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La saga de la famille d'Abraham Szternis

Abraham et Maryem Szternis eurent six enfants en 17 ans, tous nés à Varsovie.

Mes souvenirs

C'est de loin la famille qui est la plus prolifique en descendance.

Une grande partie d'entre elle se détourna de sa judéité et s'assimila sans continuité avec ses origines.

Le traumatisme de la Shoah l'explique en partie.

 

Nous restâmes proches de ceux restés dans le giron "juif" qui cependant n'avait rien de religieux, mais poursuivait une transmission même si parfois elle paraissait ténue.

Ma Grand-Mère voyait assez souvent Anna, l'aînée des enfants d'Abraham, que nous appelions cousine Anjè.

Elle avait le don de nous pincer la joue avec deux doigts pour manifester son bonjour, quand nous étions petites. Je me revois reculer à ce geste!

Elle eut deux enfants: Ita et Ludovic.

Ma mère, ma soeur et moi, sommes restées en relation avec Ita sa fille. Ma soeur, ma petite nièce et moi, lui avions rendu visite à Nice quelques semaines avant sa mort.

Rose faisait aussi partie de notre univers familial ainsi que son mari  et sa fille Myriam.

Nous avions entendu parler de son frère Robert.

Myriam fut présente dans notre petite enfance. Elle était institutrice et fut la première à nous faire visiter le Louvre, à mon cousin William et moi. Elle fut aussi présente aux décès de mes parents.

 

Berthe s'est aussi imprimée dans ma mémoire. Elle devait venir à la maison, su temps de ma Grand-Mère. Je l'ai associée à la royauté carolingienne parce que ce prénom, peu commun, j'ai dû l'entendre au moment où j'étudiais Pépin le bref et sa légendaire épouse : Berthe au grand pied. 

 

Enfin, par le biais de ma Tante Marie, nous suivions les histoires et la fin de vie à Paris d'Alfred.

Le prénom de Lola nous était familier, sans forcément la connaître.

Mais je n'avais jamais entendu parler de Léon ni d'Abraham.

En décembre 1938,

au mariage de Marie Kronental,

(la fille de Itchè et Gutchè Kronental, à droite de la mariée),

une partie des Sternis s'y trouvait :

Anjé (en haute à droite) et ses enfants

Ita  (2ème à gauche  du 2ème rang) et Ludo (le très grand tout en haut), avec leur mari et femme respectifs;

ainsi que Berthe (à droite en haut)  et Lola (à gauche d'Ita).

Debout à droite, au dessous, ma  mère (12 ans).  Sous Ludo Samuel Epstein et sa fille Anna. A sa gauche Antoinette, la femme de Ludo

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En 1944,

à Nice

Myriam une amie et Anjè

Anna  Szternis/ Wald

Pour nous, elle sera toujours cousine "Anjè"!

De ses vrais prénoms, Chana-Ryfka est née à Varsovie le 14/04/1892; elle avait 9 ans de moins que ma Grand-Mère.

Elles ont dû se  connaître et se voir à Varsovie.

Elle est décédée le 26 octobre 1977 à Paris.

Elle se maria avec Icek Wald (1889-1924 à Paris), à Varsovie en 1914. Ils eurent deux enfants, tous deux nés en Pologne. 

Ita Wald 1915-1999 à Nice)

Ludovic Wald (1918- 2001).

Icek était horloger.

 

La famille émigra pour Paris en 1921.

Pour Ita, c'était l'âge d'aller à l'école de la République où elle fit ses études. Ludo suivra le même chemin trois ans plus tard.

Malheureusement Icek, qui était tuberculeux, décéda brutalement trois ans plus tard, laissant Chana/Anna veuve avec deux enfants à charge.

Femme énergique et courageuse, elle n'accepta pas de vivre aux crochets de son père. Elle fit des ménages pour subvenir à l'éducation de ses enfants, puis plus tard créa un petit artisanat de plumes pour orner les chapeaux.

 

A la fin de ses études, dans les années 1930, Ita trouva un emploi de secrétariat, Puis elle  prit des cours de couture, dans le cadre de l'ORT, pour devenir couturière. Cela lui servit, car pendant la guerre à Nice, elle travaillera dans la maison de tissus Rodier.

