aube de la Haskala et le retour à la raison

Dans le même temps, des courants rationalistes préparent le terrain.  

Le passage du commentaire talmudique à la philosophie de Kant, annonce la Haskala (Lumières juives), qui triomphera surtout en Allemagne avec Moses Mendelssohn.

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La Haskala et les Lumières : entre Berlin et Paris

La Haskala (השכלה), littéralement « éducation », « raisonnement », désigne le mouvement juif des Lumières, né en Allemagne dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et profondément lié au grand courant de "l'Aufklärung" allemande et des "Lumières" françaises.

Elle ne se réduit pas à une simple importation : elle adapte le message universaliste des Lumières aux réalités d'un judaïsme encore largement communautaire, et pose la question centrale du rapport entre raison, citoyenneté et fidélité à la tradition.

I. Le foyer allemand : Mendelssohn et l'Aufklärung

Le point de départ est Berlin. Moïse Mendelssohn (1729-1786), figure charnière, incarne le lien direct avec les Lumières allemandes : mettant en scène une figure de juif éclairé et vertueux , plaidoyer pour la tolérance religieuse.

Moise Mendelsohnl défend la liberté de conscience et théorise la séparation entre religion et État, en dialogue avec la philosophie des Lumières.  Il incarne le projet d'une double fidélité : rester juif pratiquant tout en s'ouvrant à la culture allemande et à la raison universelle.

Autour de lui se forme un réseau de maskilim (partisans de la Haskala).

Le "modèle allemand" est donc surtout culturel et linguistique : ouverture à la langue du pays, à la littérature, à la philosophie, sans rupture frontale avec la religion.

II. Le foyer français : émancipation et « régénération »

Les Lumières françaises jouent un rôle matriciel : Montesquieu (Lettres persanes, De l'esprit des lois) et Voltaire imposent la tolérance religieuse comme thème central, même si ce dernier est  violemment antijuif, ce qui force les « maskilim » (les adhérents à la Haskala) à une position ambivalente.

En France, la Haskala prend une coloration plus politique et juridique, portée par la Révolution : en 1789, l'abbé Henri Grégoire publie son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs, plaidoyer pour leur intégration pleine et entière.

La Déclaration des droits de l'homme (1789) puis le décret d'émancipation du 27 septembre 1791 accordent la citoyenneté aux Juifs de France, premier épisode majeur d'émancipation en Europe.

L'idée dominante n'est pas la réforme de l'étude juive comme à Berlin, mais la « régénération » : faire du Juif un citoyen comme les autres, en déplaçant l'identité du registre communautaire vers le registre national.

Cette approche entre parfois en tension avec la vision de Mendelssohn, pour qui l'émancipation pouvait coexister avec le maintien d'une identité juive distincte. ​

Enjeux et  tensions se manifestaznt dans le monde juif entre des notions et postures clivantes :

- Universel versus Particulier : les Lumières prônent une raison valable pour tous ; la Haskala doit décider ce qu'elle conserve de la singularité juive.

- Ouverture versus Assimilation : l'ouverture culturelle allemande et l'émancipation française posent la question du prix identitaire de l'intégration.

 

La Haskala et les Lumières : diffusion des idées en Europe de l'Est

Les idées des Lumières, formulées à Paris et Berlin, se transformeront en un processus proprement est-européen, via la Galicie puis la Russie, où la Haskala deviendra à la fois mouvement d'éducation, science critique du judaïsme et creuset de la modernité juive. 

Diffusion vers l'Est : la Galicie, premier foyer

Vers 1772, les partages de la Pologne font basculer de vastes populations juives sous souveraineté autrichienne et russe. La Galicie (Lemberg/Lviv) devient le premier relais oriental : Joseph II (Autriche) impose en 1781-1782 des réformes d'éducation et de germanisation qui, paradoxalement, ouvrent la voie à une Haskala autrichienne.

Se développe en Galicie une science du judaïsme (Wissenschaft des Judentums) : histoire critique, philologie, étude rationnelle des textes.

Dans l’Empire russe

La Haskala russe se déploie lentement, freinée par l'existence des zones de résidence et la méfiance du pouvoir russe.

