Ma Grand-Mère Hava Kronental
Ma Grand-Mère Hava Kronental est née à Varsovie en 1883.
Vers les années 1900, sa mère décéda.
De quoi est morte sa mère?
Hawa avait 17 ans et dût s'occuper de ses petits frères et soeurs. Sabina avait 6 ans, Max avait alors 3/4 ans et Hanna, la petite dernière, avait soit quelques mois, soit 1 ou 2 ans. Je n'ai pas trouvé la date de dècés de cette arrière-Grand-Mère, ni sa tombe. Il n'est pas impossible qu'elle soit décédée en couche.
Une chose curieuse entre la naissance d'Itzack, son premier frère cadet, et celle de Sabina, il s'est écoulé 9 ans, sans trace d'enfants pendant cette période?
Quelle fut son éducation, en Pologne ?
Plusieurs indices prouvent qu'elle parlait et écrivait le polonais.
Apparemment la musique tenait une certaine place, dans la vie des enfants Kronental. Je pense que la famille était issue de la petite bourgeoisie et on retrouve dans la famille Szternis ce gout pour la musique.
Ma Grand-Mère a du estimer que ses frères et soeurs étaient suffisamment grands pour partir pour Paris début 1912. Elle devait être mariée à mon grand-père, tout du moins religieusement.
Elle se maria, civilement, en aout 1914, à Paris et sa première fille naissait deux mois plus tard.
Elle passa le temps de la guerre à Paris, dans leur logement de la rue St Claude.
Ma grand-mère était femme au foyer et elle adorait sortir avec ses amis Mme Scherer et Mme Odesser, des femmes à chapeaux.
Une de mes cousines, âgée aujourd'hui de plus de 90 ans se souvient encore de ma grand-mère .
Grand-Mère au fil des ans

Grand-Mère: jeune femme
en Pologne

Grand-Mère dejà maman de deux petites filles Marie et Annie, vers 1918, à Paris.


Grand-Mère en 1953 avec ma petite soeur sur les genoux
Grand-Mère avec mes tantes Marie et Annie et leurs enfants : Jacky et Lucien Firer et William Doukhan.
Ce que j'ai appris de Grand-Mère
Je l’ai peu connue.
Quand je suis née, elle avait déjà 68 ans et elle est morte j’en avais six.
Nous vivions avec elle, dans l’appartement qui lui avait été attribué en 1931, donc vingt ans auparavant.
Mes souvenirs sont vagues… quelques bribes de yiddish et son mauvais français, quelques tentatives pour nous transmettre sa "mame lochen", le canapé lit dans lequel elle dormait, dans la salle à manger, depuis… en fait je ne le sais pas.
Avions nous notre chambre quand elle est morte, ou quand ma sœur est née ?
Elle devait être aux anges lors de la fête de circoncision de mon petit-frère, qui se passait à la maison. Et je n'ai aucun souvenir de sa mort, six semaines plus tard, ni de sa réaction.
En tant que grand-mère, je la sens présente auprès de nous.
Mais mes tantes m’ont rapportée, quand elle lui demandaient de garder leurs enfants, en bas âge: « Je vous ai élevés, maintenant c’est à vous d’élever les vôtres ».
Elle était disponible, pour ma sœur et moi, tout le temps, notamment en vacances. Je la vois sur cette photo assise sur la plage, me tenant sur ses genoux, un faible sourire esquissé sur ses lèvres.
A son âge aujourd’hui, j’ai l’impression de lui ressembler un peu, avec une coiffure différente. Son front est dégarni, elle n’a pas de frange et ses cheveux blancs, repoussés en arrière semblent tenus par de petits peignes, de chaque côté.
Je la vois sur une autre photo de vacances, assise et souriante sur une chaise, entourée de ses deux filles ainées Marie et Annie et de ses trois petits fils, Jacky, une dizaine d’années, Lucien et William, six ans, assis de chaque côté, sur les bras du fauteuil et tenus par leur mère respective. Personne sur ses genoux cette fois..
Vraisemblablement en vacances à l'été 1952


En vacances également avec mes tantes et mes cousins vers 1950
Grand mère avait la réputation pour ses trois ainés de n’avoir pas été très « maternante ».
Elle avait une préférence pour Marie l’aînée qu’elle a poussée à suivre les cours de danse au Chatelet.
Annie et Raymond, les deux suivants ont eu le sentiment d’être plus délaissés. Ils lui vouaient un fort ressentiment. D’après mes recherches, ma grand-mère était l’ainée et à ses 17 ans, sa mère mourut.
Elle dût s’occuper de ses jeunes frères et sœurs : Sabina six ans, Max, trois ans, Chana un an(ou à la naissance, car nous ne connaissons pas la raison de la mort de Sura).
Il se disait que cette prise en charge, des jeunes enfants, brisa ses velléités professionnelles et qu’elle vécut cette période comme un sacrifice.
Alors, à Paris, elle privilégiait les sorties avec ses amies Mme Odesser et Mme Scherer, au total bien être du foyer.
Une cousine nous l’a décrite comme toujours élégante, un chapeau à voilette sur la tête.
Dans sa famille, on disait d’elle qu’elle était assidue du grand magasin Dufayel de la rue de Clignancourt, qui joua un rôle pionnier dans le développement du crédit à la consommation: Un collecteur passait chaque semaine au domicile de l’emprunteur pour recevoir le remboursement du crédit.


Les amies aux chapeaux de Grand-mère : Mme Odesser et Mme Scherer
Ma mère n’a pas eu du tout le même ressenti.
Elle était la petite dernière, annoncée comme un kyste par les médecins. Ma grand-mère était alors âgée de quarante deux ans. La relation à ce bébé tenait plus de celle d’une grand-mère. Et puis les sœurs de ma mère avaient alors 12 et 10 ans et devaient pouponner en rentrant de l’école.
Ma mère était très proche de la sienne.
Bonne cuisinière, elle lui a transmis les recettes du yiddishland.
Elle l’accompagnait, petite, au poulailler de l’Opéra et à l’Opéra comique. Ma grand-mère étant férue de musique classique. Sa mère, mon arrière grand-mère Sura Sternis, avait eu une éducation musicale qu’elle a transmise à ses enfants. Son frère Abraham était diamantaire et jouissait d’une bonne situation.
La femme de son neveu Charles, Hélène dira d’elle : « C’était une femme vigoureuse et très optimiste. Tout le monde l’aimait bien car elle plaisantait tout le temps. ».
Mon père aussi avait une impression très favorable de ma grand-mère : « Quand je commençais à fréquenter ta mère à Paris, j’ai amené aussi une couverture de soie. Ta grand-mère n’en revenait pas. Dans la famille de ta maman, ils étaient pauvres.. Et c’est ta mère qui a travaillé, pour nourrir grand-mère, à la mort de ton grand père, en 1945. Et moi quand j’ai connu « maman », on m’ a dit qu’il y avait une grand-mère. Pour moi, c’était le paradis. Avoir une mère à la maison, c’était la plus belle chose. Et j’étais gentil avec elle. »
Je me suis représentée ma mère comme une femme forte, qui savait ce qu’elle voulait. Je pense que c’est un héritage de ma grand-mère que j’aurais bien vue « suffragette ».