Ita Wald se maria en 1938 avec Michel Cognan, que j'ai connu, dans mon adolescence

Pendant l'occupation, Anna et sa fille Ita rejoignirent Abraham et Lola partis en cure à Amélie-les-bains, près de Perpignan, puis elles s'établirent à Nice.

Ludo, pendant ce temps là, s'était marié avec Marie-Antoinette Hebstein et ils eurent une fille Evelyne née en 1942.

Tuberculeux, Ludo dut, pendant la guerre, passer un an et demi dans un sanatorium puis vint s'installer avec sa famille à Cimiez, un quartier de Nice. La famille échappa aux rafles.

Dans l'après-guerre Ludo se lança dans le commerce de la joaillerie et associera sa soeur à son métier, quand elle reviendra en France. Après la guerre, elle partit vivre en Amérique du Sud.

Ita divorcera de Michel. Son oncle Alfred,, joailler établi en Argentine, la convia de venir s'y installer. Elle fut rejointe par sa mère.

Elles y restèrent plusieurs années, jusqu'au renversement du gouvernement de Juan Peron, en septembre 1955, avec qui, Alfred entretenait des relations professionnelles.

Il décida, par crainte de représailles, de partir pour le Chili.

Ita et Anna revinrent en France.

 

Ita deviendra, au côté de son frère, grossiste en joaillerie.

Je ne souviens de son bureau situé 197 rue du Temple près du métro Temple.

Pour y accéder, après les portes palières, il fallait pousser une porte à battants comme dans les westerns. Cela nous amusait beaucoup, ma soeur et moi.  Elle m'a offert, mon premier collier de perles!

Ita était née avec une malformation à un oeil.

Enfant, elle reçut un sévère coup de coude dans cet oeil, ce qui l'obligea à porter un oeil de verre.

C'était discret, mais impressionnant de près.

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A gauche:

le mariage de Michel et d'Ita en 1938.

 

A droite:

Ludo, Ita, Marie-Antoinette et Anna tenant sa petite fille, Evelyne,  dans les bras. 1942/43

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Anna

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Icek

Ita

Ludovic

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Lipa dit Léon Sternis

C'est le second de la fratrie: il est né le 11 décembre 1894 à Varsovie et mourra le 25 aout 1968 à Nice.

Son père le promettait à une carrière de joailler, comme lui.

 

Il décida donc de l'envoyer en France, pays réputé dans le domaine de la création de luxe. Il avait un "cousin" établi à Paris depuis quelques années.(personne ne sait l'identifier) Lipa partit le rejoindre pour apprendre l'art de sertir en avril 1914.

Le fameux cousin ne se montra pas à la hauteur et Lipa se trouva bien seul et démuni quand la guerre fut déclarée : impossible de rentrer à Varsovie!

Citoyen russe (Pologne sous domination russe jusqu'en 1919 et depuis 1815 pour Varsovie), il ne pouvait rejoindre l'armée française, alors il ne lui restait plus que de participer au remplacement des hommes partis au front  faire le travail des champs notamment.

Il fut envoyé en Indre et Loire, à Thilouze, commune rurale entourée de vignes et de grands prés.

Il devint  paysan-vigneron pendant trois ans, au service d'une certaine Mme Diot.

Son laborieux travail fut reconnu par tout le village. Sa patronne et protectrice lui fit connaitre les arcanes du catholicisme et il contracta de solides amitiés dans le village.

Il apprendra même à se perfectionner au violon et mandoline.

Devant les avances assidues de sa protectrice devenue veuve, beaucoup plus vieille que lui, il décida de retourner dans la capitale.

Revenu à Paris en 1917-18, il prit contact avec sa cousine Eva (ma Grand-mère) qui a dû l'héberger un temps et s'initia avec mon grand-père à la maroquinerie. 

 

C'est là qu'il rencontra celle qui devint sa femme, Fanny (Fajgla Scheindle) Koster . Ils se marièrent le 17 décembre 1918.