Vilna devient la « Jérusalem de Lituanie » : centre du musar (mouvement spirituel, pratique axée sur le développement éthique et le raffinement diu caractère personnel) mais aussi de l'édition hébraïque moderne. 

Odessa incarne la Haskala la plus radicale : figures comme Mordecai Aaron Guinzburg, plus tard Mendele Moïkher Sforim (Mendele l'écrivain), dont l'œuvre en yiddish et en hébreu fonde la littérature juive moderne.

 Ces mouvements bénéficieront des outils modernes de diffusion

- L'imprimerie hébraïque (Vilna, Slavuta, Jitomir) diffuse les textes.

- Les écoles modernes (Heder réformé, écoles d'État, lycées) introduisent le russe, l'allemand, les mathématiques.

- La presse : Ha-Maggid (1856), Ha-Melits, Ha-Karmel — premières revues hébraïques à large diffusion orientale.

- Les réseaux de maskilim se déplacent entre Berlin, Vienne, Brody, Vilna et Odessa.

 

La diffusion n'est jamais linéaire : elle heurte de plein fouet le hassidisme (autour du Baal Shem Tov), qui valorise la piété mystique et populaire contre le rationalisme.

Le Mitnaged (élite rabbinique lituanienne) attaque lui aussi les maskilim.

Cette triple opposition — hassidim / mitnagedim / maskilim — structure tout le XIXe siècle est-européen et débouche sur les grands mouvements nationaux juifs (sionisme, socialisme juif, autonomisme).

La communauté juive face à l'insurrection polonaise de 1830

Une adhésion très minoritaire

La communauté juive de Pologne (le plus grand foyer juif du monde à l'époque) était majoritairement "réticente, voire hostile", au soulèvement.

Plusieurs raisons :

- Le souvenir des massacres de 1648-1655 et de l'époque de Bohdan Khmelnytsky avait ancré une méfiance envers les révoltes populaires paysannes.

- Beaucoup de Juifs étaient économiquement liés à l'administration russe (percepteurs de taxes, aubergistes, intermédiaires des nobles), donc menacés par la déstabilisation.

- La Russie était perçue comme un pouvoir relativement protecteur sous Nicolas Ier, tandis que l'aristocratie polonaise n'avait rien fait pour améliorer le statut juridique des Juifs.

Quelques Juifs, surtout assimilés ou de la petite bourgeoisie éclairée de Varsovie, ont pourtant rejoint la cause nationale : le rabbin Ber Meisels a appelé à soutenir l'insurrection, et des Juifs ont participé à la garde nationale.

Mais l'attitude dominante était l'attentisme, quand ce n'était pas l'opposition. Les autorités polonaises, de leur côté, se méfiaient et excluaient largement les Juifs de la citoyenneté promise.

La communauté juive face à l'insurrection polonaise (1863-1864)

Un ralliement beaucoup plus net

Le contexte a changé :

- Les réformes d'Alexandre II (émancipation partielle, débuts d'intégration) avaient éveillé des espoirs déçus.

- Une génération de Juifs polonais plus polonisés s'était formée, notamment sous l'influence des idées de l'Haskala (Lumières juives) et du patriotisme libéral.

- Le slogan « Za naszą wolność i waszą » (« Pour notre liberté et la vôtre ») a fait des Juifs des alliés de la cause polonaise.

Résultat : une participation juive nettement plus visible dans l'insurrection de Janvier, dans l'administration clandestine, les finances, l'approvisionnement, et même les combats (des centaines de Juifs combattants, dont certains morts au champ d'honneur). Le rabbin Dov Ber Meisels de Varsovie a de nouveau soutenu le mouvement, et l'Union de Lublin (1861) puis certains milieux juifs réformateurs ont publiquement pris parti.

Mais cette adhésion restait ambivalente : la paysannerie juive traditionnelle et une partie du rabbinat orthodoxe demeuraient méfiants, craignant à la fois la répression tsariste et l'antisémitisme latent des insurgés.

La vie politique juive au 20ème siècle

Le monde juif entre dans une forme de modernité « ambivalente»

Elle s’ouvre à l’intégration et à l’épanouissement culturel.

