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La musique Klezmer

Rendre compte aujourd’hui du phénomène klezmer :

C’est étudier comment un genre musical naît, évolue et se transforme au gré de l’histoire.

C’est aussi considérer la musique dans une société donnée et l’interaction inévitable qui existe entre ces deux éléments.

 
Selon Hervé Roten (Directeur de l'institut Européen des Musiques Juives)

Le klezmer est une musique instrumentale de fête qui était autrefois pratiquée dans les communautés juives d’Europe de l’Est lors de l’accompagnement des mariages ou de festivités religieuses joyeuses, telles la fête carnavalesque de Pourim, la célébration de la Torah (Simhat Torah) ou encore l’inauguration d’une nouvelle synagogue.

Comme la plupart des traditions musicales juives, le klezmer est une musique de l’exil fortement marquée par son environnement géographique et culturel.  Le terme grec « diaspora » (dispersion) qui s’appliquait uniquement aux juifs déracinés est aujourd’hui passé dans le langage courant pour désigner les minorités ethniques exilées). Dans l’Europe orientale, la musique klezmer a emprunté aux uns et aux autres, engendrant ainsi une pratique riche et plurielle qui n’a cessé d’évoluer dans le temps et dans l’espace.

Le terme « klezmer » dérive de l’hébreu « kli zemer » qui signifie « instruments du chant ». C’est dans un manuscrit du XVIe siècle que « klezmer » désigne pour la première fois le musicien et non plus l’instrument .

Au début du XXe siècle, « klezmer » qualifie un musicien autodidacte jouant d’oreille une musique populaire : il désignait un pauvre type qui jouait de la musique vulgaire et peu évoluée. Les klezmers n’étaient pas des musiciens très appréciés. Lorsqu’ils jouaient, chacun ajoutait de l’harmonie, ce qui lui passait par la tête, selon son talent, selon son inspiration.

Mais de nos jours, le terme est devenu plutôt élogieux pour le musicien et dans le langage courant, il qualifie aussi la musique juive traditionnelle d’Europe de l’Est, ainsi que tous ses dérivés plus contemporains.

Petite histoire

Les klezmers actuels sont les descendants des musiciens itinérants juifs dont on trouve trace dès l’époque romaine.

Jusqu’à la fin du Moyen Age, de nombreux Juifs sont devenus des saltimbanques et autres amuseurs. On trouve mention de musiciens juifs rattachés aussi bien aux cours des rois chrétiens que des califes musulmans. Ces ménestrels ou jongleurs juifs jouaient un répertoire international, principalement composé de chants, de morceaux instrumentaux, mais aussi de récitation de longues épopées épiques et divers types de poésies. Au XIIIe siècle, ils jouent aussi bien en compagnie des troubadours provençaux, des trouvères du nord de la France que des Minnesänger dans les pays d’outre-Rhin.

 

A partir du XVIe siècle, la pratique instrumentale des klezmers fut sévèrement restreinte,

  • d’une part par les autorités civiles qui accordaient des permissions de jouer au compte-goutte à un nombre restreint de musiciens,

  • d’autre part par les autorités religieuses juives elles-mêmes qui voyaient d’un mauvais œil l’engouement des fidèles pour cette musique peu conforme à l’éthique juive.

  • Mais les klezmers étaient toutefois régulièrement conviés par les communautés pour jouer lors de diverses occasions festives. Afin de vivre, le musicien professionnel juif se produisait également devant un public chrétien.

  • De fait, les klezmers établirent des passerelles entre les mondes juif et non-juif. C’est ainsi que l’on vit des musiciens juifs jouer dans des orchestres locaux, et des musiciens non-juifs intervenir dans les orchestres juifs appelés kapelyes, kompaniye ou orkestr. C’est ainsi également que des échanges musicaux entre Juifs et Tsiganes avaient lieu quotidiennement.

Au tournant du XXe siècle, des centaines de milliers de Juifs d’Europe centrale et orientale fuyant les pogroms et la misère, émigrèrent aux Etats-Unis. Parmi eux, de nombreux musiciens trouvèrent du travail dans les théâtres, les cabarets, les hôtels, les cafés, les cirques, et plus tard les cinémas.

La communauté juive américaine continuait de son côté à solliciter les klezmers pour les mariages et autres fêtes traditionnelles. Le théâtre yiddish fut également un lieu où chanteurs, musiciens et compositeurs purent donner libre cours à leur talent.

 

Durant la seconde guerre mondiale, l’Europe centrale et orientale fut vidée de ses juifs (« Judenrein ») par la barbarie nazie. Des communautés entières disparurent, emportant dans les limbes une culture pluriséculaire.

 

Mais aux Etats-Unis, la musique klezmer put survivre et même prospérer comme musique de danse et de réjouissance. A peu près 50 000 disques de musique juive – dont 700 pour la seule musique klezmer – furent gravés entre 1894 et 1942.

Après la seconde guerre mondiale, la tendance à l’assimilation culturelle et le Sionisme qui prévalaient chez les juifs d’Amérique reléguèrent la musique juive aux oubliettes.

Cependant dans les années 1970-1980, l’intérêt pour la culture yiddish refit surface. Et par le jeu de quelques pionniers tels le clarinettiste Giora Feidman, Henry Sapoznik (du groupe Kapelye) ou encore Lev Liberman (The Klezmorim), on vit réapparaître une musique qui fut nommée « klezmer » par le même hasard qui fit nommer « celtique » la musique irlandaise. En 1970, le mouvement revivaliste klezmer comptait 3 orchestres aux Etats-Unis ; en 1990, on en dénombrait plus de 50, dont 10 pour la seule agglomération de New-York .

En France se créent chaque année des nouveaux groupes de musique klezmer.

 

Si le klezmer est bel et bien vivant, il a tout de même fortement évolué : en témoignent les instrument et le répertoire actuellement en usage.

Les instruments de la musique klezmer ont toujours été variés : en premier lieu le violon et autres instruments à cordes frottées (alto, violoncelle, contrebasse), mais également la clarinette, la flûte, le tambour et les cymbales puis au XXe siècle les cuivres.

C'est un peu long, mais cela fait le tour de la question

Aujourd'hui, celui qui a ma préférence, c'est David Krakauer:  il "jazzifie" et renouvelle le Klezmer

Clarinettiste new-yorkais de formation classique,

David KRAKAUER s’est fait un nom à travers ses collaborations avec des ensembles de musique contemporaine (le BROOKLYN PHILHARMONIC, l’ARDITTI STRING QUARTET, le KRONOS QUARTET…),

ce qui ne l’a pas empêché en parallèle de devenir, avec John ZORN, Matt DARRIAU et Frank LONDON, une figure emblématique de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle vague de la musique klezmer » apparue avec les années 1990 dans le sillage de groupes comme THE KLEZMATICS, dont KRAKAUER a croisé la route.


Avec une virtuosité lumineuse et imaginative, une expressivité joviale et débridée et un goût éprouvé pour l’improvisation – soit trois qualités indispensables pour jouer la musique klezmer 

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