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Léon aimait donner l'aubade à sa famille: ici avec

Fanny et sa soeur Ida, et leurs parents,

eux aussi dans la maroquinerie, dans les années 1920.

Au mariage de Léon, l'une de ses témoins fut la femme de Léon Alter Chwast, le cousin de mon grand-père, Fanny Kresser, qui habitait comme mes grands-parents 7 rue St Claude.

Je pense que mes Grands-Parents ne purent se libérer, ma grand-mère avait accouché  d'un petit garçon à Epernon, en aout 1918.

 

Léon et Fanny eurent 8 enfants entre 1920 et 1942.

 

1- Le premier Simon Sternis (1920-1994) épousa Monique Marchandin (1923-1986) et eurent François Sternis comme enfant.

Circule dans la famille, un document qu'il a écrit sur l'histoire de la famille Sternis.

2- René  Sternis (1923-2003) épousa Jeanine Depperrois (1922-?).

Ils eurent 3 enfants:  Catherine, Annie et Emmanuel Sternis.

3- Pierre Sternis (1924-1984) se maria avec Thérèse Nello (1926-2020). Ils eurent 2 enfants : Michèle dite Mickaële et Hervé Sternis. 

Nous les avons rencontrés à la cousinade Sternis-Kronental en juillet 2023.

4- Gilbert Sternis (1927-2025) qui épousa Lucy Chancy (1928-2018). Ils eurent 3 filles : Claude Sternis, Marion Sternis et Anne.

Nous rencontrâmes Claude et Marion à la cousinade de 2023 qui eut lieu en Normandie à Canouville, dans la maison de Claude.

5- Jacqueline Sternis (1929) épousa Georges Olifer et ils partirent vivre aux USA. Ils eurent deux enfants:  Betty et Edward Olifer

6- Jean-Louis ,Sternis (1936-2022)

7- Marie-Thérèse Sternis (1938-2022) épousa Michel Sarre (1938-2012). Ils eurent 3 enfants: Isabelle, Philippe et Didier Sarre .

Nous avons rencontré ce dernier à la cousinade.

8- Françoise Sternis  (1942) épousa Pierre Nello (1936).

Ils eurent 2 enfants: Frédéric et Guillaume Nello.

Léon dans l'entre-deux guerres

 Ida, la soeur de Fanny a rassemblé et écrit ses mémoires.

En 1918, les allemands bombardaient Paris, avec ce qui resta dans l'histoire sous le nom de "Pariser Kanonen", des pièces d'artillerie à longue portée (130km).

Elles avaient comme fonction de terroriser la population parisienne, afin de faire pression sur le gouvernement français.

Les parisiens la surnommèrent la 'grosse Bertha".

Ils envoyèrent 367 obus par tirs espacés en mars, puis mai-juin, et enfin juillet  jusqu'en aout 1918, Plus de 250 personnes furent tuées et beaucoup de dégâts matériels.

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Voici les points d'impact de cette canonnade, en rouge sur la carte.

Pas étonnant  qu'Ida fut malade de peur  et ne pouvait plus sortir, même pour travailler. Le Docteur conseilla à sa famille de quitter Paris.  Léon les emmena tous à Thilouse, chez Mme Diot.

Ils trouvèrent du travail dans les environs, Ida comme dactylo et Fanny comme maroquinière.

Léon venait les visiter tous les dimanches.

La spoliation

Tous les juifs, français et étrangers ont été soumis à des lois discriminantes, ayant pour but de les évincer du système économique (et politique) par le gouvernement de Vichy.

La loi d'aryanisation du 22 juillet 1941 organisa une véritable procédure de "vol légal" sur tout le territoire.

Elle imposait un "placement sous administration provisoire"  de tous les biens appartenant aux personnes considérées comme juives (hormis leur résidence principale) pour une mise en vente au profit de l'Etat et pour les juifs étrangers souvent aux profit des allemands.

Le 29 mars 1941 sera crée le Commissariat Général aux Questions Juives.

C'est dans ce cadre que l'entreprise de Léon fut touchée.