En même temps se créent de nouvelles fractures au sein du monde, juif :

- assimilation ou fidélité à la tradition religieuse et

- un antisémitisme moderne quiuculminera au 20ème siècle dans tous les domaines de la vie sociale et politique.

- Le sujet juif moderne tend à s'affirmer comme individu autonome, hors de la tutelle communautaire.

- Le pluralisme  dans le monde juif conduit à un judaïsme éclaté en courants concurrents et en identités nationales (yiddishistes, hébraïstes, assimilationnistes).

- La « question juive » devient une question politique — antisémitisme moderne, émancipation, nationalisme.

- Une science du judaïsme émerge (Wissenschaft des Judentums)  qui tend à historiciser et étudier le judaïsme avec les outils universitaires modernes.

​-La littérature yiddish moderne se développe (Mendele Moykher Sforim, Sholem Aleichem, I. L. Peretz) : c'est par la langue du peuple, non par l'hébreu des maskilim, que la modernité entre dans les foyers.

- Chemin de fer, presse yiddish, alphabétisation donnent naissance à un espace public juif populaire (presse, théâtre, chansons).

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Plutôt que l'idéologie des Lumières, ce sont des dynamiques socio‑économiques qui transformeront la population juive d'Europe de l'Est par une urbanisation et une prolétarisation progressive :

- les shtetls tendent à diminuer et

- une partie de leur, population gagne les grandes villes où se développent des centres industriels. - une grande partie de l'artisanat est ruiné.

Pourtant le hassidisme va rester vivace. Il a été un mouvement populaire de masse face à une élite rabbinique lettrée. Il n'est pas « anti-moderne » au sens de fermé au monde ; il constitue une forme d'adaptation populaire, avec communication de masse (récits, chants, pèlerinages, imprimerie), qui capte l'énergie d'une partie des masses précisément là où la Haskala échoue.

Les mitnaggedim (le Gaon de Vilna) répondent sur le même terrain : mobiliser les foules.

 

L'histoire juive est-européenne de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle n'est pas celle d'une élite éclairée (par, les courants religieux ou les philosophes de la Haskala) éduquant une masse passive. C'est celle d'une rencontre conflictuelle entre cette avant-garde lettrée, un État autoritaire et des populations qui se modernisent par l'économie, la langue populaire et la politique de masse.

Les élites; masksilim, rabbins, intellectuels, lancent les idées ; mais le Bund, la presse yiddish et le folkisme montrent que les larges masses juives d'Europe de l'Est se les sont réappropriées, écrivant leur modernité juive dans leur langue, leurs luttes et leurs partis.

 

Comment était représentée la communauté juive ?

 On distinguera trois niveaux :

- la représentation interne (la communauté se gouvernant elle-même),

- la représentation officielle reconnue par l'État, et

- la représentation politique au sens moderne (partis, députés, groupes parlementaires).

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 Avant "l'émancipation", la communauté juive pré-moderne n'était pas « représentée » dans la société politique. Elle formait un corps séparé, doté de ses propres institutions :

- Le kahal (kehila) : administration locale autonome, percevant les impôts, gérant la synagogue, l'école, le tribunal rabbinique et l'assistance.

- Le Va'ad Arba Artsot (Conseil des Quatre Pays) en Pologne-Lituanie : véritable parlement juif supra-régional, jusqu'à sa dissolution par la Diète en 1764.

- Le shtadlan : intercesseur officieux auprès des princes et des cours — représentation « diplomatique » sans mandat élu.

 Ce système se délite au XIXᵉ siècle : la Russie abolit le kahal, tout en créant des rabbins d'État nommés par le pouvoir.

 

Au XIXᵉ siècle : 

 Dans l'Empire russe, l'Autriche-Hongrie, la Roumanie, où vivent la grande majorité des Juifs : presque aucune représentation officielle. 

La communauté reste privée, et l'accès à la fonction publique ou aux conseils municipaux est limité.

La représentation se fait par pétitions, délégations ad hoc et shtadlanim - d'où le sentiment d'un vide politique que va combler la politique juive moderne.

 

 Fin XIXᵉ – 1905 : naissance de la représentation politique moderne

*  Le Sionisme  naît: Congrès de Bâle (1897), Organisation sioniste mondiale — projet d'une représentation nationale ailleurs qu'en diaspora.

*  Le Bund  émerge (1897) : représentation ouvrière, la classe ouvrière prime sur la nation.

* Les Folkistes (Folkspartei, 1906, autour de Simon Dubnow) revendique une autonomie nationale-culturelle dans la diaspora, avec des institutions juives élues.

*  L'Agoudat Israël (1912) représentera les courants de l'orthodoxie religieuse.

 Le tournant est la révolution russe de 1905.

Ces courants se traduiront en sièges :

- à la Douma russe, un groupe de députés juifs (Vinaver, Levin, Syrkin…) émerge dès 1906.

- En Autriche-Hongrie et en Allemagne, des Juifs siègent aussi, le plus souvent dans les partis généraux.

 

 L'entre-deux-guerres : l'âge d'or de la représentation

C'est la période la plus riche :

- Traités des minorités (Versailles, 1919) : les Juifs sont reconnus comme minorité nationale dans plusieurs États (Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie). Le Comité des délégations juives (Paris, 1919, autour de Leo Motzkin) négocie des garanties : une diplomatie juive collective inédite.

- Pologne : le Koło Żydowskie (Cercle juif) au Sejm ( chambre basse du Parlement Polonais) regroupe les députés juifs ; les députés s'expriment en yiddish et en hébreu.

 

Des "Communautés religieuses' élues (gminy żydowskie) : véritables scrutins locaux, âprement disputés entre Bund, orthodoxes, sionistes et folhistes.

 

Le Congrès juif mondial fondé en 1936 à Genève.

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 La représentation politique se déplacera du kahal autonome, au consistoire religieux, puis aux partis et groupes parlementaires (Bund, folhistes, sionistes, Koło)  et aux organisations de défense d'un état sioniste.

Le point clé : cette représentation a été tardive, minoritaire et toujours contestée : les Juifs n'étaient jamais un bloc univoque, mais un espace politique traversé de clivages religieux, nationaux et de classe.

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L'engagement des partis juifs en Pologne après 1920

Après la reconstitution de l'État polonais (1918-1921) et l'instauration d'un régime parlementaire avec scrutin proportionnel, la communauté juive - plus de 3 millions de personnes, la plus grande d'Europe - devient un acteur politique à part entière.

Elle s'organise en partis multiples, souvent sur des listes séparées (« listes minoritaires »), ce qui lui donne une visibilité électorale réelle.

 

Le paysage politique juif

Le Bund (Bund général juif ouvrier)

Socialiste, anti-sioniste, défenseur d'une autonomie nationale-culturelle juive en Pologne et du yiddish comme langue nationale.

Base : ouvriers de Varsovie, Łódź, Białystok, Vilnius.

Force montante dans les années 1930 : il remporte les élections aux conseils communautaires (kehilot), notamment à Varsovie en 1936.

Coopère parfois avec le PPS (socialistes polonais), mais se distingue nettement des communistes.

 Les sionistes (plusieurs courants)

Sionistes généraux (centre) : autour de Yitzhak Gruenbaum, qui fédère la représentation juive au Sejm.

Mizrachi : sionisme religieux.

Poale Zion (gauche) et Hitachdut : sionisme socialiste.

Révisionnistes (droite, autour de Jabotinsky) : aile droite du mouvement.

Le sionisme domine politiquement la représentation juive dans les années 1920.

 Agoudat Israël

Parti orthodoxe et anti-sioniste, représentant les milieux haredim.

Très structuré, il s'oppose à la fois aux sionistes et à la gauche laïque.

Sa force s'accroît dans les années 1930.

 La Folkspartei (folkistes)

Parti autonomiste issu des idées de Simon Doubnov : nation juive diasporique, autonomie culturelle, yiddish.

Ni sioniste, ni socialiste, ni orthodoxe ; importance surtout dans les années 1910-1920, puis déclin.

Figure marquante : Noach Pryłucki.

 Les communistes

Le KPP (Parti communiste polonais), illégal, compte de nombreux militants juifs, mais il rejette l'identité nationale juive et n'a pas de représentation légale.