Je suis allée, consulter son dossier de spoliation au Mémorial de la Shoah.Une soixante de pièces d'enquêtes sur les biens, d'échanges entre le préfet de Seine et Marne, l'administrateur provisoire nommé et le Commissariat Général aux Questions Juives 

Cela dura de 1941 à 1944. Une procédure administrative relativement longue, comme si "on"  laissait trainer l'affaire en longueur.

Le 28 aout 1941, Mr Monjaret est nommé administrateur de biens.

Un bilan de situation est établi le 11 aout 1941, sur la base du bilan d'activité du 23 mai 1940. Tout fut expertisé.

Son entreprise avait son siège, dans la maison, dont il était propriétaire.

Il est écrit qu'il n'a plus de contact avec le public et qu'il exerce, depuis le mois de juin 1941, la profession d'ouvrier agricole chez Mme Veuve Moricet à la Couinière à Artanne dans l'Indre et Loire.

Le souvenir et les contacts de Thilouse lui ont permis de mettre sa famille à l'abri.

La phrase : "Le propriétaire parait disposé à la liquidation de son entreprise", frôle l'humour noir!

La procédure de vente du stock et la liquidation de l'entreprise durera quasi deux ans.

On comprend, par la lettre manuscrite de Léon du 10 aout 1945, que l'administrateur de biens est resté en contact avec lui et a fait durer la procédure, volontairement en accord avec Léon.

Je ne connais pas la nature de leur "arrangement".

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Léon,

à Nice,

en plein travail

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Maison à la campagne

La "cousinade" de juillet 2023 à Canouville

Myriam en collaboration avec Claude Sternis a permis que les retrouvailles du clan Sternis, s'élargissent à notre branche les Kronental.

Nous y avons rencontré une partie des descendants de l'arrière,-arrière grand-père Yitsock Sternis qui n'avaient plus de mémoire de notre passé commun mais qui furent heureux de se retrouver si divers.

Claude qui est une femme de ressources a décidé avec son cousin Didier de réaliser des interviews de chacun qui permet de garder traces de ses échanges et a permis de nous mieux connaître.

Les familles rassemblées avaient pour patronyme : Sternis, Tamari, Wagner, Sarre, Czalczynski, Kronental.

Maison à la campagne
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Trois belles journées à  se connaître, à échanger nos histoires et nos cuisines.

Nos cousins Madeleine et Edgar se sont joints à nous une journée.

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Le fabuleux voyage d'Abraham

et ses filles

Abraham Sternis, le frère de mon arrière grand-mère, et donc l'oncle de ma Grand-Mère, était un joailler diamantaire

reconnu dans sa profession.

Je ne sais pas si c'était une tradition familiale

ou s'il a lui même innové en la matière.

 

Apparemment, il avait un caractère bien trempé et beaucoup d'assurance dans l'exercice de sa profession.

Son rayonnement ne se limitait pas à Varsovie, ni même à la Pologne, il avait multiplié les contacts internationaux et pas mal bourlingué avec ses pierres précieuses, d'est en ouest, notamment en orient.

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Il avait envoyé son fils Lipa en France, en 1914, pour se former et se mettre en quête du marché du luxe, en matière de bijoux.

Son commerce prospéra si bien que dans les années 1916-1917, il prospectait pour le tsar Nicola II. Il était l'un de ses courtiers pour l'achat d'une partie des bijoux de l'ancienne couronne de Perse, appartenant au Chah d'Iran.

Il partit en Crimée pour négocier et emmena sa femme et ses filles, à Odessa.

Rose, la mère de Myriam a quasi fait une année d'étude là-bas.

 

Mais l'Histoire et la Révolution russe de 1917 devait en décider autrement. L'armée rouge était aux portes de Varsovie et les armées de la contre-révolution s'organisaient.

L'armée rouge arriva à Odessa, certainement en 1918.

Simon, le fils aîné de Léon a raconté, pour sa famille, l'odyssée de son grand-père.

"Les bolchéviques sont arrivés. Très polis, très corrects. Ils n'ont brutalisé personne. Très poliment, très correctement, ils ont tout pris (les bijoux de la couronne). En donnant en échange, un très officiel "Reçu au nom du Gouvernement Provisoire."