 

 La représentation parlementaire

 1922 : apogée — environ 35 députés et 12 sénateurs juifs, fédérés dans le Bloc des minorités nationales (avec Ukrainiens, Allemands, etc.).

 

1928 : environ 27 députés, mais le bloc minoritaire se fragmente.

 

 1930 et après : recul continu sous le régime autoritaire de la Sanacja ; en 1938, la représentation juive s'effondre à quelques sièges.

 

Les députés juifs défendent

- l'égalité civique,

- l'autonomie culturelle et

- luttent contre les discriminations et l'antisémitisme d'État.

 Les conseils communautaires (kehilot) : 

En parallèle du Sejm, les élections aux communautés juives locales sont un enjeu majeur (budget, écoles, cimetières, rabbinat). Le Bund y devient dominant dans les grandes villes ouvrières dans les années 1930 — signe d'une politisation des masses, et non des seules élites.

En résumé:

La politique juive polonaise après 1920 combine des partis de masse (Bund), des mouvements nationaux (sionistes), des structures religieuses (Agoudat) et des courants autonomistes (folkistes).

Cette vitalité s'exprime au Parlement, dans les municipalités et dans les institutions communautaires  jusqu'à l'effondrement de l'entre-deux-guerres sous les coups de l'antisémitisme, de la crise et enfin de la Shoah.

La seconde République polonaise

La question juive dans la Deuxième République

Les Juifs sont une minorité nationale, mais ils sont répartis dans presque toute la Pologne.

Ils sont particulièrement nombreux dans les villes et petites villes.

En 1921, la Pologne compte environ 2,8 millions de Juifs, soit autour de 11 % de la population.

Et en 1931, la Pologne possède la deuxième plus importante population juive du monde, avec environ 3,1 millions.

Mais contrairement aux Ukrainiens et aux Biélorusses (autres minorités reconnues), les Juifs ne revendiquent pas tous un territoire particulier où créer leur propre État.

La question devient donc :

Comment construire une nation polonaise dans laquelle vivent des millions de citoyens qui ont leur propre religion, leur propre culture et souvent leur propre langue ?

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Les Juifs de Pologne sont devenus, en principe, des citoyens polonais à part entière.

La Constitution de mars 1921 proclame l'égalité des citoyens indépendamment de leur religion, langue ou nationalité.

La Pologne avait également accepté en 1919 un traité international relatif aux minorités sous l'égide de la Société des Nations.  

Donc juridiquement : Un Juif n’est plus citoyen de seconde catégorie.

Un Juif polonais peut : posséder une maison ; exercer une profession ; voter ; être élu ; créer des associations ; avoir des écoles ; pratiquer sa religion ; publier des journaux ; créer des partis politiques....

Et c'est effectivement ce qui fait de la Pologne de l'entre-deux-guerres un centre exceptionnel de la vie juive européenne.

Mais la réalité quotidienne est beaucoup plus complexe.

 

Le grand paradoxe : égalité juridique, discrimination réelle

C'est probablement la distinction qu'il faut garder en tête. Il y a une différence entre : les droits inscrits dans la loi et la manière dont ces droits sont effectivement appliqués.

La politique polonaise devient progressivement plus nationaliste.

Dans les territoires orientaux, l'État cherche, notamment, à favoriser la 'polonisation' : administration, école, propriété foncière et implantation de populations polonaises.

Pour accéder  à certains métiers, maitriser le polonais est exigé, ce qui en limite l'accès de ceux ne parlant que le Yiddish!

Pour les Juifs, la situation est différente de celle des Ukrainiens ou des Biélorusses : ils ne sont pas principalement considérés comme une population territoriale qu'il faudrait "poloniser".

Ils constituent plutôt une minorité nationale dispersée, essentiellement urbaine et semi-urbaine.

Et cela produit une situation très particulière. 

Mais  les années 1920 sont différentes des années 1930

Les années 1920

Il existe une vie juive extrêmement dynamique.

On trouve : écoles juives ; yeshivot ; synagogues ; associations ; mouvements sionistes ; Bund ; partis religieux ; presse yiddish ; organisations professionnelles ; réseaux commerciaux.

Les Juifs peuvent même être représentés politiquement au Parlement.