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Mais Abraham, prévoyant, avait caché quelques bijoux qui lui permirent d'envisager l'avenir et notamment leur voyage vers l'Europe, en passant par la Chine et le Japon. Abraham connaissait le chemin vers l'Orient, il connaissait l'existence du Transsibérien, qui reliait Moscou à Vlasdivostok: plus de 9000 km desservant 990 gares.

Ce train avait été voulu par les tsars pour relier les confins de leur empire. Il fut achevé en octobre 1916.

 

La route jusqu'à Harbin, en Chine où ils arrivèrent n'était pas franchement directe, depuis Odessa. Ils ont dû trouver le moyen de rejoindre, certainement Samara, sur la ligne du Transsibérien.

Leur périple a du prendre plusieurs semaines.

Harbin était une destination connue de la communauté juive russe.

La fondation de la ville "moderne" date de 1898, lorsque le chemin de fer de l'Est chinois fut construit par les russes.

Après la guerre russo-japonaise de 1905, plus de 150 000 ressortissants de 33 pays s'y installèrent.

En 1918, pendant la guerre civile russe, l'armée blanche prit la ville qui devint un centre important de la communauté juive et russes blancs émigrés. Abraham devait penser protéger ainsi sa famille.

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Abraham, sa femme et ses trois filles, Berthe, Rose et Lola ont du partir d'Odessa (sur la carte de gauche près de Sebastopol), puis rejoindre, certainement, Samara afin de prendre le transsibérien qui les mena jusqu'à Harbin.

A droite, sont indiquées les dates de construction des divers tronçons ferroviaires. De Harbin, ils ont pu rejoindre  Sanghai pour se rendre au  Japon.

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Nous ne savons pas combien de temps, ils sont restés à Harbin, mais toujours est-il qu'ils arrivèrent à Marseille en 1920, d'apès Myriam qui me donna quelques détails de ce voyage.

De Shangaï, ils traversèrent la mer de Chine pour Osaka.

Abraham faisait, de longue date, un commerce de perles avec des japonais. Il avait donc des contacts.

Ils prirent, vraisemblablement le bateau dans la ville portuaire de Yokohama.

Quand on recherche quelle compagnie effectuait le trajet depuis le Japon, on tombe inévitablement sur les "Messageries Maritimes", fondées à Marseille dans le's années 1850, avec une double vocation : commerciale et postale.

L'ouverture du Canal de Suez en 1869, permirent aux navires d'effectuer le trajet Marseille- Shangaï - Yokohama, (dans les deux sens sans transbordement.

Je n'ai pas réussi à trouver sur quel navire la famille Sternis a pu embarquer, la guerre 14-18 ayant détruit ou endommagé une partie de la flotte et des archives. Ceux qui fonctionnaient, après guerre, ne retrouveront pas le luxe d'avant. 

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Les étapes du voyage vers l'ouest.  Abraham et sa petite  famille passèrent d'agréables moments à bord. On peut penser que pour Berthe, Rose et Lola se furent d'inoubliables instants.

Le sens de lecture du voyage :

du bas vers  le haut pour chacune des 4 colonnes (tronçons)

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Rose Sternis au cours d'une escale pendant ce long voyage entre 1919 et 1920.

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Une fois arrivée à Marseille, la famille Sternis, après ce long périple,  gagna Paris en 1920. Ils s'installèrent Boulevard Magenta, entre la Place de la République et la Gare de l'Est. L'été, pour reprendre des forces, ils partirent dans une station thermale à Wiesbaden, en Allemagne.

 

Ma mère ne nous a jamais parlé d'Abraham, nous ne devions pas vivre dans le même monde.

Je ne sais pas si ma famille le fréquentait.  Ma Grand-Mère était sa nièce.

 

Je n'ai pas d'information sur leur vie jusqu'en 1939, à l'exception de son intervention pour "aider" son, fils Aron/Alfred qui avait fait quelques bêtises et rencontrer ses petits enfants, dont il semblait fier.

Il perdit sa femme en juin 1931, elle avait 63 ans, et il vécut avec sa plus jeune fille Lola jusqu'à son décès.

 

Il se trouvait à Amélie-les-bains quand la guerre a éclaté.

Il y resta, ne revenant pas à Paris.

Il décéda à l'Hopital du Vernet de Perpignan, en mai 1943.

C'est sa fille Rose qui s'occupa de ses obsèques venant  de Saint Etienne de Vicq à une quinzaine de km au nord de Vichy, où sa famille passait la guerre.

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Aron/Alfred Sternis

Aron fut le deuxième garçon du couple Szternis, mais leur quatrième enfant. Il naquit en 1899 à Varsovie et mourut à Paris en 1981.

Il ne fut pas du fabuleux voyage de ses parents.

 

En 1917,, il dut faire l'école' des cadets dans l'armée tsariste.

Comment vécut-il la Révolution Russe et comment arriva-t-il à Paris, je ne le sais pas.

Mais à Paris, il suivit les traces de son père et devint un négociant reconnu en joaillerie.

Il se maria  avec Monique Birstenbinder (1907-2003) en 1926.

Ils eurent deux enfants,; Jean Sternis (1927- ? ) et Francine Sternis (1929-  ?  ).

Mais à la passion des belles pierres et de leur commerce s'ajouta un goût risqué du jeu, une réelle addiction, qui l'amena à un jeu plus que  dangereux que relatèrent plusieurs journaux, comme "l'Oeuvre" le 20 juin 1930:

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Alfred et Monique 1926

Bateau sur l'eau

" Chargé de la négociation de pierres précieuses et de bijoux montés par divers négociants du quartier du Faubourg Montmartre, un courtier Alfred Sternis, 35 ans, 58 rue de la roquette, s'enfuit avec sept bagues ornées de brillants, un collier de perles fines et un bracelet platine et brillants qui lui avaient été confiés. La valeur de ces divers bijoux est estimée à plus de 600 000 francs et les inspecteurs de la brigade spéciale ont été chargés de rechercher l'indélicat courtier."

Des plaintes seront déposées par une quinzaine de commerçants pour un préjudice estimé d'un million de francs. Il était recherché par la police et des malfrats qui lui avaient prêtés de quoi rembourser ses dettes de jeu.

Il prit donc la tangente pour l'Argentine, histoire de s'éloigner du danger. Son père, meurtri, remboursa les emprunts indélicats.

Il ne voulait que ses propres affaires souffrent de l'indélicatesse de son fils.

Cela n'a pas empêché la condamnation d'Alfred assortie d'une interdiction de territoire de 20 ans.

Bateau sur l'eau

Jean, bien évidemment n'a pas beaucoup de souvenirs de son père. Il eut beaucoup de mal à lui pardonner la rupture de l'univers familial. 

Dans une lettre à l'un de ses cousins, il s'est remémoré  son unique voyage en Argentine pour rejoindre son père : 

"Je me souviens, par exemple, des marins du bateau de Buenos Aires, avec leurs costumes tout blanc; c'était à l'aller et au retour en 1932 et j'étais leur mascotte. Ils m'ont photographié et montré la salle des machines, plusieurs fois.

Mes parents habitaient près d'un immeuble blanc sur lequel flottait le drapeau aux barres bleues et blanches avec le soleil jaune.

Il devait y avoir un passage à niveau avec des trains rouges sombres et une plate-forme d'observation." et il ajoutait : "Je savais qu'il avait été condamné par défaut mais il ne me paraissait être un grand bandit pour autant!"

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Alfred a retrouvé sa notoriété en Argentine.

Il opéra des transactions pour Eva Peron. Mais la chute du régime en 1955 l'incita à quitter le pays et à refaire sa vie, à nouveau, au Chili. 

Il avait rencontré sa seconde femme Cécilia Drob. Elle était plus jeune que lui mais l'accompagna jusqu'à la fin de sa vie.

Au Chili, il côtoya les milieux les moins progressistes, y compris la junte de Pinochet.

J'ai dû le croiser deux fois en compagnie de Cécilia, chez ma tante Marie, car il vivait chez elle quand il venait en traitement à Paris.