Mais les premières années de la République sont aussi marquées par des violences anti-juives et des pogroms, notamment dans le contexte violent des guerres et conflits de 1918-1921. 

Puis la situation se stabilise relativement.

Les années 1930

Le climat se détériore nettement.

L'antisémitisme politique se développe, particulièrement dans les milieux nationalistes.

On voit apparaître : boycotts économiques, notamment des commerces juifs ; violences contre des commerçants juifs ; discriminations universitaires ; pressions pour limiter la présence juive dans certaines professions ; propagande antisémite ; puis, à la fin des années 1930, des mesures explicitement discriminatoires.

Le débat sur l'interdiction du travail le dimanche va polluer la vie commerciale et industrielle.

Les activités juives cessent en général le shabbat, mais imposer  la fermeture le dimanche signifie deux jours de fermeture consécutive et c'est problématique pour les commerçants et industriels juifs.

Le cas des universités est très révélateur.

Dans les années 1920, on tente d'imposer un numerus clausus limitant la proportion d'étudiants juifs. Le projet n'est pas adopté sous sa forme initiale, mais des pratiques discriminatoires apparaissent ensuite.

Dans les années 1930, les « bancs-ghettos » imposent aux étudiants juifs de s'asseoir séparément dans certaines universités.

A la fin des années 1930, la pression économique et sociale devient beaucoup plus forte.

La shoah

La Pologne a été le théâtre de l'impensable.

Si la Pologne , dans son ensemble a souffert, le sort de la population juive et son extermination à 90% fut la résultante de l'a terreur nazie mais également  d'une "indifférence" pour ne pas dire "approbation" de la masse des polonais non juifs (c'est vrai pour les ukrainiens, les biélorusses ou les lettons).

Bien sûr, il y eut une minorité qui s'est impliquée dans la Résistance et le sauvetage des juifs.

Mais mon père a été marqué par le refus d'intégrer des juifs dans l'AK (Armia Krajowa- Armée de l''Intérieur) et au sein de la résistance communiste.

La tragédie étant connue, je ne la développe pas.

A lire
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Dans "Le long retour" (The Long Road Home, 2010), Ben Shephard, historien britannique traite de l'immense chaos humain qui a suivi la fin de la 2eme Guerre Mondiale entre 1945 et les années1950.

Le sujet central

À la fin du conflit, des millions de personnes se retrouvent loin de chez elles : prisonniers de guerre, travailleurs forcés, déportés, survivants des camps, réfugiés fuyant l'avancée soviétique. Shephard décrit comment les Alliés — via l'UNRRA puis l'OIR — ont dû gérer ce que l'on a appelé les « personnes déplacées » (DP).​

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Les idées principales

- La libération n'est pas une fin heureuse : pour beaucoup, elle marque le début d'une attente interminable, d'incertitudes et de nouvelles souffrances.

- Le rapatriement, priorité affichée des Alliés, se heurte à des réalités politiques et morales : de nombreux rescapés juifs ou d'Europe de l'Est refusent de rentrer dans des pays où ils n'ont plus rien, ni foyer ni sécurité.

- Shephard montre le décalage entre les intentions humanitaires et la bureaucratie souvent dépassée, mal préparée ou insensible.

- Il suit aussi la naissance de l'État d'Israël et l'émigration massive qui en découle, ainsi que l'installation de nouveaux réfugiés (comme les Volksdeutsche chassés d'Europe de l'Est).

La thèse de l'auteur

La période d'après-guerre, longtemps négligée, est essentielle : c'est là que se dessinent les grandes questions modernes de l'humanitaire, des réfugiés et des migrations forcées. Le livre mêle histoire globale et destins individuels pour rendre ce chaos tangible.

 

Ben Shephard consacre une large part de son récit au sort particulier des Juifs rescapés, qu'il distingue nettement du reste des « personnes déplacées » (DP). 

Un drame invisible au départ

À la libération (1945), les Alliés classaient les survivants par nationalité, non par religion.

Les Juifs se retrouvèrent donc souvent mêlés à des DP d'Europe de l'Est… parmi lesquels d'anciens collaborateurs ou même des gardiens de camps.

Beaucoup ne se déclaraient pas juifs par peur de l'antisémitisme encore vivace.