D'ailleurs, sur son acte de décès, il est domicilié chez elle : 289 rue de Belleville dans le 19ème arrondissement.

Il est mort à l'Hopital Broussais, une annexe, aujourd'hui,  de l'Hôpital Georges Pompidou.

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Berthe Sternis/ Epstein

Elle est née en 1898 à Varsovie et décédée à Paris en 2002.

Berthe était la troisième enfant du couple Sternis. Elle bénéficia comme ses soeurs cadettes d'une vie agréable à Varsovie. Elle fut du "Grand Voyage".

Arrivée à Paris, elle fut mise en relation avec Samuel Epstein (1888-1950), qui vivait à ;Varsovie.

Elle s' y est mariée en 1924. Ses parents, avec Léon et Anna firent le voyage pour l'occasion. Elle dut y rester quelques mois, mais revint à Paris pour, accoucher en 1926. Son mari la rejoignit.

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Le mariage de Berthe donna l'occasion à quelques membres de la famille Sternis de revenir à Varsovie en 1924.

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Je n'ai pas connu Berthe, mais je crois qu'elle m'aurait impressionnée.

Après la naissance d'Anna Epstein (1927-2022), Berthe déclara à son mari qu'elle n'aurait pas d'autres enfants.

C'était ainsi, et elle tint parole.

Je pense qu'elle devait se voir avec ma Grand-Mère, parce que son nom est restée gravé dans ma mémoire d'enfant.

Avec Myriam, nous avons rencontré deux petites filles de Berthe, Eliane et Colette qui vivent à Bruxelles.

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Rose Sternis/Wagner

La famille de Rose, avec celle d'Anna (Anjè pour nous) est celle avec qui ma famille a gardé le plus de contacts, sans couper les fils.

Rose est la cinquième enfant du couple Sternis, elle est née à Varsovie en 1901 et décédée en région parisienne en 1994. 

Sa jeunesse varsovienne se déroula sans encombre. Sa famille partit s'installer quasi une année, en 1917, à Odessa en Crimée, où elle poursuivit ses études secondaires.

Puis elle fut du fabuleux voyage qui les entraina vers la Chine, puis le Japon et passagère de la Compagnie Maritime, vers Marseille.

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A Paris, elle se maria en 1927 avec Joseph Wagner (1901-1988) à la mairie du Xème et ils habitèrent rue Houdon dans le 18ème arrondissement. C'était un artisan maroquinier.

Ils eurent trois enfants:

- Robert Wagner (1928-2020).

Il épousa d'abord Solange Millet (1930-2016) avec qui il eut 5 enfants

 Patricia, Catherine, Isabelle, Olivier et Frédéric Wagner.

Il divorcera et se remaria avec Josiane, dont il eut 2 enfants : Laura et Charlotte Wagner.

- Philippe Wagner (1929- 2017).

Il se maria d'abord avec Alice Raille dont il eut un enfant, Stéphane Wagner. Elle décèdera de maladie à 24 ans.

Il se remaria avec Ursula Gorlitz et eut une fille: Martine Wagner.

- Myriam est née en 1934. 

Elle épousa Simon Tamari (1932-2020) en 1961 à Paris.

Ils eurent deux enfants : Serge et Nadine Tamari.

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Rose apprend le piano sous l'oeil de sa professeur et de sa soeur Berthe

Philippe, Myriam et Robert en 1942

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A gauche, la famille Wagner dans l'appartement de la rue Houdon;

A droite, après la classe à St Etienne de Vicq, pendant la guerre.

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Le père de Myriam, Joseph Wagner a été mobilisé en 1939.

Robert et Philippe passaient des vacances dansd une ferme à St Etienne de Vicq, près de Vichy, sous l'égide de la municipalité parisienne. Ils y sont restés quand la guerre a éclaté. Rose a trouvé refuge à Amélie les Bains, chez son père Abraham et Lola, avec Myriam. Lorsqu'il fut démobilisé en mai ou juin 1940, Joseph rejoignit sa femme et Myriam à Amélie-les Bains. Ensemble, ils décidèrent de rejoindre leurs fils à St Etienne de Vicq, alors en zone non occupée. Ils trouvèrent à se loger dans un ancien presbytère et Joseph trouva du travail dans les fermes aux alentours. La population les accueillit avec chaleur. Son courage et ses capacités furent remarqués.

Ils obtinrent, de la municipalité, leurs papiers de réfugiés et reçurent une petite subvention pour parer à l'essentiel.

Ils y passèrent toute la guerre. Les trois enfants y firent leur scolarité.

Tout le monde savait qu'ils étaient juifs dans le village, mais ils étaient respectés, à l'exception du Maire, qui malgré ses préjugés, ne put pas leur nuire.

 

En 1943, Rose appris le dècès de son père Abraham à Perpignan. Elle s'occupa de son enterrement et revint avec sa soeur Lola qui logea dans le même village.

Vers Noel 1944, quand les lignes ferroviaires furent rétablies entre Vichy et Nice, Joseph Wagner a emmené Myriam et Lola rejoindre Anna Wald et Ita à Nice. Lola logea dans une pension et Myriam chez sa tante et sa cousine.

La guerre terminée, toute la petite famille revint à Paris.

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Rose entourée de ses trois enfants et de Simon Tamari

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Berthe, Lola, Ita,, Abrazam et Joseph Wagner

Mes souvenirs avec Myriam, plus que Rose - car j'étais encore enfant- datent de la fin des années 1950. Déjà institutrice, ce qui m'impressionnait, elle m'emmena visiter le Louvre avec mon cousin William : c'était la première fois que j'allais dans un musée.

Ma soeur Catherine  se souvenait qu'elle lui avait offert un album de "Caroline", bien plus délurée que les "Martine" qui louaient les fées du foyer!

 

Myriam a gardé, en mémoire la circoncision de mon petit frère en novembre 1955, qui eut lieu chez mes parents. 

Puis après la vie nous a fait emprunter des chemins différents.

Myriam et sa famille vivaient en banlieue, ce qui ne facilitait pas les rencontres.

Néanmoins mes parents continuèrent à voir Rose et Myriam, épisodiquement, notamment quand Rose intégra une maison de retraite. 

Nous nous sommes retrouvés lors du décès de mes parents.

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Totalement par hasard, dans une école où je travaillais, je me suis retrouvée en présence d'une collègue institutrice. En bavardant, nous nous découvrons avoir des affinités politiques communes. En entendant son nom, Catherine Wagner, je lui ai demandé si elle avait des liens avec Robert Wagner, un petit cousin de ma mère. C'était sa fille.

En en parlant avec ma mère, elle m'avoua que sa mère et Rose songeaient à les faire se rencontrer en vue d'un rapprochement.

Mais la jeunesse de ma mère, c'était dans l'immédiat après-guerre, et celle de Robert, déjouèrent les traditions ancestrales.

 

Mon cousin William m'a raconté sa rencontre fortuite avec Philippe, dans un cadre professionnel. Ils se sont revus plusieurs fois.

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Robert en 1949

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Myriam et ses frères

Robert et sa fille Catherine

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Ma tante Marie et ma mère

rendant visite à Rose,

en compagnie de Myriam

Mon père,

ma mère et ma tante Marie

en visite

chez Myriam

Lola Sternis

C'était la petite dernière de la fratrie.

Elle naquit à Varsovie en 1909 et mourut en France en 1988. 

Comme ses soeurs, elle connut une enfance aisée et vécut la grande aventure du fabuleux voyage.

Je ne l'ai pas connue, mais elle était vécue, dans notre famille, comme une femme énigmatique.

Elle eut un grand chagrin d'amour qui l'entraina sur les chemins de la dépression et n'eut ni mari, ni enfant.

 

C'était une belle femme. Et son prénom nous faisait rêver, un peu comme >Lola Montes.

Nos ancêtres communs ne garantissent pas le maintien de liens.

Au fil des générations, les chemins s'écartent

jusque, parfois, en perdre la culture, la langue, les traditions.

C'est le cas dans toutes les familles.

Les "cousinades" initiées par Claude STERNIS sont

une des pistes pour ne pas perdre le contact,

la mémoire généalogique en est une autre!

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