Leur situation resta longtemps ignorée.

Le rapport Harrison (août 1945)

Envoyé par Truman pour enquêter, Earl G. Harrison dressa un constat accablant : les Juifs étaient traités « comme des êtres humains, mais pas comme des Juifs », isolés dans des conditions déplorables. Ce rapport força les Alliés à créer des camps séparés, souvent gérés par les organisations juives elles-mêmes.

Le désir de Palestine

La majorité des survivants voulaient partir, et surtout rejoindre la Palestine. Or le Livre blanc britannique de 1939 limitait strictement l'immigration juive. Shephard raconte alors :

- la *Bricha, ce réseau clandestin qui fit sortir des dizaines de milliers de Juifs d'Europe de l'Est vers les ports de la Méditerranée ;

- l'*Aliyah Bet, l'immigration illégale, souvent stoppée par les Britanniques, notamment l'affaire de l'Exodus 1947, navire renvoyé de force en Allemagne avec ses 4 500 passagers.

La résurgence de l'antisémitisme

Le point de bascule est le pogrom de Kielce (Pologne, juillet 1946) : 42 Juifs tués par une foule, alors que la guerre était finie. Pour beaucoup de rescapés qui espéraient reconstruire leur vie en Pologne, ce fut le signal du départ définitif — une véritable fuite vers l'Ouest.

Le rôle des camps et des organisations

Les camps de DP en Allemagne et en Autriche (dont Bergen-Belsen reconverti) devinrent des lieux de reconstruction : écoles, synagogues, vie culturelle. Des organismes comme le Joint et la Haganah y organisèrent l'aide et la préparation au départ.

Le dénouement

L'accumulation de ces tensions, le sort des réfugiés et le contexte international pesèrent dans la décision de partager la Palestine (novembre 1947) et dans la création de l'État d'Israël (mai 1948), qui ouvrit enfin à la plupart des rescapés une terre d'accueil.

Nathalie Cau a fait des études théâtrales à l'Université de Nanterre, jusqu'au Doctorat.

Elle s'intéresse aux questions mémorielles, esthétiques et politiques.

Dans les camps de D.P., les juifs survivants ont besoin de renouer avec une intense vie culturelle et artistique.

Ils organisent leur "société" qui sera les derniers moments d'une expression culturelle yiddish foisonnante, en mémoire de celle "d'Avant".

Ces hommes et ces femmes rescapés dessinent les contours d'une communauté nouvelle qui aspire à une nouveau "foyer".

Nathalie Cau présente et analyse les représentations de ces "déplacés" juifs en s'appuyant sur des images de théâtre, fêtes religieuses, carnavals, évènements sportifs...

Elle s'appuie sur l'exemple du camp de DP juif de Belsen en zone britannique, puis sur ceux de divers camps en zone américaine, notamment autour de Munich.

Dans une deuxième partie, elle  d'taillera les différentes représentation de Pourim dans des camps différents et quelques manifestations sportives.

Un retour difficile

Pour les rescapés polonais de la Shoah, la fin de la guerre, si elle a signifié la fin des souffrances, n' a pas apporté de solutions immédiates à leur reconstruction.

La plupart d'entre eux a du attendre 4 ans dans des camps de "Deplaced people" avant qu'un avenir ne s'ouvre.

Majoritairement ils refusèrent de regagner la Pologne devenue, pour eux, un immense cimetière où l'antisémitisme affleurait et a fait près d'un millier de nouvelles victimes juives.

Les frontières de la plupart des pays restèrent fermées jusqu'en 1948.

Le seul espoir qui leur restait : créer un foyer qui leur serait propre.

Cet avenir gagna du terrain dans ces camps.

Le 29 novembre 1947 l"Assemblée Générale de l'ONU adopta la résolution 18 divisant la Palestine mandataire en deux états, un juif et un arabe.

Le 14 mai 1948, à la fin du mandat britannique, David Ben Gurion proclama la création de l'Etat d'Israel s'appuyant sur le résolution de l'ONU.

Une partie des rescapés de ma famille gagna Israel en 1949, quand d'autres gagnèrent l'Angleterre, le Canada ou l'Australie.

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